Les premiers Corréziens ressemblaient à ça (la science va te surprendre)


Je te connais, toi le Corrézien. T’as grandi entre les collines boisées et les rivières du Limousin, peut-être pas loin du plateau de Millevaches, et tu le sais au fond : ton coin de terre a quelque chose que les autres n’ont pas. T’as raison d’être fier. Mais là, je te pose une colle : les tout premiers Corréziens — ceux qui arpentaient ce territoire il y a environ 10 000 ans — tu les imagines comment ? Un guerrier celte aux cheveux clairs ? (Allez, avoue, je l’imaginais comme ça aussi.) Figure-toi que les analyses génétiques viennent de nous prouver qu’on se plantait complètement. Et ce qu’elles révèlent va te faire voir tes racines autrement.

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Les tout premiers Corréziens avaient la peau foncée

Allez, j’y vais direct : les premiers habitants du territoire qu’on appelle aujourd’hui la Corrèze avaient la peau foncée. Très foncée, même. Et ce n’est pas une hypothèse farfelue : c’est ce que la génétique des populations anciennes établit de façon robuste depuis une petite dizaine d’années.

Ces tout premiers Corréziens, c’étaient des chasseurs-cueilleurs — les scientifiques les appellent les Western Hunter-Gatherers ou WHG — qui ont peuplé l’Europe occidentale durant le Mésolithique, dans une fourchette d’environ 15 000 à 5 000 ans avant notre ère. Parfaitement adaptés à leur environnement de forêts et de rivières — un peu comme le plateau de Millevaches aujourd’hui en plus sauvage, si tu veux — ils vivaient de chasse, de pêche et de cueillette. Et leur pigmentation cutanée ? Rien à voir avec ce qu’on connaît aujourd’hui en Corrèze : les variants génétiques qui produisent la peau claire chez les Européens modernes n’existaient tout simplement pas encore. La peau claire n’était pas apparue, point.

Et cette peau foncée, c’est quoi exactement ?

Je te vois venir. « Attends, comment ça, les premiers Corréziens avaient la peau foncée ? » Et pourtant, c’est l’état ancestral de l’humanité, pas une bizarrerie. La peau foncée, c’est le réglage d’usine d’Homo sapiens, conservé depuis les origines de notre espèce. La peau claire, c’est elle qui est l’exception : une adaptation tardive, apparue progressivement en Europe sous l’effet conjugué des migrations et de la sélection naturelle. (Tu vois, c’est pas une question de « qui vient d’où » — c’est juste que nos gènes ont changé sous la pression du climat et des vagues de peuplement. Rien de plus, rien de moins.)

Et les preuves, elles sont solides. L’homme de Cheddar, découvert en Angleterre dans la grotte de Gough, Somerset, dont le génome a été séquencé en 2018, vivait il y a environ 10 000 ans. L’équipe du Natural History Museum de Londres a conclu que sa peau était « foncée à noire » — ce sont leurs termes. Cheveux noirs et frisés. Profil génétique : exactement le même groupe que les chasseurs-cueilleurs de l’Ouest européen, les WHG dont je te parlais.

De l’autre côté de l’Europe, à La Braña près de León en Espagne, un autre squelette mésolithique daté d’environ 7 000 ans a révélé le même tableau. Le généticien Carles Lalueza-Fox et son équipe ont montré que cet individu portait les versions ancestrales des gènes de pigmentation — SLC24A5 et SLC45A2 pour les curieux — c’est-à-dire précisément celles qui ne produisent pas la peau claire. Citation du chercheur : « cet individu possédait les versions africaines des gènes qui déterminent la pigmentation claire des Européens actuels, ce qui indique qu’il avait la peau sombre. »

Deux individus, deux extrémités géographiques de l’Europe occidentale, et le même profil. Et la Corrèze pile entre les deux. Tu vois le tableau.

Quand la peau a-t-elle changé ?

Bon, forcément t’as envie de savoir : à quel moment les Corréziens sont-ils devenus… ben, les Corréziens qu’on connaît aujourd’hui ? La réponse, c’est un mille-feuille génétique qui s’est constitué en deux grandes vagues.

Première vague : vers environ 8 000 ans avant notre ère arrivent les agriculteurs venus d’Anatolie — la Turquie actuelle. Ces gens-là maîtrisent l’agriculture, élèvent des bêtes, cultivent des céréales. Et génétiquement, ils apportent un truc que les chasseurs-cueilleurs locaux n’avaient pas : l’allèle SLC24A5, l’un des deux gènes majeurs de la peau claire, qui était quasi universel chez eux d’après les travaux de Mathieson et ses collègues publiés en 2015. En migrant vers l’ouest, ils répandent cet allèle. Le teint des Européens commence à s’éclaircir.

Deuxième vague : vers 4 500 ans avant notre ère, c’est au tour des pasteurs des steppes — la culture Yamnaya, originaire du sud de la Russie et de l’Ukraine actuelles — de déferler sur l’Europe. Avec leurs chevaux, leurs roues, leurs langues indo-européennes… et le second gène de dépigmentation, SLC45A2. L’étude de Haak et son équipe (2015) le montre bien : ces populations représentent aujourd’hui 40 à 54 % de l’ascendance des Européens du centre et du nord. Les Corréziens modernes, comme tous les Français, sont le produit de ces trois couches empilées : chasseurs-cueilleurs de l’Ouest + agriculteurs anatoliens + pasteurs des steppes. Un vrai mille-feuille génétique.

Et le chiffre qui fait son petit effet ? La peau claire ne s’est généralisée en Europe du Nord-Ouest qu’à partir d’environ 3 000 ans avant notre ère. Avant ça, pendant des dizaines de milliers d’années, les Européens — y compris ceux qui vivaient sur le territoire corrézien — portaient la pigmentation ancestrale. Trois mille ans, c’est une poussière à l’échelle de l’histoire humaine. Une poussière.

Et dans l’Antiquité, qui peuplait la Corrèze ?

Parce qu’entre les chasseurs-cueilleurs du Mésolithique et le Corrézien d’aujourd’hui, il s’est quand même passé un ou deux trucs. L’Antiquité corrézienne, c’est l’histoire des Lémovices — un peuple celtique gaulois dont le nom, selon le linguiste Xavier Delamarre, signifie « vainqueurs avec l’orme » (oui, l’arbre — ça claque, non ?). Leur territoire couvrait les départements actuels de la Haute-Vienne, de la Creuse et de la Corrèze, avec des débordements en Charente, Dordogne et Indre. Rien que ça.

Leur oppidum principal — leur capitale fortifiée d’avant la conquête romaine — se trouvait à Villejoubert (commune de Saint-Denis-des-Murs, en Haute-Vienne). Mais en Corrèze même, c’est le site de Tintignac-Naves qui a livré l’un des plus beaux trésors archéologiques celtiques d’Europe : un important sanctuaire gaulois — pas un simple village, un vrai lieu de culte et de commerce — fouillé à partir de 2004.

Après la conquête romaine — la guerre des Gaules, tu vois le topo — les Lémovices passent sous domination romaine. En 52 av. J.-C., près de 10 000 combattants lémovices sont envoyés à Alésia sous les ordres de leur chef Sedullos, qui y trouve la mort. Leur capitale est transférée à Augustoritum — l’actuelle Limoges — fondée sous l’empereur Auguste. Fin de l’indépendance lémovice, début de la romanisation.

Le fait qui en jette, c’est la découverte de Tintignac. En 2004, les archéologues exhument une fosse d’offrande gauloise enfouie depuis environ 2 100 ans. À l’intérieur : plus de 500 fragments d’objets en bronze, dont des carnyx, ces stupéfiantes trompettes de guerre celtiques en forme de tête d’animal. L’un d’eux est presque complet — une découverte unique dans tout le monde celte, selon les spécialistes. Ajoute à ça que le territoire lémovice comptait plus de 200 mines d’or recensées à ce jour, et tu comprends pourquoi les Romains avaient les yeux rivés sur le Limousin.

Alors, fier de tes racines ?

Tu vois, être Corrézien, c’est pas juste savoir faire la différence entre une pomme AOP du Limousin et une golden insipide (et crois-moi, ça aussi ça compte). C’est porter une histoire génétique et culturelle stratifiée sur des milliers d’années. Des chasseurs-cueilleurs à la peau sombre qui ont parcouru ces forêts les premiers. Des Lémovices maîtres de l’or et des carnyx. La romanisation. Les migrations du Néolithique et de l’Âge du Bronze. Et tout le brassage qui a suivi, jusqu’à toi.

Les racines, c’est jamais simple. C’est jamais une ligne droite. Mais c’est pour ça que c’est beau — et que ça mérite d’être fièrement porté, justement parce que l’histoire est bien plus riche que ce qu’on imaginait. Beaucoup plus riche.

Allez, raconte-moi : avant de lire cet article, tu pensais que les premiers Corréziens ressemblaient à quoi ? Dis-le en commentaire, ça m’intéresse vraiment. Je suis curieux de savoir comment on se représentait nos ancêtres avant que la science vienne tout chambouler.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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