J’ai toujours eu un faible pour le Béarn. Peut-être parce que, quand t’as grandi en Provence, tu reconnais tout de suite une terre qui a une vraie gueule — pas un département lambda avec un numéro à deux chiffres. Le Pic du Midi d’Ossau, la garbure, le jurançon… et un nom de pays qui descend d’un peuple antique, les Beneharnenses. (Allez, avoue, tu le savais pas forcément celui-là.)
Mais si je te demande à quoi ressemblaient les tout premiers Béarnais… tu réponds quoi ?
Parce que la science a une réponse. Et elle ressemble pas du tout à ce que ton chauvinisme pyrénéen voudrait entendre.
Et si tu veux porter tes racines fièrement, j’ai ce qu’il te faut : la collection Ici & Là Béarn.
Les tout premiers Béarnais avaient la peau foncée
On ne va pas tourner autour du pot : les chasseurs-cueilleurs qui peuplaient le piémont pyrénéen il y a environ 10 000 à 15 000 ans avaient la peau foncée. Très foncée. C’est pas une hypothèse lancée comme ça au bistrot de Lescar — c’est ce que les analyses génétiques les plus récentes confirment pour l’ensemble de l’Europe occidentale au Mésolithique.
Ces populations, que les généticiens appellent les « chasseurs-cueilleurs de l’Ouest » (Western Hunter-Gatherers, ou WHG pour les intimes), portaient ce qu’on nomme les allèles ancestraux des gènes de pigmentation. Traduction pour les non-biologistes : ils n’avaient pas encore acquis les variants génétiques qui produisent la peau claire chez les Européens d’aujourd’hui. (Oui, ça veut dire que ton arrière-arrière-arrière-[…]-grand-père béarnais avait le teint plus proche de celui de l’homme de Cheddar que de celui de François Bayrou. Et c’est la science qui le dit, pas moi.)
Deux cas magnifiquement documentés le prouvent. L’homme de Cheddar, découvert en Angleterre et analysé en 2018 par l’équipe du Natural History Museum de Londres : sa peau était « dark to black », selon les termes exacts des chercheurs, avec des cheveux noirs et frisés. Et La Braña 1, un squelette mésolithique trouvé à León, en Espagne — juste de l’autre côté des Pyrénées — dont l’ADN a révélé en 2014 qu’il portait les versions ancestrales des gènes SLC24A5 et SLC45A2. Ces deux gènes, chez les Européens modernes, sont les principaux responsables de la peau claire. Ils étaient tout simplement absents chez ces premiers habitants.
Et cette peau foncée, c’est quoi exactement ?
Prenons un pas de recul, parce que c’est important de comprendre ce que ça signifie — et surtout ce que ça ne signifie pas.
La peau foncée, c’est l’état ancestral de l’humanité moderne. Tous les Homo sapiens, où qu’ils aient migré par la suite, descendent de populations africaines à la pigmentation cutanée foncée. C’est le réglage d’usine de notre espèce, si vous voulez. La dépigmentation — la peau claire — est une adaptation beaucoup plus récente, apparue progressivement sous l’effet de la sélection naturelle dans les latitudes nordiques, là où le soleil est moins généreux et où l’organisme a besoin de synthétiser plus efficacement la vitamine D.
Ce qui veut dire que les premiers Béarnais n’étaient pas une « exception » à la peau foncée. C’est nous, les Européens modernes à la peau claire, qui sommes l’exception — le résultat d’une évolution relativement rapide sur quelques milliers d’années. (J’ai mis un temps fou à piger ça moi-même, alors je vous en veux pas si ça fait tilt seulement maintenant.)
Les analyses génétiques de La Braña 1, publiées dans Nature en 2014 par l’équipe de Carles Lalueza-Fox, sont sans équivoque : cet individu possédait les versions ancestrales — comprenez : « africaines » au sens génétique du terme, pas géographique — des gènes qui déterminent la pigmentation claire. Sa peau était donc probablement foncée à très foncée. Et il vivait à 300 kilomètres à vol d’oiseau du Béarn actuel, dans le même grand ensemble pyrénéen.
Quand la peau a-t-elle changé ?
La réponse, c’est que ça n’a pas changé d’un coup. C’est un mille-feuille. Littéralement.
La première couche — la base —, c’est donc celle des chasseurs-cueilleurs à la peau foncée, présents depuis la fin de la dernière glaciation, il y a environ 15 000 ans. La deuxième couche arrive vers 8 000 ans avant notre ère : ce sont les agriculteurs venus d’Anatolie (l’actuelle Turquie), qui apportent avec eux le variant SLC24A5, associé à une peau plus claire, ainsi que l’agriculture, les céréales et les animaux domestiques. La troisième couche, vers 4 500 ans avant notre ère, c’est l’arrivée des pasteurs des steppes — les fameux Yamnaya — qui diffusent massivement les langues indo-européennes et un second variant dépigmentant, SLC45A2.
Et c’est seulement à l’Âge du Fer, vers 3 000 ans avant notre ère — autrement dit, bien après la construction des pyramides égyptiennes —, que la peau claire devient majoritaire en Europe du Nord et centrale. Dans les Pyrénées, le brassage a probablement été un peu plus lent, le relief ayant toujours été un frein aux migrations. (Ceci étant dit, les montagnes n’ont jamais empêché personne de tomber amoureux, donc les mélanges génétiques ont continué leur petit bonhomme de chemin, vallée par vallée.)
Autrement dit, ce que vous voyez dans le miroir le matin, c’est le résultat de trois grandes strates de peuplement superposées sur 15 000 ans. Un vrai mille-feuille génétique. Plutôt classe, non ?
Et dans l’Antiquité, qui peuplait le Béarn ?
Alors là, on entre dans la partie qui va faire plaisir à ton orgueil béarnais. Parce que si les premiers habitants avaient la peau foncée, ceux qui ont donné son nom au Béarn, eux, étaient déjà bien installés dans l’Antiquité.
Le peuple qui occupait la région s’appelait les Beneharnenses — ou, pour être parfaitement exact, Venami, puisque c’est sous ce nom que Pline l’Ancien les mentionne au Iᵉ siècle dans son Histoire naturelle. La forme Beneharnensis, qui a donné « Béarn », est une latinisation postérieure. Ces Venami n’étaient pas des Gaulois. C’étaient des Aquitains, un ensemble de peuples pré-indo-européens — comprenez : présents avant l’arrivée des Celtes — qui occupaient tout le piémont pyrénéen, de l’Atlantique à la Méditerranée.
Leur capitale, Beneharnum, correspond à l’actuelle Lescar, à quelques kilomètres de Pau. (Bon, pour être tout à fait honnête, des fouilles récentes à Labastide-Monréjeau en 2023 suggèrent un autre emplacement possible. Mais pour l’instant, Lescar garde le titre honorifique.)
Côté romanisation, c’est Publius Crassus, légat de Jules César, qui soumet l’ensemble des peuples aquitains — dont les Beneharnenses — en 56 avant J.-C., lors de la campagne des Gaules. Plus tard, sous l’empereur Dioclétien, vers 285, la région est intégrée à la Novempopulanie, une province créée spécifiquement pour regrouper les neuf peuples d’Aquitaine méridionale et les distinguer des Gaulois proprement dits. Comme quoi, le particularisme régional, c’est pas une invention récente.
Et là, le fait saisissant : la langue de ces Beneharnenses — l’aquitain — est la seule langue pré-indo-européenne d’Europe occidentale à avoir survécu jusqu’à aujourd’hui. Elle est devenue le basque. Oui, tu as bien lu : cette langue qu’on entend encore dans les vallées, que personne n’arrive à classer dans aucune famille linguistique connue, c’est la descendante directe de ce que parlaient les Beneharnenses il y a plus de 2 000 ans. Quatre mille ans de continuité linguistique, ça force le respect. (Et non, le Béarn c’est pas le Pays Basque — vous êtes des cousins, pas des jumeaux. Ne me faites pas dire ce que j’ai pas dit.)
Alors, fier de tes racines ?
Tu vois, être Béarnais, c’est pas juste aimer la garbure et râler contre les prix de l’immobilier à Pau. C’est porter en toi quinze mille ans d’histoire stratifiée — des chasseurs-cueilleurs à la peau foncée qui arpentaient les vallées pyrénéennes, aux Beneharnenses aquitains dont la langue survit encore quatre millénaires plus tard dans le basque, en passant par les agriculteurs anatoliens et les pasteurs des steppes qui ont façonné, brassage après brassage, le visage de l’Europe d’aujourd’hui.
Et si tu veux afficher fièrement cette identité béarnaise — celle d’aujourd’hui, riche de toutes ces strates —, jette un œil à la collection Béarn sur Ici & Là. Y a de quoi porter ton pays sur le torse sans avoir à expliquer la génétique des populations à chaque fois que quelqu’un te demande d’où tu viens.
Allez, maintenant, dis-moi en commentaire : toi, tu les imaginais comment, les premiers Béarnais ? Et si t’as un nom de famille béarnais, balance-le — on va voir s’il vient du gascon ou de l’aquitain.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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