J’ai passé mes années de lycée à regarder par la fenêtre pendant les cours d’histoire, je l’avoue. Résultat : du Portugal, je ne connaissais que le porto, les pastéis de nata et un vague souvenir de navigateurs barbus sur des cartes. Alors j’ai ouvert les livres à ta place, et j’en ai tiré les 12 dates qu’il te faut pour comprendre ce petit pays qui a failli partager le monde en deux.
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1 – Vers 1000 av. J.-C. : Lisbonne, une capitale née d’une légende
Selon la légende, c’est Ulysse lui-même qui aurait donné son nom à Lisbonne, via l’antique Olissipo. Rien que ça, moi je trouve l’idée magnifique (même si le héros grec avait sûrement autre chose à faire que de baptiser un port). Plus sérieusement, certains historiens avancent une fondation phénicienne vers 1000 av. J.-C., et le site d’Abul, près d’Alcácer do Sal, reste le seul témoignage archéologique incontestable de la présence phénicienne.
2 – 139 av. J.-C. : Viriate, le premier héros de l’indépendance
En 147 av. J.-C., le Lusitanien Viriate prend la tête de la résistance contre Rome et mène une guérilla redoutable dans les montagnes. Les légions romaines, pourtant maîtres de la guerre réglée, s’y cassent les dents des années durant. Il finit assassiné en 139 av. J.-C. par l’un des siens, trahi comme toujours quand on gagne trop longtemps. Il reste l’ancêtre symbolique de cette volonté d’indépendance que les Portugais n’ont jamais lâchée.
3 – 711 : la conquête musulmane ouvre cinq siècles d’al-Andalus
En 711, le chef berbère Tariq ibn Ziyad débarque à la tête d’environ 7 000 hommes, certaines sources avançant jusqu’à 12 000. Il écrase les Wisigoths de Rodéric au Guadalete, et dès 715, quasi toute la péninsule Ibérique passe sous contrôle musulman (la conquête s’achève vers 720-726). L’ouest d’al-Andalus, le Gharb al-Andalus, correspond au futur centre et sud du Portugal. La trace en reste profonde dans la langue, la toponymie avec ce fameux préfixe al-, et dans l’agriculture.
4 – 868 : Vímara Peres donne naissance au nom « Portugal »
En 868, Vímara Peres reprend Porto et la vallée du Douro aux Maures. Il fonde alors le comté de Portucale, du latin Portus Cale, « port de Cale » (un nom de port qui traverse mille ans sans se froisser, c’est rare). Le territoire devient la Terra portucalensis, d’où dérive notre « Portugal » à nous. C’est la première esquisse de l’État portugais, encore à l’état de trait de crayon.
5 – 1143 : le traité de Zamora fonde le royaume de Portugal
Après la victoire d’Ourique en 1139, Afonso Henriques se proclame roi. Le 5 octobre 1143, le traité de Zamora fait reconnaître le royaume par Alphonse VII de León, grâce à la médiation de l’archevêque de Braga João Peculiar, en présence du représentant du pape. La reconnaissance pontificale formelle n’intervient qu’en 1179, par la bulle Manifestis probatum. Mais c’est bien 1143 que les historiens retiennent comme la fondation du Portugal.
6 – 1415 : la prise de Ceuta ouvre l’ère des découvertes
En 1415, Jean Ier et ses fils s’emparent de Ceuta, à l’entrée du détroit de Gibraltar. C’est le début de l’expansion portugaise hors de la péninsule, et le point de départ des grandes découvertes organisées par l’État (une première mondiale, ce pays a tout fait en avance). Les infants, dont Henri le Navigateur, sont adoubés à l’issue de l’expédition. La machine à explorer est lancée.
7 – 1494 : Tordesillas, quand deux royaumes se partagent le monde
Le 7 juin 1494, l’Espagne et le Portugal signent le traité de Tordesillas, sans même passer par le pape cette fois. Une ligne de partage est tracée à 370 lieues à l’ouest des îles du Cap-Vert, qui réserve le Brésil au Portugal, officiellement atteint en 1500 par Cabral. La finesse de la négociation laisse penser que les Portugais connaissaient déjà ces terres (on ne se défend pas si bien d’un territoire dont on ignore tout).
8 – 1578 : Alcácer-Kibir, la mort du roi et la fin d’une dynastie
Le 4 août 1578, le jeune roi Sébastien Ier, surnommé « le Désiré », affronte les Marocains à la bataille d’Alcácer-Kibir, celle qu’on appelle aussi la bataille des Trois Rois. C’est un carnage, le roi meurt, et son corps ne sera jamais retrouvé. La défaite fragilise la dynastie d’Aviz, qui s’éteint en 1580 avec le cardinal Henri, déclenchant la crise de succession puis l’union avec l’Espagne. De ce roi disparu naît le sébastianisme, ce mythe du retour du souverain qui n’a jamais cessé de hanter le pays.
9 – 1755 : le tremblement de terre qui reconstruit Lisbonne
Le 1er novembre 1755, un jour de Toussaint, un séisme suivi d’un tsunami et d’incendies ravage Lisbonne et fait des dizaines de milliers de morts. Le marquis de Pombal, lui, y voit l’occasion d’une ville neuve : il dirige la reconstruction selon les Lumières, donnant naissance à la fameuse baixa pombaline aux rues géométriques. La catastrophe affaiblit au passage les grandes familles et les Jésuites, expulsés en 1759. On reconstruit, mais on règle aussi quelques comptes.
10 – 1822 : le cri d’Ipiranga détache le Brésil du Portugal
La cour portugaise s’était réfugiée au Brésil en 1807, faisant de Rio la capitale de l’Empire (le seul cas au monde d’une colonie devenue siège du royaume, il faut le digérer). Les Cortes de Lisbonne exigent alors le retour du prince régent Pierre. Le 7 septembre 1822, au cri d’Ipiranga, Pierre proclame « L’indépendance ou la mort ! ». Le joyau de l’empire devient un empire indépendant, et le Portugal perd là son trésor américain.
11 – 1926 : le coup d’État du 28 mai installe la dictature
Le 28 mai 1926, un coup d’État militaire mené par le général Gomes da Costa met fin à la Première République, minée par l’instabilité chronique. Parti de Braga, il instaure la Dictature nationale, transformée en Estado Novo par la constitution de 1933. Salazar, ministre des Finances dès 1928, devient vite l’homme fort du régime. Cette dictature durera jusqu’en 1974, presque un demi-siècle de silence.
12 – 1974 : la révolution des Œillets rend la liberté au Portugal
Le 25 avril 1974, un coup d’État militaire renverse la dictature salazariste, quasi sans effusion de sang (la police politique, l’ex-PIDE, a tout de même tué quatre civils et blessé quarante-cinq personnes ce jour-là). Les soldats portent des œillets rouges au bout du fusil, et cette image devient le symbole du pays entier. Le Mouvement des Forces armées, radicalisé par le rejet des guerres coloniales, ouvre le retour à la démocratie. S’enchaînent la décolonisation puis l’ancrage européen, et l’histoire se termine en douceur.
Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.
Pour écrire cet article, je me suis appuyé sur la page Wikipédia consacrée à l’histoire du Portugal ainsi que sur les pages dédiées à chacun de ces événements. Rien d’exotique, juste de quoi ne pas raconter n’importe quoi à des gens qui, eux, connaissent leur pays par cœur.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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