Tu crois connaître le canton de Vaud ? Tu n’as jamais mis les pieds là
J’ai passé ces dernières semaines à éplucher les sentiers vaudois. Les sites officiels du canton, SuisseMobile, les fiches de randonneurs sur suisseactivites.ch et randonnees.ch, et les données d’altitude croisées entre Swisstopo et Wikipédia. Le problème avec le canton de Vaud, c’est qu’il est trop beau. Tu pars d’un vignoble classé à l’UNESCO au bord du Léman, et trois heures plus tard tu es à 2 300 mètres face à un glacier. Alors si je vous sortais un top 30, vous le liriez jamais. J’en ai gardé cinq.
Cinq randonnées. Trois massifs. Du Léman au Jura, du Jura aux Alpes vaudoises. Y en a pour tous les niveaux : une balade facile entre les vignes, deux sommets jurassiens bien ronds, et deux pointes alpines qui demandent de l’expérience. Et aucune n’a été choisie au hasard. Chaque altitude, chaque dénivelé, chaque temps de marche a été vérifié contre les sources officielles, et j’ai écarté les itinéraires dont les données variaient trop d’une source à l’autre pour être fiables.
Un mot sur le canton de Vaud : c’est le deuxième canton le plus peuplé de Suisse, mais surtout le plus varié du pays en matière de relief. Trois mondes s’y emboîtent : les rives du Léman avec le vignoble de Lavaux, le Jura vaudois et sa Vallée de Joux, et les Alpes vaudoises qui grimpent jusqu’au glacier des Diablerets. Les Vaudois, eux, le savent bien : on change de paysage en une heure de train. Les cinq sentiers ci-dessous le montrent mieux qu’un long discours.
📍 Sommaire
1. Traversée de Lavaux — La vigne, le lac et les murs de pierre
Saint-Saphorin à Cully, Lavaux-Oron — Facile

Le vignoble de Lavaux, c’est un peu la carte postale du canton, mais ça ne le rend pas moins bouleversant. Des terrasses de vigne accrochées à des murs de pierre sèche, qui plongent droit dans le Léman, avec les Alpes en toile de fond de l’autre côté de l’eau. Le tout est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2007. On ne marche pas à Lavaux, on déambule dans un décor que des générations de vignerons ont bâti à la main, mur par mur, pendant des siècles. Et le plus beau, c’est que ça se mérite à peine : le sentier suit la ligne de train Lausanne-Vevey, et tu peux descendre du train à Saint-Saphorin pour remonter tranquillement jusqu’à Cully.
La traversée fait environ onze kilomètres en linéaire, pour un dénivelé cumulé de trois cents mètres, une broutille. Tu passes par les villages viticoles de Rivaz et d’Épesses, tu frôles les murs de pierre, tu sens la vigne et le lac en même temps. Compte trois heures trente à quatre heures en prenant le temps de t’arrêter (et tu vas t’arrêter, crois-moi, parce que chaque virage appelle une photo). Le balisage est limpide : sentiers pédestres jaunes et panneaux « Lavaux, vignoble en terrasses ». Difficile de se perdre, sauf si tu t’assois à une terrasse de caveau en chemin, ce qui, honnêtement, fait partie du parcours.
Mon conseil : prends le train. Les parkings sont rares dans ces villages serrés, et la ligne CFF te dépose littéralement au pied des vignes. L’aller-retour en train entre Saint-Saphorin et Cully coûte trois fois rien, et tu n’auras pas à remonter chercher ta voiture après un verre de chasselas bien mérité. Oui, j’ai dit chasselas, parce que c’est le cépage du coin et qu’on ne traverse pas Lavaux sans y goûter.
📋 En pratique
- Départ : Saint-Saphorin (arrivée à Cully), district de Lavaux-Oron
- Distance : ≈ 11 km (linéaire)
- Dénivelé : ≈ 300 m (cumulé)
- Durée : ≈ 3 h 30 à 4 h
- Difficulté : Facile
- Balisage : Sentiers pédestres jaunes + panneaux « Lavaux, vignoble en terrasses »
- Parking : Gares CFF de Saint-Saphorin, Rivaz, Épesses et Cully ; train recommandé, parking limité dans les villages
2. Dent de Vaulion — Le balcon sur sept lacs
Le Pont, L’Abbaye — Moyen

À 1 483 mètres, la Dent de Vaulion domine l’extrémité nord du lac de Joux, dans cette Vallée de Joux où l’on fabrique les montres depuis toujours. Le nom fait un peu peur, la dent, mais la montée par le versant sud est d’une douceur presque surprenante. On part du village du Pont, commune de L’Abbaye, et on grimpe en pente régulière à travers les pâturages jurassiens. C’est une boucle d’une dizaine de kilomètres pour six cents mètres de dénivelé, quatre heures à flâner.
Et puis il y a la récompense, et elle est énorme. Par temps clair, du sommet, on compte sept lacs : le Léman, Neuchâtel, Bienne, Morat, le Brenet, le lac de Joux et celui des Rousses, de l’autre côté de la frontière française. Sept. Je ne connais pas beaucoup de sommets à moins de 1 500 mètres qui offrent un tel inventaire d’eau bleue. Le Jura a ceci de particulier que ses sommets ronds, aux pentes douces, se paient moins cher que les Alpes et regardent de haut, quand même, tout ce qui bouge autour d’eux.
C’est la randonnée que je conseille aux gens qui découvrent le Jura vaudois. Le balisage est simple (sentiers pédestres jaunes), l’effort reste raisonnable, et l’arrivée au sommet fait son petit effet, surtout quand le brouillard se lève et que les lacs apparaissent un à un, comme des miroirs posés dans la vallée. Pense à prendre une coupe-vent : le sommet est dégagé et le vent s’y engouffre sans demander la permission.
📋 En pratique
- Départ : Village du Pont, commune de L’Abbaye (district du Jura-Nord vaudois)
- Distance : ≈ 10 km (boucle)
- Dénivelé : ≈ 600 m
- Durée : ≈ 4 h
- Difficulté : Moyen
- Balisage : Sentiers pédestres jaunes
- Parking : Village du Pont (commune de L’Abbaye)
3. Mont Tendre — Le toit du Jura suisse
Montricher — Moyen

Le Mont Tendre, c’est le point culminant de tout le Jura suisse, 1 679 mètres. On dit souvent « Jura suisse » comme si c’était une colline, mais non : cette chaîne qui s’étire de Genève à Bâle a son toit, et il est vaudois, posé sur la commune de Montricher. La randonnée classique part du col du Mollendruz pour une traversée de crête d’environ treize kilomètres, six cents mètres de dénivelé, cinq à six heures de marche. C’est le plus long des cinq, et le plus solitaire.
Ce qui fait le charme du Mont Tendre, c’est l’ambiance. On marche entre des murs de pierres sèches, on traverse des combes ombragées et des lapiaz karstiques, ces dalles de calcaire ciselées par l’eau qui ressemblent à une peau de pierre. Le sol sonne un peu creux par endroits. Et puis, au sommet, la vue s’ouvre d’un coup : les Alpes en face, de l’Eiger au massif de la Vanoise, et derrière vous le Léman et le lac de Neuchâtel qui brillent. C’est le genre de panorama qui donne envie de rester assis une heure, ce que je vous recommande chaudement (sauf si la météo tourne, auquel cas on redescend, le Jura a la fâcheuse habitude de se couvrir vite).
Il existe une variante plus courte au départ du col du Marchairuz, si treize kilomètres vous paraissent trop. Mais franchement, le trajet depuis le Mollendruz vaut chaque pas. Le Jura vaudois est parc naturel régional, et ça se sent : moins de monde que dans les Alpes, des pâturages à perte de vue, et ce silence particulier des hauts plateaux où l’on n’entend que ses propres semelles. Pour moi, c’est la plus belle randonnée « moyenne » du canton, celle qu’on se garde pour un dimanche sans obligations.
📋 En pratique
- Départ : Col du Mollendruz (commune de Montricher, district de Morges)
- Distance : ≈ 13 km (traversée depuis le col du Mollendruz)
- Dénivelé : ≈ 600 m
- Durée : ≈ 5 h à 6 h
- Difficulté : Moyen
- Balisage : Sentiers pédestres jaunes
- Parking : Col du Mollendruz (variante plus courte au départ du col du Marchairuz)
4. Pic Chaussy par le lac Lioson — Face au glacier des Diablerets
Ormont-Dessous, district d’Aigle — Difficile

On change de monde. Le Pic Chaussy, 2 351 mètres, c’est déjà de la haute montagne, et le décor bascule : on quitte les pâturages du Jura pour les Préalpes vaudoises, avec le glacier des Diablerets qui barre l’horizon. La randonnée forme une boucle d’environ onze kilomètres pour neuf cents mètres de dénivelé, cinq heures, et elle ne se laisse pas oublier. On part du col des Mosses, à 1 445 mètres, sur la route qui relie Aigle à Château-d’Oex.
La montée se fait par le lac Lioson, une eau sombre nichée dans un creux de montagne, avant d’attaquer la crête finale vers le sommet. C’est là que ça se corse : sentier de montagne assez pentu, quelques pierriers à traverser, et un balisage blanc-rouge-blanc d’itinéraire de montagne qui demande de savoir lire le terrain. Pas d’équipement d’escalade, mais de bonnes jambes et un pied sûr, oui. Et au sommet, la récompense est à la hauteur : le glacier des Diablerets face à vous, massif et silencieux, dans une lumière qui change à chaque nuage.
Je le classe difficile, et je pèse mes mots. Ce n’est pas un sentier pour se lancer un dimanche en baskets de ville. Prévoyez de bonnes chaussures, de l’eau en quantité, et vérifiez la météo avant de partir (les orages d’été arrivent vite sur cette crête, et il n’y a pas d’échappatoire rapide). Si vous êtes en forme et que le ciel est dégagé, c’est sans doute le plus spectaculaire des cinq : on y croise moins de monde que sur les sommets à crémaillère, et le face-à-face avec les Diablerets vaut à lui seul le dénivelé.
📋 En pratique
- Départ : Col des Mosses (1 445 m), route Aigle-Château-d’Oex
- Distance : ≈ 11 km (boucle)
- Dénivelé : ≈ 900 m
- Durée : ≈ 5 h
- Difficulté : Difficile
- Balisage : Itinéraire de montagne (balisage blanc-rouge-blanc), quelques pierriers
- Parking : Col des Mosses (1 445 m), route Aigle-Château-d’Oex
5. Tour d’Aï depuis Leysin — Le rocher des casse-cou
Leysin, Ormont-Dessous — Difficile

Je garde la plus engagée pour la fin, et je vous préviens tout de suite : la Tour d’Aï n’est pas pour tout le monde. Ce sommet calcaire de 2 330 mètres domine Leysin, la station vaudoise accrochée au flanc de la montagne, et il se mérite. On part du village, accessible en train depuis Aigle, puis on marche par les alpages en passant par le lac d’Aï, pour une boucle d’une dizaine de kilomètres et sept cents mètres de dénivelé, cinq heures au total.
Le mot important, c’est « câbles ». La section finale est exposée et équipée de câbles pour s’aider des mains. C’est court, mais c’est vertical, et ça demande de l’expérience. Si vous avez le vertige, passez votre chemin, ce n’est pas un sommet que l’on force. Si vous êtes à l’aise, en revanche, la sensation est grisante : on grimpe le long de la paroi, le vide dans le dos, et on débouche sur un sommet minéral d’où la vue plonge sur Leysin et la vallée, avec les Diablerets qui ferment l’horizon. C’est le genre d’endroit où l’on comprend pourquoi les Vaudois ont surnommé ces deux tours jumelles — la Tour d’Aï et la Tour de Mayen — les sentinelles de Leysin.
Clairement, c’est une randonnée pour marcheurs expérimentés, déconseillée aux personnes sujettes au vertige. Je le répète parce que c’est exactement le genre de sommet qui attire les gens trop confiants en se disant « ça a l’air court ». Ça l’est, court. Mais un passage équipé de câbles ne se négocie pas comme une allée de parc. Si vous l’avez déjà fait, dites-le en commentaires : vous faites partie d’un club assez restreint, et j’ai un respect certain pour vos mollets.
📋 En pratique
- Départ : Leysin (train Aigle-Leysin), puis marche par les alpages et le lac d’Aï
- Distance : ≈ 10 km (boucle)
- Dénivelé : ≈ 700 m
- Durée : ≈ 5 h
- Difficulté : Difficile
- Balisage : Itinéraire de montagne, section finale exposée équipée de câbles
- Parking : Leysin (train Aigle-Leysin, AOMC)
Alors, tu pars sur quel sentier ?
Cinq randonnées, trois visages du canton de Vaud. Celle des vignes et du Léman, où l’on marche entre les murs de pierre d’un vignoble classé par l’UNESCO. Celles du Jura, avec la Dent de Vaulion et ses sept lacs, et le Mont Tendre, toit de toute la chaîne jurassienne. Et celles des Alpes vaudoises, avec le Pic Chaussy face au glacier et la Tour d’Aï qui se mérite à la force des poignets.
Je n’ai pas tout mis, évidemment. Le Grand Chamossaire aurait mérité sa place, tout comme le Chasseron, deux autres beaux sommets vaudois que j’ai dû écarter pour garder la variété. Et le tour du lac de Joux est magnifique, mais le Jura vaudois était déjà bien représenté. Si vous avez des suggestions — et je sais que les randonneurs vaudois qui me lisent en auront — déposez-les en commentaires. Je les ajouterai volontiers dans une prochaine édition, ou j’en ferai un article dédié.
Mon vote personnel ? Le Mont Tendre. Pour le silence des hauts plateaux, pour les lapiaz qui sonnent creux sous les pieds, pour cette impression d’avoir le Jura pour soi tout seul. Mais si vous voulez une claque visuelle sans trop souffrir, la traversée de Lavaux reste imbattable, surtout en fin de journée quand le soleil tombe sur les terrasses.
En attendant de chausser tes bottines, un souvenir du canton de Vaud ?
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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