La Wallonie, je le sais parce que je la fréquente, elle ne fait pas de bruit pour se vanter. Alors voilà, je suis allé fouiller, et j’ai déniché douze choses qu’elle a faites avant tout le monde, ou presque. Des trucs qui partent d’un crâne de chien enterré il y a 33 000 ans pour finir sur les Schtroumpfs. Accroche-toi, parce que ta région, elle a beaucoup plus d’histoires que tu ne le crois.
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1 – L’un des plus vieux chiens du monde a été enterré en Wallonie il y a 33 000 ans
Dans les grottes de Goyet, à Gesves, en province de Namur, on a retrouvé un crâne de canidé dès les années 1850. Pendant longtemps, tout le monde a cru que c’était un loup. En 2002, la datation au carbone 14 a tout changé : environ 33 000 ans, et c’était bien un chien. L’un des plus anciens fossiles de chien connus au monde, et le seul animal que l’Homme ait domestiqué dès le Paléolithique supérieur, rien que ça. (D’ailleurs, le même site a aussi livré des os humains qui racontent des pratiques cannibales chez certains Néandertaliens. Ambiance.)
2 – Le mot « Wallon » signifie « étranger » dans les langues germaniques
Ton nom de famille, en fait, c’était une façon de dire « l’autre ». Le mot Wallon vient du très vieux mot germanique Walh, que les Germains utilisaient pour désigner les populations romanes ou celtes qui vivaient au-delà du Rhin et de la Meuse. La même racine a essaimé partout en Europe : elle a donné Wales, le Pays de Galles, la Valachie en Roumanie, ou encore le Welsch des Suisses alémaniques. La Wallonie, c’est donc littéralement la « terre des étrangers », vue par les peuples germaniques. Toi, t’es l’étranger de quelqu’un. C’est beau, non ?
3 – La plus grande mine d’Europe se trouvait en Wallonie il y a 6 000 ans
À Spiennes, près de Mons, les hommes du Néolithique ont creusé entre 10 000 et 20 000 puits pour extraire le silex qui servait à fabriquer haches et lames. Exploité de 4300 à 2200 avant Jésus-Christ, ce complexe est décrit comme le plus vaste complexe minier d’Europe. Des millions d’éclats de silex jonchent encore la surface des champs alentour, tu marches littéralement sur de la préhistoire. Le site est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. (Et toi, tu te plains du trafic sur le ring ?)
4 – Le saxophone est né à Dinant en 1846
Adolphe Sax, né à Dinant en 1814, vient d’une famille de facteurs d’instruments. Le 21 mars 1846, il dépose le brevet du saxophone, cet instrument en cône parabolique aux sonorités que le monde n’avait jamais entendues. Il a aussi inventé le saxhorn et, en 1876, le tuba wagnérien, créé à la demande de Richard Wagner pour sa tétralogie L’Anneau du Nibelung. Hector Berlioz, lui, compose dès 1842 la toute première œuvre avec saxophone, son Chant sacré pour sextuor à vent. Le jazz, le rock, tout ce que tu écoutes souffle encore un peu de Dinant.
5 – Charlemagne descend d’une famille née dans la région de Liège
Tournai, la plus ancienne ville de Wallonie, fut la première capitale des Francs. C’est là qu’on a découvert la tombe de Childéric Ier, le père de Clovis. Plus à l’est, Herstal, près de Liège, a donné son nom à Pépin de Herstal, un ancêtre direct de Charlemagne. La dynastie des Pépinides, celle qui deviendra les Carolingiens, a son berceau dans la vallée de la Meuse, autour de Liège et de Jupille. (Quant au lieu de naissance exact de Charlemagne, les historiens se chamaillent encore, alors je ne vais pas trancher à ta place.)
6 – 5 000 à 10 000 Wallons ont bâti l’industrie suédoise du fer
Au XVIIe siècle, entre 5 000 et 10 000 Wallons, souvent des protestants persécutés par le pouvoir espagnol, ont émigré en Suède. Leur chef de file, Louis De Geer, est resté dans l’histoire suédoise comme le « père de l’industrie du fer ». Entre 1620 et 1650, grâce à leur savoir-faire, les exportations de fer de la Suède ont triplé pour atteindre 17 500 tonnes par an. Les forges d’Engelsberg, classées aujourd’hui, ont été établies par ces ouvriers wallons. Ils ont gardé jalousement leurs secrets de fabrication jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. (Ils ont exporté la technique, pas la recette des boulets.)
7 – Le menuisier wallon qui a lancé l’industrie électrique moderne
Zénobe Gramme, né en 1826 à Jehay-Bodegnée près de Huy, était menuisier de formation et, disons-le, élève médiocre. En 1868, il perfectionne la dynamo à courant continu, présentée à l’Académie des sciences en 1871. En 1873, son associé Hippolyte Fontaine démontre la réversibilité de la machine : elle produit de l’électricité, mais elle peut aussi servir de moteur. La machine Gramme devient le premier moteur électrique puissant réellement utilisé dans l’industrie, le point de départ de l’électrification moderne. Son nom est gravé sur un bâtiment du MIT à Boston. (Moralité : les cancres, méfiez-vous d’eux.)
8 – La Wallonie a été la deuxième puissance industrielle du monde
La révolution industrielle de l’Europe continentale a commencé en Wallonie, sur le sillon Sambre-et-Meuse, entre 1770 et 1847, avant même la naissance de l’État belge. C’est là qu’est sortie « Le Belge », la première locomotive d’Europe continentale, des ateliers John Cockerill. Au XIXe siècle, selon les historiens, la Wallonie est devenue la deuxième puissance industrielle du monde, juste après le Royaume-Uni, bâtissant entreprises et chemins de fer jusqu’en Russie, en Chine, en Amérique latine et en Afrique. En 1896, elle concentrait encore 51,2 % de l’emploi industriel du pays. (L’avenir de l’industrie, ils en avaient déjà fait le tour.)
9 – Le père du Big Bang est né à Charleroi
Georges Lemaître, né à Charleroi en 1894, était à la fois prêtre catholique, astronome et physicien, professeur à l’université catholique de Louvain. Son « hypothèse de l’atome primitif », qui explique l’origine de l’Univers, constitue le fondement de la théorie que les anglophones ont rebaptisée Big Bang. Il a rencontré plusieurs fois Albert Einstein, d’abord sceptique, qui a fini par se rallier à l’idée d’un Univers en expansion. Il a reçu le prix Francqui en 1934 et la médaille Eddington en 1953. (Un prêtre qui explique l’origine de l’Univers, c’est le genre de paradoxe que seule la Wallonie pouvait produire.)
10 – Le plus ancien texte de la langue française est né en Wallonie
La Cantilène de sainte Eulalie, datée de 880, est considérée comme le premier texte littéraire en langue française. Elle est née dans le pays mosan, cette région de la Meuse moyenne qui a rayonné du haut Moyen Âge au XIIe siècle. L’art mosan a aussi laissé les célèbres fonts baptismaux de Renier de Huy, réalisés en 1107-1108. Et le travail du cuivre, la dinanderie, doit son nom à Dinant, qui y excella au point de marquer le vocabulaire de tout le monde francophone. (Le français, c’est peut-être ton voisin qui l’a écrit en premier.)
11 – Une tonne d’acier inoxydable sur quatre en Europe sort de Charleroi
À Châtelet, près de Charleroi, le laminoir à chaud du groupe Aperam est l’un des plus grands d’Europe : il produit une tonne d’acier inoxydable sur quatre consommée en Europe. La Wallonie abrite aussi le siège de GSK Biologicals à Rixensart et le « Quartier Mondial des Vaccins » à Wavre, pensé pour produire une majeure partie des vaccins commercialisés par GSK dans le monde. Arcelor Mittal y maintient de grands centres de recherche, et AGC Glass Europe y produit du verre à l’échelle industrielle. (Ta cuillère, ton frigo, ton pare-brise : merci Charleroi.)
12 – Les Schtroumpfs et Lucky Luke sont nés dans la même école wallonne
La Wallonie a joué un rôle majeur dans la bande dessinée belge et internationale des années 1940 et 1950. L’école de Marcinelle, du nom du faubourg de Charleroi où étaient établies les éditions Dupuis, a vu naître des héros mondiaux : Peyo y a créé les Schtroumpfs, Morris Lucky Luke, et Franquin Gaston Lagaffe ainsi que le Marsupilami. L’hebdomadaire Spirou, qui paraît depuis 1938, a lancé la carrière de tous ces dessinateurs. Casterman, l’autre grand éditeur de bande dessinée, est lui aussi implanté dans la région. (Toute ta bibliothèque d’enfant vient d’un faubourg de Charleroi. C’est vertigineux.)
Alors, t’en connaissais combien ? Sur douze, si tu m’en sors plus de huit, je m’incline. Et si t’as un fait sur la Wallonie que j’ai oublié, balance-le en commentaire, je suis preneur. Les Wallons, vous ne faites pas de bruit, mais franchement, vous auriez de quoi la ramener. Moi, je retourne relire Spirou.

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