T’es Auvergnat·e. Tu connais la chaîne des Puys mieux que le fond de ta poche, t’as déjà descendu une truffade un dimanche midi chez ta grand-mère après la messe, et quand quelqu’un te dit que le Saint-Nectaire c’est juste « un fromage », tu sens une petite veine qui pulse sur ta tempe. Tu sais d’où tu viens, et t’en es fier — à juste titre.
Mais est-ce que tu sais à quoi ressemblaient les tout premiers Auvergnats ? Ceux qui foulaient ce territoire bien avant les Arvernes, bien avant Vercingétorix, bien avant que la première vache ne pose un sabot sur un pâturage du Cantal ?
Accroche-toi à ton chapeau (ou à ton verre de gentiane, on va pas se mentir) : les premiers habitants de l’Auvergne avaient la peau très foncée.
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Les tout premiers Auvergnats avaient la peau foncée
Je te le donne cash : les chasseurs-cueilleurs qui habitaient l’Auvergne — et toute l’Europe occidentale — au Mésolithique, soit grosso modo entre 15 000 et 5 000 ans avant notre ère, portaient les allèles ancestraux des gènes de pigmentation. En langage clair : la peau claire n’existait pas encore. Ces gens-là avaient une pigmentation foncée à très foncée.
Et c’est pas une bizarrerie génétique isolée, hein. C’est l’état de base de l’humanité moderne. Homo sapiens est né sous les tropiques, et la peau foncée, c’était l’équipement d’origine — une protection naturelle contre les rayons UV. La peau claire, c’est une adaptation qui est venue bien plus tard, progressivement, quand nos ancêtres ont migré vers des latitudes où le soleil se fait plus discret (et où il fallait absolument synthétiser de la vitamine D pour pas crever en hiver — tu vois le genre, ces hivers auvergnats à −15 °C que les anciens traversaient sans triple vitrage).
Autrement dit : tes aïeux qui chassaient le cerf sur les flancs des volcans — oui, avant que les volcans eux-mêmes n’existent — ne ressemblaient pas du tout à l’image qu’on se fait d’un « Gaulois » dans les manuels scolaires. Et c’est tant mieux, parce que la vérité est mille fois plus intéressante.
Et cette peau foncée, c’est quoi exactement ?
On a deux cas hyper bien documentés qui permettent de se faire une idée précise (et sourcée, j’insiste — je te ponds pas ça d’un chapeau).
Le premier, c’est Cheddar Man. Il vivait il y a environ 10 000 ans dans le Somerset, en Angleterre. Son génome complet a été séquencé par une équipe du Natural History Museum de Londres et de l’University College London (étude Brace et al., 2019). Résultat des courses : l’outil de prédiction forensique qui analyse les variants génétiques liés à la pigmentation le classe dans les catégories les plus pigmentées — les chercheurs parlent de peau « dark to black » — et exclut formellement les catégories claires. Ses cheveux étaient noirs et frisés. (Nuance importante parce que je suis pas là pour vous raconter n’importe quoi : la direction est robuste — peau foncée, aucun doute — mais la teinte exacte reste une estimation probabiliste. La généticienne Susan Walsh du NHM a toujours été claire là-dessus, et je préfère vous le dire plutôt que de faire le malin.)
Le deuxième, c’est La Braña 1, un squelette découvert à León, en Espagne, vieux d’environ 7 000 ans (étude Olalde et al., 2014, Nature). Même topo : il porte les allèles ancestraux de SLC24A5 et SLC45A2 — les deux gènes majeurs de la dépigmentation chez les Européens modernes. Traduction : ces variants qui rendent la peau claire aujourd’hui étaient absents chez lui. Le chercheur principal, Carles Lalueza-Fox, résume ça d’une phrase : « cet individu possédait les versions ancestrales des gènes qui déterminent la pigmentation claire des Européens actuels, ce qui indique qu’il avait la peau sombre. »
Deux squelettes, deux extrémités de l’Europe occidentale, un constat identique. La peau foncée des premiers Auvergnats, c’est pas un cas isolé — c’est une caractéristique de groupe. Tout le monde était comme ça.
Quand la peau a-t-elle changé ?
Alors là, on entre dans ce que les généticiens appellent le « modèle des trois couches d’ascendance » — et franchement, c’est fascinant. T’es prêt·e ?
Première couche : les chasseurs-cueilleurs de l’Ouest (WHG). C’est eux, « les premiers Auvergnats ». Peau foncée, cheveux foncés, actifs en Europe de 15 000 à 5 000 ans avant notre ère. Ils représentent encore aujourd’hui jusqu’à 50 % de l’ascendance des Européens du Nord — et une portion non négligeable de la tienne, cher·ère Auvergnat·e.
Deuxième couche : les agriculteurs anatoliens. Vers 8 000 ans avant notre ère — c’est-à-dire autour de 6 000 avant J.-C. — des populations venues d’Anatolie (l’actuelle Turquie) migrent vers l’Europe en apportant l’agriculture. Avec elles, un variant génétique qui change tout : l’allèle dérivé de SLC24A5. Cet allèle est quasi absent chez les WHG, mais quasi universel chez ces premiers agriculteurs. La propagation de l’agriculture, c’est aussi la propagation de la peau claire. (Rappel : on parle d’un processus qui s’étale sur des milliers d’années — pas d’un interrupteur qu’on bascule un jeudi après-midi.)
Troisième couche : les pasteurs des steppes. Vers 4 500 ans avant notre ère, une migration massive venue des steppes eurasiennes — la culture Yamnaya, au nord de la mer Noire — déferle sur l’Europe. Ces pasteurs apportent des allèles de dépigmentation supplémentaires, notamment des variants de SLC45A2. Ils apportent aussi les langues indo-européennes, le cheval domestiqué, la roue — bref, le kit complet. Aujourd’hui, ces gènes des steppes représentent 40 à 54 % de l’ascendance des Européens du centre et du nord.
Résultat de ce mille-feuille génétique ? La peau claire ne devient majoritaire en Europe qu’à l’Âge du Fer, il y a environ 3 000 ans seulement. Une étude publiée dans les PNAS en 2025, portant sur 53 individus anciens, le confirme : 43 phénotypes sombres, 7 intermédiaires, 3 clairs seulement. Tes ancêtres avaient la peau foncée bien plus longtemps qu’ils ne l’ont eue claire. Médite ça la prochaine fois que tu mets de la crème solaire indice 50 aux Estives.
Et dans l’Antiquité, qui peuplait l’Auvergne ?
Bon, on quitte la génétique pour l’Histoire avec un grand H — celle qui a laissé des noms, des batailles et des légendes. Et là, l’Auvergne a de quoi bomber le torse.
Le peuple qui occupe ton territoire au Iᵉʳ millénaire avant notre ère, ce sont les Arvernes (Arverni), un des peuples gaulois les plus puissants de toute la Gaule. Leur territoire couvrait l’essentiel de l’Auvergne actuelle — et c’est d’ailleurs de leur nom que dérive le mot « Auvergne ». À l’époque de la guerre des Gaules, ils avaient non pas une mais plusieurs capitales : Corent (centre politique, économique et religieux), Gondole (cité artisanale) et surtout Gergovie, l’oppidum militaire perché sur son plateau dominant la future Clermont-Ferrand.
Et c’est là que ça devient épique. En 52 avant J.-C., Vercingétorix — fils du chef arverne Celtillos, né sur le territoire arverne vers 82 av. J.-C. — y inflige à Jules César sa seule défaite de terrain de toute la guerre des Gaules. Avec une précision capitale parce que c’est important d’être rigoureux : c’est la seule bataille où César commandait en personne et où il a été contraint à la retraite. D’autres chefs gaulois ont vaincu des forces romaines — Ambiorix chez les Éburons en 54 av. J.-C. a anéanti une légion entière — mais César n’y était pas. À Gergovie, il y était. Et il a perdu.
Bon, la fête a pas duré. Trois mois plus tard, en septembre 52 av. J.-C., Vercingétorix capitule à Alésia — qui se trouve en Bourgogne (Alise-Sainte-Reine), pas en Auvergne, je précise pour éviter toute confusion. La scène dramatique de sa reddition, chevauchant seul vers César en armure étincelante ? C’est une image d’Épinal magnifique, popularisée par les peintres du XIXᵉ siècle et le roman national français — les auteurs antiques comme César lui-même sont bien plus sobres sur l’événement. (C’est pas grave, on aime l’image quand même. Un mythe, c’est parfois plus vrai que la réalité — surtout quand t’es Auvergnat et que Vercingétorix te sert de figure tutélaire depuis le collège.)
Sous l’empereur Auguste, l’oppidum de Gergovie est abandonné au profit d’une ville neuve fondée dans la plaine : Augustonemetum — dont le nom signifie « sanctuaire d’Auguste ». Fondée vers 27 av. J.-C. sous l’impulsion d’Agrippa, elle devient la nouvelle capitale des Arvernes romanisés. Cette ville, tu la connais bien : c’est Clermont-Ferrand.
Alors, fier de tes racines ?
Tu vois, être Auvergnat·e, c’est pas juste aimer la fourme d’Ambert et râler contre les Parisiens qui débarquent en juillet (quoique ça compte aussi, hein). C’est porter en toi une histoire stratifiée sur des dizaines de milliers d’années — des chasseurs-cueilleurs à la peau foncée qui parcouraient ces terres avant même que les volcans ne dessinent le paysage que tu connais, jusqu’aux Arvernes qui ont fait trembler l’Empire romain sur les pentes de Gergovie.
Franchement, je sais pas pour toi, mais moi je trouve ça cent fois plus puissant que n’importe quel cliché folklorique. Tes racines sont profondes, complexes, et elles racontent une histoire que la science vient tout juste de commencer à déchiffrer. Porte-les fièrement.
Porte fièrement tes racines auvergnates →
Tu pensais que les premiers Auvergnats ressemblaient à quoi ? Dis-le en commentaire — et si t’as un ancêtre arverne dans le grenier de ta mémoire familiale, ça m’intéresse aussi.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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