Les noms de famille les plus portes en Berry aujourd’hui – le classement 1941-2000


Eh le Berrichon, ton nom a-t-il survécu au XXe siècle ?

Bon, les amis. On a déjà fait l’inventaire complet : les 800 noms de famille les plus portés en Berry entre 1891 et 1915. Une plongée dans le Berry d’avant-guerre, celui des arrière-grands-parents, des registres paroissiaux jaunis, des patronymes qui sentaient le bocage et la terre grasse de l’Indre.

Mais le Berry de 1915, c’est pas le Berry d’aujourd’hui. Cent ans plus tard, le paysage patronymique a bougé. Des noms ont grimpé, d’autres ont glissé. Des nouveaux sont apparus — et ils viennent parfois de loin. Alors aujourd’hui, on regarde les naissances 1941-2000. Les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants de ceux qui étaient là en 1915. C’est le Berry vivant, contemporain, celui qui vote, qui bosse, qui fait ses courses au marché de Saint-Amand-Montrond ou de La Châtre.

Tu vas voir : certains noms que tu crois « typiquement berrichons » le sont vraiment. D’autres, que tu n’aurais jamais associés à la région, s’y sont installés pour de bon. Et puis il y a ceux qui étaient là en 1915 et qu’on ne retrouve plus du tout dans le top contemporain. Ceux-là, je te laisse les chercher dans l’article historique — ça vaut le coup d’oeil.

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Pourquoi 1941-2000, et pas une autre période ?

J’ai choisi 1941-2000 pour une raison très simple : c’est la population vivante aujourd’hui. Une personne née en 1941 a 59 ans en 2000 — elle est encore là, statistiquement. Alors qu’un Berrichon né en 1891, lui, appartient aux archives. La période 1941-2000 couvre six décennies de naissances : c’est assez large pour être représentatif, assez récent pour être pertinent. Et ça permet une comparaison propre avec la période historique 1891-1915 qu’on a déjà couverte. Les données viennent de l’INSEE — pas de sondage, pas d’approximation : le vrai décompte des naissances, département par département.

Les 400 noms de famille les plus portés dans le Cher (18)

Le Cher, c’est Bourges, Vierzon, Saint-Amand-Montrond, le Sancerrois. Un département de 300 000 habitants où le patronyme Martin caracole en tête avec 893 naissances en soixante ans. Mais ce qui frappe dans le Cher contemporain, c’est la présence de noms à consonance très locale — Martinat (17e avec 381 naissances), Chollet (35e), Gitton (40e, dont l’étymologie fait débat), Pasdeloup (53e) — qui racontent quelque chose d’ancien et de profondément attaché au territoire. Sans oublier une présence portugaise déjà bien installée dans le top 50.

Voici le top 20 du Cher. Pour voir l’ensemble des 400 noms, il suffit de cliquer sur le bouton en dessous du tableau.

Rang Nom Naissances
1 MARTIN 893
2 PETIT 851
3 MOREAU 774
4 JACQUET 759
5 DUBOIS 692
6 MILLET 675
7 ROGER 569
8 THOMAS 531
9 BAILLY 519
10 GIRARD 501
11 BERNARD 437
12 ROUX 424
13 BRUNET 420
14 ROUSSEAU 401
15 CHEVALIER 396
16 DURAND 383
17 MARTINAT 381
18 ANDRE 370
19 LEGER 366
20 GIRAULT 365

Quelques noms qui racontent le Cher mieux qu’un long discours. Martinat (17e, 381 naissances) : selon le généalogiste Jean Tosti, ce serait un diminutif de Martin avec le suffixe -at, typique du Centre et du Massif central, concentré dans le Cher mais aussi présent dans l’Allier et la Nièvre. Cherrier (31e, 298 naissances) pourrait provenir du latin carrarius, désignant un conducteur de char — ce nom est fortement concentré dans le Cher. Chollet (35e, 286 naissances), particulièrement fréquent dans le Cher : selon Jean Tosti, il pourrait être un diminutif de chou (cultivateur de choux) ou une aphérèse de Micholet, diminutif de Michel. Taillandier (47e, 253 naissances) : selon Jean Tosti, il désignerait l’artisan qui fabriquait les lames d’outils, autrefois appelées taillants.

Et puis il y a Pasdeloup (53e, 235 naissances). Selon Jean Tosti, ce serait un toponyme évoquant un lieu où passe le loup. Mieux : un hameau nommé les Pasdeloups existe toujours à Henrichemont, dans le Cher. On n’invente pas ces choses-là. Trouvé (61e, 225 naissances) : selon Jean Tosti, ce serait un nom donné aux enfants trouvés, particulièrement fréquent dans le Poitou et le Cher — un rappel discret à une histoire sociale pas si lointaine.

Mais le chiffre le plus saisissant, c’est peut-être la présence de Da Silva au 36e rang (285 naissances), juste devant Mallet et Fournier. Un nom portugais — da Silva signifie « du bois » ou « de la forêt », du latin silva — qui s’est ancré dans le Cher bien plus profondément que ce qu’on imagine. Garcia (51e, 245 naissances), d’origine espagnole, et Pereira (86e, 181 naissances), qui signifie « poirier » en portugais, confirment que le Cher du XXe siècle s’est ouvert sur le monde.

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Les 400 noms de famille les plus portés dans l’Indre (36)

L’Indre, c’est Châteauroux, Issoudun, Le Blanc, La Châtre. Un département plus rural, moins peuplé que le Cher (environ 220 000 habitants), mais où les noms de famille racontent une histoire tout aussi riche — et parfois plus enracinée. Ici, Moreau écrase tout avec 1 495 naissances — presque le double du deuxième, Robin (845). Un surnom donné à un homme brun, du latin Maurus, qui s’est fixé dans l’Indre avec une intensité remarquable. Mais ce sont les noms du cœur du classement qui donnent son visage à l’Indre : Bonnin (8e avec 522 naissances), Yvernault (86e), Luneau (34e), Duris (20e)…

Rang Nom Naissances
1 MOREAU 1495
2 ROBIN 845
3 MARTIN 770
4 BRUNET 640
5 RICHARD 611
6 THOMAS 584
7 ROBERT 526
8 BONNIN 522
9 MOULIN 491
10 MERCIER 477
11 BONNET 457
12 PERRIN 455
13 GUILLOT 446
14 BERNARD 415
15 BLANCHARD 406
16 LAMY 384
17 TISSIER 380
18 LAURENT 378
19 BRUNEAU 377
20 DURIS 369

Bonnin, 8e du classement dans l’Indre avec 522 naissances (et 44e dans le Cher), est sans doute l’un des noms les plus emblématiques du Berry contemporain. Selon le généalogiste Jean Tosti, Bonnin serait un diminutif de Bon — un surnom médiéval donné à une personne réputée bonne — particulièrement fréquent dans l’Indre. Yvernault (86e, 220 naissances), porté dans la Creuse et l’Indre, serait selon Jean Tosti une variante du nom Hivernaud. Luneau (34e, 317 naissances), selon Jean Tosti, pourrait tirer son origine du toponyme Luneau, commune de l’Allier, formé sur le nom gaulois Lunos.

Et puis il y a Chagnon (167e dans l’Indre, 68e dans le Cher). Selon le généalogiste Jean Tosti, Chagnon serait dérivé de chagne, l’une des variantes régionales du mot chêne, et désignerait un lieu planté de chênes. Un nom qui sent le bocage berrichon, la forêt de Châteauroux, les haies vives et les vieux arbres têtards. Godon (64e dans le Cher, 222 naissances), selon Jean Tosti, serait le cas-régime du nom germanique Godo, de god signifiant dieu.

L’Indre n’est pas en reste côté immigration : on retrouve Da Silva au 237e rang (112 naissances), Garcia au 279e (102 naissances), et Ferreira (390e, 82 naissances), dont le nom portugais signifie « forge » ou désigne un lieu où l’on extrait du minerai de fer.

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Ce qui a changé depuis 1915

Alors, qu’est-ce qui a bougé depuis l’article historique sur la période 1891-1915 ? Plusieurs choses. Et certaines sont assez spectaculaires.

D’abord, les grands classiques pan-français tiennent bon. Martin, Moreau, Petit, Dubois, Bernard : ces noms étaient déjà en tête en 1915, ils le sont encore en 2000. C’est la grande constante de l’anthroponymie française — les noms les plus portés nationalement restent les plus portés localement, même dans des régions identitaires comme le Berry. Moreau mérite une mention spéciale : dans l’Indre, avec 1 495 naissances, il distance le deuxième (Robin, 845) de 650 unités. Une domination écrasante qu’on ne retrouve pas dans le Cher, où Martin et Petit se tiennent dans un mouchoir de poche.

Ensuite, les noms typiquement berrichons — ceux qui n’existent quasiment nulle part ailleurs — résistent bien. Bonnin, Chagnon, Pasdeloup, Martinat, Yvernault, Godon : ils sont toujours là, bien classés, avec des effectifs solides. Ces noms sont le socle identitaire du Berry. Ils ne dominent pas le classement par le nombre, mais ils dominent par leur singularité. Quand tu croises un Chagnon ou un Pasdeloup ailleurs en France, il y a de fortes chances qu’il ait des racines dans le Cher ou l’Indre.

Mais la grande nouveauté du XXe siècle, c’est l’apparition massive de noms d’origine immigrée, surtout portugais et espagnols. Da Silva au 36e rang du Cher (285 naissances), c’est un symbole. Ce nom n’existait tout simplement pas dans le Berry de 1915. Il est aujourd’hui plus porté dans le Cher que des noms historiques comme Mallet, Fournier ou Chauveau. Même chose pour Garcia (51e, 245 naissances), Pereira (86e, 181 naissances), Ferreira (105e, 163 naissances), Fernandes (113e, 157 naissances). Au total, plus de 1 500 naissances portent un nom lusophone ou hispanique dans le Cher entre 1941 et 2000. C’est une transformation silencieuse mais profonde du visage patronymique berrichon.

À l’inverse, certains noms qui figuraient en bonne place en 1915 ont peut-être reculé ou disparu du top contemporain. C’est le cycle naturel de l’anthroponymie : les noms les plus rares s’éteignent, les noms les plus fréquents se maintiennent, et l’immigration apporte un sang neuf. Le Berry de 2026 n’est pas celui de 1915 — et c’est tant mieux. Il est plus riche, plus mélangé, plus vivant.

Un dernier mot sur Gitton (271 naissances, 40e dans le Cher), dont l’étymologie fait débat. Présent dans le Cher avec une belle densité, il n’a pas livré son secret aux sources consultées. C’est aussi ça qui est beau dans les noms : certains gardent leur mystère.

À qui appartient le Berry aujourd’hui ?

Le Berry contemporain appartient à tout le monde. Aux Martin et aux Moreau, arrivés il y a des siècles et qui trustent les premières places. Aux Bonnin et aux Pasdeloup, enracinés dans le bocage depuis le Moyen Âge. Aux Da Silva et aux Pereira, venus du Portugal au XXe siècle et qui ont fait souche dans le Cher. Aux Garcia, aux Fernandes, aux Ferreira. Et à tous les autres — les 800 noms de ces deux classements qui, mis bout à bout, dessinent le vrai visage du Berry d’aujourd’hui.

Si ton nom figure dans ces listes, tu sais maintenant d’où tu viens — ou du moins, d’où tes ancêtres sont passés. Et si tu veux le porter fièrement, tu sais quoi faire.

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— Vincent


Source des données : INSEE, fichier des noms de famille 1891-2000, départements 18 (Cher) et 36 (Indre). Période retenue : naissances 1941-2000 (somme des tranches 1941-1950, 1951-1960, 1961-1970, 1971-1980, 1981-1990, 1991-2000). Étymologies vérifiées selon le protocole de fact-checking du blog Ici & Là (sources : Geneanet / Jean Tosti, Wikipedia FR, Dauzat/Morlet, connaissance linguistique).

Pour consulter l’article historique sur les noms les plus portés en Berry entre 1891 et 1915 : Les noms de famille berrichons les plus portés entre 1891 et 1915.

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