Les premiers Béarnais ressemblaient à ça (la science va te surprendre)

Tu te décris comme Béarnais, peut-être même que t’en es fier au point d’en parler à chaque repas de famille (et je te comprends, crois-moi — j’ai grandi dans une famille où la Provence était un sujet de conversation plus fréquent que la météo). Mais si je te demandais à quoi ressemblaient les TOUT premiers habitants du Béarn — je te parle pas des bergers du XVIIIe ni des mousquetaires d’Artagnan — tu répondrais quoi ? Un petit montagnard au teint hâlé par le soleil pyrénéen ? Une version rustique du Henri IV avec une barbe de trois jours ? Eh ben pas du tout. Les analyses génétiques les plus récentes racontent une histoire qui va probablement te surprendre.

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Les tout premiers Béarnais avaient la peau foncée

C’est pas une blague, c’est la génétique qui le dit. Les premiers habitants du piémont pyrénéen — ceux qui arpentaient les vallées béarnaises il y a environ 10 000 à 7 000 ans, bien avant que quiconque ait l’idée de construire le château de Pau — ces gens-là avaient la peau très foncée. Probablement foncée à noire, pour reprendre le terme exact des chercheurs du Natural History Museum de Londres (oui, je sais, ça pique un peu l’orgueil régional, mais reste avec moi, ça devient fascinant).

On les appelle les chasseurs-cueilleurs de l’Ouest — ou Western Hunter-Gatherers (WHG) pour les intimes de la paléogénétique. Ils peuplaient toute l’Europe occidentale au Mésolithique, du Somerset anglais jusqu’aux vallées espagnoles juste de l’autre côté des Pyrénées. Et ils n’avaient tout simplement pas encore acquis les variants génétiques qui donnent la peau claire aux Européens d’aujourd’hui. C’est aussi simple que ça : la peau claire, à leur époque, ça n’existait juste pas. Pas encore.

Et cette peau foncée, c’est quoi exactement ?

Faut remettre les choses dans l’ordre (promis, c’est pas un cours de bio, c’est plus simple que ça en a l’air). La peau foncée, c’est pas une exception ou une bizarrerie : c’est l’état de départ de l’humanité tout entière. Homo sapiens est né avec une pigmentation qui le protégeait des rayons ultraviolets — un héritage direct des origines tropicales de notre espèce. La peau claire, elle, est une adaptation tardive, apparue progressivement en Europe quand nos ancêtres ont eu besoin de synthétiser plus de vitamine D sous des latitudes moins ensoleillées.

Et on a des preuves tangibles, pas juste des théories. Le plus célèbre, c’est l’homme de Cheddar — Cheddar Man pour les Anglo-Saxons — un squelette découvert en 1903 dans une grotte du Somerset, en Angleterre. Daté d’environ 10 000 ans, son génome complet a été séquencé en 2018 par une équipe de généticiens de l’University College London. Résultat : peau « dark to black » selon les termes exacts de l’étude, cheveux noirs et frisés. L’outil de prédiction forensique le classe dans l’une des deux catégories de pigmentation les plus foncées sur cinq. Les catégories claires ? Exclues.

Et de notre côté des Pyrénées, on a La Braña 1, un chasseur-cueilleur découvert près de León, en Espagne, à vol d’oiseau du Béarn. Daté d’environ 7 000 ans, son ADN montre les mêmes allèles ancestraux de pigmentation — ces versions « originelles », si tu veux, des gènes qui, plus tard, produiront la peau claire. Les chercheurs espagnols du CSIC ont été clairs : cet individu possédait les versions ancestrales des gènes de pigmentation, ce qui indique une peau sombre. La teinte exacte reste une estimation — la reconstruction est probabiliste, pas une photo — mais la direction, elle, ne fait aucun doute.

Quand la peau a-t-elle changé ?

Alors là, accroche-toi, parce que c’est un véritable mille-feuille migratoire. La peau claire ne s’est pas imposée du jour au lendemain — elle est arrivée par vagues, portée par des populations venues d’ailleurs.

Première vague : vers 8 000 ans avant notre ère, des agriculteurs venus d’Anatolie (la Turquie actuelle) débarquent en Europe avec leurs céréales, leurs animaux domestiques… et un gène bien précis, SLC24A5, déjà quasi universel chez eux. Ce gène, absent chez les chasseurs-cueilleurs d’Europe occidentale, est l’un des deux grands responsables de la peau claire moderne. Résultat : à mesure que l’agriculture se répand, la dépigmentation avance avec elle.

Deuxième vague : vers 4 500 ans avant notre ère, c’est au tour des pasteurs des steppes — la fameuse culture Yamnaya, ces cavaliers venus des plaines eurasiennes (sud de l’actuelle Russie et Ukraine) — de déferler sur l’Europe. Ils apportent notamment un second gène clé, SLC45A2, qui va monter en fréquence sous l’effet de la sélection naturelle. Entre l’arrivée des agriculteurs anatoliens et celle des Yamnaya, le puzzle génétique se complète. Vers 3 000 ans avant notre ère, la peau claire est devenue majoritaire en Europe du Nord-Ouest (et en sachant que la peau claire des Européens d’aujourd’hui n’a — accroche-toi — qu’environ 3 000 ans, ça remet pas mal de choses en perspective, non ?).

C’est ce que les généticiens appellent le modèle des trois couches d’ascendance : (a) les chasseurs-cueilleurs de l’Ouest — ce sont « nos » premiers Béarnais, (b) les agriculteurs anatoliens, (c) les pasteurs des steppes. Nous sommes le mélange de ces trois couches superposées, un peu comme une garbure qui aurait mijoté pendant des millénaires.

Et dans l’Antiquité, qui peuplait le Béarn ?

Bon, la génétique c’est bien, mais la culture régionale, c’est aussi ça qui nous définit. Alors, qui étaient les habitants du Béarn quand les Romains ont débarqué ?

Le peuple installé dans la région s’appelait les Beneharnenses (ou Venarni, selon les sources). Et tiens-toi bien : c’est tout simplement de leur nom que vient le mot « Béarn ». Beneharnum, leur capitale, c’est l’actuelle Lescar, à quelques kilomètres de Pau. Un héritage vieux de plus de 2 000 ans, et on le porte encore dans le nom de notre région (avoue que c’est quand même plus classe que si on s’appelait tous les « Lescariens », non ?).

Linguistiquement, les Beneharnenses parlaient l’aquitain, une langue pré-indo-européenne — comprendre : une langue qui était là avant l’arrivée des langues celtes puis latines. Et voilà le fait le plus saisissant de toute cette histoire : cette langue aquitaine, c’est tout simplement la forme ancienne du basque. L’aquitain est la seule langue pré-indo-européenne d’Europe occidentale à avoir survécu jusqu’à aujourd’hui — l’euskara que tu entends encore de l’autre côté des Pyrénées, c’est l’écho direct de ce que parlaient les Beneharnenses il y a 2 000 ans. Si ça c’est pas une filiation qui impose le respect.

La romanisation, elle, arrive en 56 avant J.-C. quand Publius Crassus, lieutenant de Jules César (et fils du richissime Crassus du premier triumvirat — les Romains étaient pas très inventifs niveau prénoms, je te l’accorde), soumet l’ensemble des peuples aquitains. Plus tard, sous l’empereur Dioclétien, vers 285-298 après J.-C., la région est intégrée dans la province de Novempopulanie — littéralement « le pays des neuf peuples », dont faisaient partie les Beneharnenses. Le Béarn entre dans l’administration romaine sans jamais perdre son substrat aquitain. Une cohabitation qui va durer des siècles.

Alors, fier de tes racines ?

J’espère que oui. Pas malgré cette histoire, mais justement grâce à elle. Être Béarnais, c’est pas juste aimer la garbure et se sentir chez soi face au pic du Midi d’Ossau — c’est porter en soi des milliers d’années de migrations, de métissages et de survivances culturelles. Tes ancêtres ont vu défiler les chasseurs-cueilleurs à la peau sombre, les premiers agriculteurs anatoliens, les cavaliers des steppes, les légions romaines… et une langue, l’aquitain, qui a tenu bon jusqu’à donner le basque d’aujourd’hui. Quand on y pense, c’est autrement plus vertigineux que n’importe quel arbre généalogique de sacristie.

Tu pensais que les premiers Béarnais ressemblaient à quoi, toi ? Dis-le en commentaire — je suis sincèrement curieux. Et si jamais l’envie te prend de porter tes racines autrement que dans les conversations de bistrot (on sait tous que le Béarnais aime autant débattre que bien manger), jette un œil à la collection de t-shirts et souvenirs béarnais juste ici. C’est toujours plus élégant qu’un tatouage « Beneharnenses forever ».

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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