Les premiers Wallons ressemblaient a ça (la science va te surprendre)

Quand j’étais étudiant en socio, j’ai passé des heures dans les livres sur l’identité. La mémoire collective, l’imaginaire d’un peuple, tout ça. Et c’est marrant, parce qu’à force de creuser, on finit toujours par se demander : ok, mais ils venaient d’où, les premiers ? Alors si toi, Wallon, fier de tes racines — du Borinage à l’Ardenne, de Charleroi à Liège — tu penses que ta lignée remonte à des Gaulois blonds aux yeux clairs de bande dessinée… accroche-toi. La génétique a retourné la table. Et ce qu’elle dit sur les tout premiers Wallons, c’est tellement plus fascinant que le mythe.

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Les tout premiers Wallons avaient la peau foncée

Je te le donne direct, parce que c’est le genre d’info qui fait bugger le cerveau : les chasseurs-cueilleurs qui peuplaient la Wallonie actuelle au Mésolithique — on parle d’il y a environ 15 000 à 5 000 ans — portaient les allèles ancestraux des gènes de pigmentation. En clair, ils n’avaient pas encore acquis les variants génétiques qui produisent la peau claire. Leur pigmentation cutanée était probablement foncée à très foncée.

Et ce n’est pas une anomalie, hein. C’est l’inverse. La peau foncée, c’est l’état ancestral de l’humanité moderne. Homo sapiens est né en Afrique il y a environ 300 000 ans, et quand les premiers groupes sont sortis du continent pour remonter vers l’Europe, ils portaient cette pigmentation avec eux. La peau claire, elle, est une innovation génétique bien plus tardive — un paresseux qui s’est pointé sur l’échiquier il y a seulement quelques milliers d’années.

Alors non, tes lointains ancêtres wallons n’avaient pas le teint pâle de novembre dans la vallée de la Meuse (^^). Et ce constat n’est pas une hypothèse lancée comme ça au pif : il repose sur des analyses génomiques solides, avec des squelettes précisément étudiés.

Et cette peau foncée, c’est quoi exactement ?

Je te sens venir : « Vincent, t’es en train de me dire que mes ancêtres wallons étaient… ? » Stop. Posons les mots justes, parce que c’est important.

Les analyses génétiques indiquent que ces chasseurs-cueilleurs d’Europe occidentale — ce qu’on appelle les Western Hunter-Gatherers, ou WHG pour les intimes — portaient des versions ancestrales des gènes SLC24A5 et SLC45A2. Ces deux gènes sont les principaux déterminants de la pigmentation claire chez les Européens d’aujourd’hui. Les premiers Wallons n’avaient pas les versions mutées. Résultat : leur peau était probablement foncée à noire. C’est la formulation exacte qu’emploient les chercheurs du Natural History Museum de Londres et de l’University College London.

Deux cas emblématiques, bien que situés ailleurs, confirment qu’il s’agit d’un profil de groupe et non d’une exception isolée. D’abord, Cheddar Man. Retrouvé dans la grotte de Gough, dans le Somerset anglais, ce squelette vieux d’environ 10 000 ans a livré son génome en 2018. L’étude, publiée par Brace et ses collègues dans Nature Ecology and Evolution, conclut à une peau « dark to black », des cheveux noirs et frisés. Un membre typique des WHG. Environ 10 % de l’ascendance des Britanniques contemporains remonte à ce groupe — et comme les WHG ne s’arrêtaient pas à la Manche, ce même groupe peuplait la Wallonie.

Ensuite, La Braña 1. Découvert en Espagne, daté d’environ 7 000 ans, ce squelette a été analysé par l’équipe d’Olalde en 2014 dans Nature. Il porte les allèles ancestraux exacts des deux gènes de pigmentation. Le généticien Carles Lalueza-Fox, du CSIC espagnol, le dit sans détour : « Cet individu possédait les versions africaines des gènes qui déterminent la pigmentation claire des Européens actuels, ce qui indique qu’il avait la peau sombre. »

Alors, pour être clair : ce profil génétique n’est pas « l’exception qui confirme la règle ». Il est la règle pour l’Europe occidentale du Mésolithique. Et la Wallonie en faisait partie. Voilà.

Quand la peau a-t-elle changé ?

La question est bonne, et la réponse est un mille-feuille. Littéralement — le modèle dominant en paléogénétique, posé par Lazaridis et ses collègues en 2014, décrit trois grandes couches de peuplement qui se sont superposées en Europe.

Couche (a) : les WHG. Chasseurs-cueilleurs de l’Ouest, peau foncée, cheveux foncés. Ce sont eux, « les premiers Wallons ». Ils sont là depuis la fin de la dernière glaciation, arpentant les forêts et les rivières de ce qui deviendra la Wallonie.

Couche (b) : les EEF, agriculteurs venus d’Anatolie. Environ 8 000 ans avant notre ère, des populations du Proche-Orient entament une migration lente vers l’ouest, apportant l’agriculture — et le gène SLC24A5, dont la version mutée est quasi fixée chez eux. Mathieson et ses collègues l’ont montré en 2015 : c’est la première injection massive de peau claire en Europe. Ces agriculteurs anatoliens s’installent, se mêlent aux WHG locaux, et commencent à transformer le paysage génétique.

Couche (c) : les pasteurs des steppes Yamnaya. Vers 4 500 ans avant notre ère, nouvelle vague : des éleveurs venus des steppes pontiques (l’actuelle Ukraine-Russie) déferlent vers l’ouest. L’étude de Haak et al., publiée dans Nature en 2015, montre qu’ils apportent le second gène clé, SLC45A2. La culture Cordée, qui s’étend jusqu’à nos régions, dérive à environ 75 % de son ascendance de ces populations Yamnaya. Les Européens du centre et du nord d’aujourd’hui portent entre 40 et 54 % d’ascendance steppique.

Résultat : la peau claire ne se généralise vraiment en Europe du Nord-Ouest que vers 3 000 ans avant notre ère, à l’Âge du Fer. Trois mille ans. C’est hier, à l’échelle de l’histoire humaine. Tes ancêtres wallons ont passé bien plus de temps avec une pigmentation foncée qu’avec le teint qu’on associe aujourd’hui à l’« Européen type ». Ce qu’on est aujourd’hui, c’est une superposition de migrations — un mille-feuille génétique qui ne ressemble à aucune couche prise isolément.

Et dans l’Antiquité, qui peuplait la Wallonie ?

Bon, avançons un peu dans le temps. On quitte le Mésolithique, on dépasse l’Âge du Fer, et on arrive juste avant l’arrivée des Romains. Qui vit sur le territoire wallon ?

La Wallonie actuelle, c’était le cœur de la Gaule Belgique — que Jules César décrivait comme la plus redoutable des trois Gaules, celle dont les peuples étaient « les plus braves de tous » (horum omnium fortissimi sunt Belgae, Guerre des Gaules, I, 1). Quatre peuples principaux se partageaient le territoire :

Les Nerviens. Entre l’Escaut, le Rupel, la Dyle et la Meuse — le futur Hainaut et Brabant wallon. Des guerriers réputés, qui ont failli anéantir les légions de César à la bataille du Sabis en 57 av. J.-C. Leur résistance fut telle que César écrivit qu’ils avaient combattu jusqu’au dernier.

Les Éburons. Installés dans le pays de Herve et la Hesbaye, les Éburons sont entrés dans l’histoire par la plus grande claque que Rome ait prise pendant la guerre des Gaules. Leur roi, Ambiorix, tend un piège aux légions romaines en 54 av. J.-C. à Aduatuca (près de l’actuelle Tongres) : il attire la 14e légion hors de son camp d’hiver et l’extermine entièrement. C’est le plus grand désastre romain de toute la guerre des Gaules — une humiliation monumentale pour César. La vengeance est à la hauteur de l’affront : César lance une campagne d’extermination contre les Éburons, rasant leurs villages, brûlant leurs récoltes, poursuivant chaque survivant. Le peuple éburon est quasiment anéanti — un des premiers génocides documentés de l’histoire européenne.

Ambiorix, paradoxalement, survit à la mémoire de son peuple. Il disparaît des sources après sa victoire — nul ne sait où ni comment il est mort — mais il devient la figure fondatrice du récit national belge. Sa statue trône aujourd’hui sur la Grand-Place de Tongres. Dans les écoles belges, on apprend encore son nom.

Les Condruses. Dans le Condroz ardennais. Plus discrets dans les sources, ils donnent leur nom à une région qu’on habite encore aujourd’hui.

Les Trévires. Centrés autour de Trèves, mais leur territoire s’étendait largement en Ardenne belge et luxembourgeoise. C’étaient des Celtes, langue et culture celtiques bien attestées.

Petite nuance qui fait débat chez les historiens : César lui-même notait que les Éburons et les Nerviens avaient probablement des origines plus germaniques que celtes. Le débat n’est pas clos. Mais ce qui est certain, c’est que le territoire wallon était bien plus bigarré linguistiquement que ce qu’on imagine souvent — un carrefour entre mondes celtique et proto-germanique, bien avant la frontière linguistique actuelle.

Aucune colonie méditerranéenne n’a percé jusque-là. Mais des contacts commerciaux existaient avec la Bretagne insulaire via les ports de la mer du Nord — la Wallonie n’était pas coupée du monde. César soumet l’ensemble de la Belgique entre 57 et 54 av. J.-C., au terme de campagnes d’une brutalité inouïe. La romanisation qui suit effacera progressivement les identités tribales, mais les noms — Nerviens, Éburons, Condruses — sont restés gravés dans le paysage.

Alors, fier de tes racines ?

Tu vois, quand on gratte un peu, l’histoire est bien plus belle que le mythe. Tes ancêtres wallons n’étaient pas des Gaulois de carte postale — ils étaient des chasseurs-cueilleurs à la peau foncée, des agriculteurs anatoliens à la recherche de terres, des pasteurs des steppes galopant vers l’ouest, des guerriers nerviens tenant tête à César, des Éburons menés par un roi assez culotté pour humilier Rome.

Être Wallon, c’est porter toute cette histoire stratifiée. Pas une pureté imaginaire, mais un mille-feuille de migrations, de mélanges, de résistances et de disparitions. Et c’est infiniment plus solide comme fierté — parce que c’est vrai.

Allez, dis-moi : tu pensais que les premiers Wallons ressemblaient à quoi ? Dis-le en commentaire, je suis curieux.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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