12 faits saisissants sur Madagascar

Madagascar, c’est le genre d’endroit que je connais mal — et chaque fois que j’y plonge le nez, je tombe de ma chaise. Une île plus grande que la France métropolitaine, peuplée par des gens dont la langue vient de Bornéo, avec des bestioles qu’on trouve nulle part ailleurs, et des traditions qui te font dire « attends, quoi ? » à chaque paragraphe. J’ai passé des heures sur Wikipedia (je sais, je devrais sortir plus souvent) et voilà ce que j’en ai retenu.

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1 — Le malgache est une langue austronésienne, pas africaine

C’est le truc qui m’a le plus retourné. Le malgache — la langue parlée par tout le pays — n’a rien à voir avec les langues africaines. 90 % de son vocabulaire vient de la branche barito du sud de Bornéo, en Indonésie. Sa langue sœur la plus proche, c’est le ma’anyan, encore parlé aujourd’hui par les Dayaks de Kalimantan (mon prof de géographie du secondaire serait fier de moi, tiens). Et le plus dingue ? Aucune autre langue austronésienne n’est parlée sur le continent africain. Le malgache et le français sont les deux langues officielles du pays — héritage colonial oblige.

2 — L’île aurait été fondée par une trentaine de femmes venues d’Indonésie

Une étude génétique de 2012, publiée dans Proceedings of the Royal Society B, a révélé que le peuplement initial de Madagascar remonterait à environ 1 200 ans. Et il aurait été lancé par un groupe minuscule : environ 30 femmes, dont 93 % étaient d’origine indonésienne. Trente femmes. Imagine traverser 7 000 km d’océan Indien en pirogue à balancier pour fonder une civilisation. Aujourd’hui tu stresses pour un vol Paris-Montréal avec escale, alors que ces pionnières traversaient l’océan Indien sur une coque de bois.

3 — Madagascar s’est séparée de l’Afrique il y a 150 millions d’années — et ça se voit

L’île faisait partie du Gondwana avant de se détacher de l’Afrique il y a 150 millions d’années, puis de l’Inde il y a 88 millions d’années. Résultat : pas un seul grand mammifère africain sur l’île. Zéro éléphant, zéro lion, zéro girafe, zéro zèbre. Même pas un serpent venimeux (ce qui, je l’avoue, me rassurerait pas mal si j’y allais en rando). En revanche, on trouve des plantes apparentées à la flore sud-américaine — vestiges de l’époque où tout était soudé. Et l’île bouge encore : un rifting est-ouest est en cours depuis 23 millions d’années.

4 — Le nom « Madagascar » signifie « île malaise » en arabe médiéval

Les navigateurs arabes du Moyen Âge avaient déjà pigé le truc. En commerçant dans l’océan Indien, ils ont remarqué que les Malgaches parlaient une langue étrangement proche de celle des populations malaises. Ils ont donc baptisé l’île malay-jazayra — littéralement « île malaise ». Ce terme a donné malai insula en latin médiéval, puis Malichu sur les cartes de la Renaissance. Fait cocasse : le premier nom européen de l’île fut São Lourenço, donné par le Portugais Diogo Dias qui y accosta le 10 août 1500, jour de la Saint-Laurent. Mais c’est le nom d’origine arabe qui a gagné la bataille des atlas.

5 — Plus de 90 % des espèces de Madagascar n’existent nulle part ailleurs

Isolée pendant plus de 80 millions d’années, l’île a développé une biodiversité tellement unique que les scientifiques la surnomment « le huitième continent ». Plus de 90 % des espèces animales et végétales sont endémiques. Tous les mammifères terrestres indigènes — 66 espèces — sont uniques à Madagascar. Le taux d’endémisme grimpe à 99 % pour les amphibiens : 245 espèces sur 247. L’île abrite les deux tiers des caméléons de la planète et la totalité des lémuriens sauvages. Entre 2000 et 2011 seulement, plus de 600 nouvelles espèces y ont été découvertes — dont 41 mammifères que la science ne connaissait tout simplement pas.

6 — Des Malgaches jetés vivants d’avions par l’armée française en 1947

Ça, c’est le fait qui fait mal. L’insurrection malgache du 29 mars 1947 a été réprimée avec une violence extrême par les troupes coloniales françaises. C’est là qu’ont été inventés les « vols de la mort » : des prisonniers malgaches étaient jetés vivants depuis des avions pour terroriser les populations villageoises. La répression a fait entre 40 000 et 100 000 morts. Albert Camus lui-même a écrit dans Combat : « Nous faisons à Madagascar ce que nous avons reproché aux Allemands. » La France n’a reconnu officiellement sa responsabilité qu’en 2005, sous Chirac. Le 29 mars est jour de deuil national à Madagascar depuis 1967.

7 — Madagascar fournit 80 % de la vanille mondiale — grâce à une technique manuelle

La vanille a été introduite à Madagascar en 1840 par des entrepreneurs français. Problème : l’abeille mélipone, seule pollinisatrice naturelle de la fleur de vanille, n’existe qu’au Mexique. Pas de bol. Il a fallu attendre la mise au point d’une technique de pollinisation manuelle, fleur par fleur, pour que la culture décolle. Chaque fleur est fécondée à la main. Aujourd’hui, la région de Sava, au nord-est, produit environ 80 % de la vanille consommée dans le monde — et fait vivre des centaines de milliers de familles. J’essaie de ne plus râler sur le prix de l’extrait de vanille depuis que j’ai lu ça, même si ça pique encore un peu en caisse.

8 — Le famadihana : une fête où l’on déterre les morts pour danser avec eux

Le famadihana, ou « retournement des morts », est une coutume pratiquée sur les hauts plateaux malgaches. Tous les cinq à sept ans, les familles déterrent les corps de leurs ancêtres, changent leurs linceuls de soie, puis dansent avec les restes autour du tombeau au son de la musique avant de les ré-enterrer. Selon la croyance malgache, les mânes des défunts ne rejoignent le monde des ancêtres qu’après décomposition complète. Apparue probablement après le XVIIe siècle, cette pratique a récemment posé problème : les autorités sanitaires ont constaté qu’elle coïncidait avec des résurgences de peste pulmonaire, les bactéries pouvant survivre plusieurs années dans les corps enterrés.

9 — Quatre Malgaches sur dix ont moins de 15 ans

Madagascar est un pays d’une jeunesse extrême. L’âge médian y est de 19,9 ans — la moitié de la population a moins de 20 ans. 39,55 % des Malgaches n’ont pas encore 15 ans, alors que les plus de 65 ans ne représentent que 3,35 %. Le taux de fécondité est de 3,95 enfants par femme et la population croît de 2,46 % par an. En dix ans, le pays est passé d’environ 24,4 millions à plus de 33 millions d’habitants — une augmentation de près de 36 %. Madagascar compte désormais plus d’habitants que le Canada (désolé les amis, fallait que je place le cocorico statistique ^^).

10 — Le riz malgache a lancé la riziculture du Sud des États-Unis

En 1698, un navire négrier en route vers les colonies américaines fit escale à Madagascar pour charger du riz local. Ce riz a été transporté jusqu’à Charleston, en Caroline du Sud, où il est devenu la principale culture d’exportation de tout le Sud américain. À la fin du XVIIIe siècle, Madagascar cultivait déjà onze variétés de riz différentes. Et aujourd’hui encore, le riz reste la pierre angulaire de l’alimentation malgache : consommé trois fois par jour. Le verbe mihinana (« manger ») sous-entend implicitement manger du riz — un repas sans riz n’est tout simplement pas un repas. La consommation dépasse les 100 kg par habitant et par an, parmi les plus élevées au monde.

11 — De Gaulle a conservé des îles malgaches pour les essais nucléaires français

À la veille de l’indépendance de Madagascar en 1960, la France a détaché par décret les îles Éparses du territoire malgache — Tromelin, les Glorieuses, Juan de Nova, Europa, Bassas da India. Charles de Gaulle a justifié cette manœuvre sans détour : « Les îles et îlots peuvent revêtir pour nous une importance réelle, notamment en ce qui concerne nos expériences atomiques. » Dit comme ça, c’est cash. Ces îles restent sous souveraineté française et le litige territorial entre la France et Madagascar n’est toujours pas réglé, 60 ans plus tard.

12 — Une république pirate utopique a existé à Madagascar au XVIIe siècle

À la fin du XVIIe siècle, Madagascar était un repaire de pirates de l’océan Indien. Parmi eux, un Français nommé Olivier Misson et un prêtre italien défroqué, Carracioli, auraient fondé une colonie libertaire baptisée Libertalia. Devise : « Générosité, Reconnaissance, Justice, Fidélité ». Dans cette république utopique, les pirates partageaient leurs butins équitablement et abolissaient l’esclavage. L’existence réelle de Libertalia reste débattue par les historiens — certains y voient une pure fiction littéraire du XVIIIe siècle — mais elle témoigne du rôle central de l’île sur les routes commerciales entre l’Europe et les Indes. Une république pirate socialiste au milieu de l’océan Indien : même si c’est qu’à moitié vrai, c’est déjà énorme.

T’en connaissais combien sur les douze ? Si t’es Malgache, ou si t’as passé du temps là-bas, et que t’as un fait que j’ai oublié (ou mal raconté — ça arrive), balance-le en commentaire. J’adore me faire corriger, c’est comme ça qu’on apprend.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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