Les premiers Valaisans ressemblaient à ça (la science va te surprendre)

La dernière fois que j’ai traversé le Valais, je me suis arrêté en haut du col du Grand-Saint-Bernard. Le vent soufflait à décorner les vaches d’Hérens — ce vent alpin qui te rappelle que t’es pas tout seul à avoir franchi ce passage depuis des millénaires. Et là, en regardant la vallée du Rhône s’étirer sous mes pieds, je me suis posé une question qui m’a pas lâché du trajet : les tout premiers Valaisans, ils ressemblaient à quoi, au juste ?

Je te préviens tout de suite : ce que la génétique a découvert risque de bousculer ton imaginaire. Sévèrement. Parce que les premiers habitants de tes montagnes… ils avaient la peau très, très foncée.

Et si tu veux porter fièrement cette histoire sur toi, on a justement une collection complète Valais et Valaisans — t-shirts, hoodies et autres souvenirs identitaires qui célèbrent tes racines.

Les tout premiers Valaisans avaient la peau foncée

Je sais, ça surprend. Nous autres, on a grandi avec l’image du montagnard au teint clair, buriné par le soleil alpin mais blanc de base. Les faits sont têtus : pendant des millénaires, jusqu’à environ huit mille ans avant notre ère, les populations qui arpentaient les vallées alpines portaient les allèles ancestraux des gènes de pigmentation. Autrement dit : leur peau était foncée à très foncée — et la peau claire, tout simplement, n’existait pas encore en Europe.

Ce n’est pas une anomalie ni une bizarrerie. C’est l’état de départ. La peau foncée est la condition ancestrale d’Homo sapiens, conservée depuis la sortie d’Afrique. Ce qui est récent dans notre histoire évolutive, c’est la peau claire — une adaptation apparue bien plus tard, sous l’effet combiné de la sélection naturelle et de vagues migratoires successives.

Les chasseurs-cueilleurs qui peuplaient les Alpes valaisannes au Mésolithique — quelque part entre quinze mille et cinq mille ans avant notre ère — font partie de ce groupe que les généticiens appellent les Western Hunter-Gatherers, les chasseurs-cueilleurs de l’Ouest. Et je vous le donne en mille : leur pigmentation foncée, on la retrouve documentée aux deux extrémités de l’Europe.

Et cette peau foncée, c’est quoi exactement ?

Pour que vous mesuriez bien la chose, deux fossiles emblématiques servent de repères.

Cheddar Man — un squelette découvert en 1903 dans la grotte de Gough, en Angleterre, et daté d’environ dix mille ans avant notre ère. Quand les chercheurs de University College London et du Natural History Museum ont séquencé son génome complet en 2018 (publié dans Nature Ecology and Evolution en 2019), l’outil forensique HIrisPlex-S l’a classé dans les deux catégories les plus pigmentées sur cinq. Le Natural History Museum lui-même titre sobrement : « Cheddar Man: mesolithic Britain’s blue-eyed boy ». Parce que, détail croustillant : il avait probablement les yeux bleus — le variant HERC2/OCA2 a été détecté. Mais la peau, elle, était « dark to black ».

(Oui, un chasseur-cueilleur à la peau foncée et aux yeux bleus. L’Europe nous réserve des surprises depuis dix mille ans.)

La Braña 1 — cette fois, un squelette découvert à Valdelugueros, dans les montagnes de León en Espagne, daté d’environ sept mille ans avant notre ère. Étudié par l’équipe d’Olalde et publié dans Nature en 2014, il porte les versions ancestrales des deux gènes clés de la pigmentation claire — SLC45A2 et SLC24A5. Absents. Rien. Zéro. Et le chercheur Carles Lalueza-Fox, du CSIC espagnol, le dit sans détour : « cet individu possédait les versions africaines des gènes qui déterminent la pigmentation claire des Européens actuels, ce qui indique qu’il avait la peau sombre. »

De l’Angleterre à l’Espagne en passant par les Alpes, c’est donc la même histoire qui se raconte. Les premiers Valaisans ne faisaient pas exception. La pigmentation foncée était la norme du groupe, pas un cas isolé.

Quand la peau a-t-elle changé ?

En deux grandes vagues successives.

Première vague — les agriculteurs anatoliens, vers huit mille ans avant notre ère. Des populations venues du Proche-Orient migrent vers l’Europe en apportant l’agriculture — et avec elle, l’allèle dérivé du gène SLC24A5. Cet allèle-là, quasi inexistant chez les chasseurs-cueilleurs de l’Ouest, était déjà fixé à très haute fréquence dans le Néolithique anatolien (les travaux de Mathieson, Lazaridis et leur équipe l’ont bien documenté dans Nature en 2015). C’est le premier coup de pinceau qui commence à éclaircir le teint européen.

Deuxième vague — les pasteurs des steppes, à partir d’environ quatre mille cinq cents ans avant notre ère. Vaste migration venue des steppes eurasiennes — la culture Yamnaya — qui déferle sur l’Europe et apporte avec elle des allèles supplémentaires de dépigmentation (notamment SLC45A2, cette fois). Haak et Lazaridis (encore Nature, 2015) ont montré que la culture Cordée, en Allemagne, dérivait à près de 75 % de son ascendance de ces pasteurs des steppes. C’est la deuxième couche.

Ce que nous sommes aujourd’hui, vous et moi, c’est un mille-feuille génétique. Le modèle dit « des trois couches », établi par Lazaridis en 2014 : d’abord les chasseurs-cueilleurs à peau foncée (couche a), puis les agriculteurs anatoliens à peau plus claire (couche b), enfin les pasteurs des steppes (couche c). Vos gènes valaisans, c’est la superposition de tout ça — tassée par des millénaires de sélection naturelle.

Vers trois mille ans avant notre ère, la peau claire s’est généralisée dans le nord-ouest de l’Europe. Mais l’histoire n’a pas commencé là. Elle a commencé bien avant, avec des hommes et des femmes à la pigmentation ancestrale, qui chassaient le bouquetin dans les vallées alpines bien avant que le Cervin ait seulement un nom.

Et dans l’Antiquité, qui peuplait le Valais ?

Passons aux choses sérieuses. Des chasseurs-cueilleurs du Mésolithique aux premières sources écrites, il s’est passé un bout de temps — et quand les Romains débarquent, le Valais est déjà un territoire bien structuré.

Quatre tribus celtiques se partagent la région :

  • Les Nantuates — autour de Monthey. Leur nom vient du gaulois nant, la vallée. Ceux de la vallée, tout simplement.
  • Les Véragres — autour de Martigny, qui s’appelait alors Octodure. Ils contrôlaient le col du Grand-Saint-Bernard, route vitale entre Rome et la Gaule.
  • Les Sédunes — leur oppidum était à Sion. Le peuple principal de la vallée du Rhône.
  • Les Ubères — dans ce qui est aujourd’hui le Haut-Valais germanophone.

(Ce que j’aime bien, c’est que ces quatre peuples avaient plus d’affinités avec les Lépontiens et les Salasses des Alpes du sud qu’avec les Helvètes du plateau. Un peuplement alpin distinct, en somme — et ça, ça résonne encore aujourd’hui quand on voit comment le Valais cultive son identité propre dans le concert suisse.)

Fait saisissant. En cinquante-sept avant notre ère, la XIIe légion romaine, commandée par Servius Galba — un lieutenant de Jules César — tente d’occuper Octodure pour sécuriser le passage stratégique du Grand-Saint-Bernard. Sauf que les Véragres et leurs alliés sédunes ne l’entendent pas de cette oreille. La bataille d’Octodure est rude, et malgré une victoire difficile, les Romains doivent battre en retraite. Octodure ne tombe pas en -57. La conquête définitive du Valais attendra l’an -15, sous Tibère et Drusus.

Ah, et le nom Octodurus signifie « à huit routes » en gaulois. Un carrefour alpin, on vous dit.

Quelques décennies plus tard, sous l’empereur Claude Ier — vers quarante-sept de notre ère — les quatre cités fusionnent en une seule civitas vallensium. Le Valais entre dans l’empire, mais son identité alpine, elle, ne bouge pas d’un pouce.

Alors, fier de tes racines ?

Être Valaisan, en 2026, c’est porter tout ça en toi — sans même y penser. La pigmentation foncée de tes tout premiers ancêtres, les quatre tribus celtiques qui contrôlaient les cols, la romanisation sous Claude, et des siècles d’une identité alpine farouchement préservée. Tout ça sédimenté dans tes gènes et dans le nom même de ton canton.

Et si tu veux afficher cette fierté sur toi — un t-shirt, un hoodie, un accessoire — j’ai conçu une collection Valais et Valaisans qui rend hommage à tout ce patrimoine. Sans chichi, du beau, du solide, du local.

Alors, dis-moi : tu pensais que les tout premiers Valaisans ressemblaient à quoi, toi ? Avant de lire tout ça, ton imaginaire il allait où ? Laisse ta réponse en commentaire — je suis sincèrement curieux.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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