Je vais être honnête avec toi : j’ai jamais vécu en Suisse. Mais j’ai une belle-sœur à Lausanne, j’ai vadrouillé entre Genève et Zurich plus souvent qu’à mon tour, et surtout — j’ai épluché les vieux forums, les blogs de Suisses qui se marrent entre eux, les commentaires Facebook où vous vous reconnaissez à demi-mot. Bref, j’ai fait mes devoirs.
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Bouffe, dialecte, caractère, vie quotidienne — on ratisse large.
Allez, on y va. Tu sais que tu es Suisse quand :
1 – Tu comptes en septante, huitante et nonante
Et ça te semble parfaitement logique. Les Français mettent trois secondes de trop à comprendre — et toi, pendant ce temps-là, tu as déjà fini de compter. Bon, si t’es Genevois ou Neuchâtelois, tu dis peut-être « quatre-vingts » (personne n’est parfait, hein), mais nonante, ça, c’est non-négociable. Quand un Français te sort « quatre-vingt-dix », tu as un micro-spasme facial. Avoue.
2 – Tu as appris trois ou quatre langues et tu penses que c’est normal
Français, allemand, anglais — et souvent l’italien ou le romanche en bonus. Plus des deux tiers de la population suisse utilise régulièrement plus d’une langue. Toi, tu passes de l’une à l’autre sans ciller, et t’as toujours trouvé ça naturel. C’est le Français monolingue qui te paraît… atypique (^^ j’essaie d’être poli).
3 – Tu sais prononcer « Chuchichäschtli » correctement
Et tu sais ce que ça signifie : un petit placard de cuisine. Si t’es Romand, tu le dis peut-être avec un accent pourri (je te vois), mais tu SAIS que ce mot existe et tu le ressors en soirée pour épater la galerie. Les Allemands eux-mêmes se cassent les dents dessus — le ch suisse-allemand, c’est un sport de compétition.
4 – Tu dois régulièrement expliquer que le « suisse » n’est pas une langue
Non, le suisse n’existe pas. Il y a l’allemand, le français, l’italien et le romanche. Quatre langues officielles. Et le suisse-allemand, c’est un dialecte (ou plutôt des dizaines de dialectes, parce que « ça dépend des cantons » — on y reviendra). Le nombre de fois où tu as dû répéter ça…
5 – Tu dis « natel » pour téléphone portable
Et tu ne comprends pas pourquoi les étrangers ne connaissent pas ce mot. À la base, c’était une marque déposée (Nationales Autotelefon), devenue nom commun. Un peu comme « frigidaire » pour frigo. Sauf que « portable », « mobile », « GSM » — rien de tout ça ne te vient naturellement. C’est un natel, point.
6 – Tu es frustré à l’étranger quand tu ne trouves pas au moins 10 sortes de chocolat et 15 sortes de fromage
Dans une épicerie normale. Pas une fromagerie de luxe, non : un supermarché lambda. Parce que chez toi, c’est la base. Tu te balades dans un Monoprix à Paris et tu regardes le rayon fromage avec un mélange de pitié et d’incompréhension. Trois sortes de gruyère ? Sérieusement ?
7 – Tu fais tes courses soit à la Migros, soit à la Coop
Et tu as probablement les deux cartes de fidélité dans ton portefeuille. Migros ou Coop — c’est un peu comme choisir entre la fondue moitié-moitié et la fondue vacherin (les deux sont excellentes et tu finis par alterner). Ces deux géants se partagent l’essentiel du marché suisse, et avouons-le : tu as une préférence, même si tu refuses de l’admettre en public.
8 – Tu connais les produits Betty Bossi et tu en as déjà achetés
Livres de recettes, ustensiles, plats préparés — Betty Bossi, c’est l’icône culinaire suisse par excellence. Pas besoin de t’expliquer qui c’est, tu SAIS. Et je parie que tu as au moins un de leurs livres dans ta cuisine, probablement reçu en cadeau ou hérité. Le genre de truc qui ne quitte jamais la famille.
9 – Tu sais ce qu’est le Röstigraben et tu l’as traversé au moins une fois
Le « fossé des rösti », cette frontière culturelle et linguistique imaginaire entre Suisse romande et Suisse alémanique. Tu sais exactement où elle passe, tu l’as franchie en train ou en voiture des dizaines de fois, et — soyons francs — tu as probablement déjà fait une blague sur « ceux de l’autre côté ». Une rivalité bon enfant, à base de rösti et de fondue. C’est ça, la Suisse.
10 – Tu bois l’eau de n’importe quelle fontaine publique
Sauf s’il y a un panneau « eau non potable » — et franchement, dans la plupart des cas, il n’y en a pas. L’eau suisse est parmi les meilleures au monde, et tu le sais. En vadrouille, tu remplis ta gourde à la première fontaine venue sans même vérifier. Essaie de faire ça à Paris, tu vas passer un mauvais quart d’heure.
11 – Tu collectionnes (ou as collectionné) les capuchons de crème à café
Ces petits opercules colorés qui referment les dosettes de crème — oui, c’est un objet de collection typiquement suisse. Si tu ne le fais pas toi-même, tu connais quelqu’un qui l’a fait. C’est comme les timbres ou les pièces de monnaie, mais en plus aléatoire et gratuit. Un réflexe de gamin qui ne s’explique pas vraiment — mais qui nous unit.
12 – Tu te plains si ton train, bus ou tram a plus d’une minute de retard
Une minute. Pas cinq. Une. Tu consultes l’appli CFF, tu vois « +2 » et tu sens une légère montée de tension. Cinq minutes de retard ? Tu commences à envisager de porter plainte. La ponctualité suisse n’est pas un mythe — c’est une attente fondamentale, gravée dans ton ADN depuis l’enfance.
13 – Tu crois fermement qu’il vaut mieux faire les choses soigneusement que rapidement
Quitte à y passer plus de temps. Le boulot est fait correctement ou il n’est pas fait du tout. La « qualité suisse », c’est pas qu’un argument marketing — c’est une philosophie de vie. T’as déjà rénové un appart’ avec un ouvrier d’un autre pays, et tu as failli faire une crise cardiaque. (Mais tu n’as rien dit, parce que tu es Suisse et que tu restes poli.)
14 – Pour toi, 4 heures de voiture ou de train, c’est un TRÈS long voyage
Dans un pays qui fait 350 km d’est en ouest, les distances se mesurent autrement. Genève-Saint-Gall, c’est l’expédition du siècle. Les Américains font ça pour aller chercher du pain, toi tu prépares un itinéraire, des provisions, et tu préviens ta famille. Un Suisse qui doit traverser le pays, c’est Ulysse qui part pour Ithaque.
15 – Tu trouves normal de voter 3 à 4 fois par an
Votations fédérales, cantonales, communales… La démocratie directe suisse, c’est un exercice régulier. Tu reçois tes enveloppes de vote comme d’autres reçoivent leurs factures, et tu les remplis le dimanche matin, posément, après avoir lu la brochure explicative (parce que oui, tu la lis). Dans beaucoup de pays, on vote deux fois par décennie. Toi, deux fois par semestre. Et tu trouves ça parfaitement normal.
16 – Quand on te pose une question sur ton pays, ta réponse commence par « en fait, c’est différent selon les cantons… »
Avec 26 cantons souverains dans des tas de domaines — éducation, santé, impôts — impossible de généraliser. Un Vaudois et un Zurichois ne vivent pas dans le même système scolaire, le même système fiscal, ni parfois la même langue. Alors quand un étranger te demande « comment ça se passe en Suisse pour X ? », tu prends une grande inspiration et tu réponds : « Alors, en fait, c’est différent selon les cantons… »
17 – Tu utilises ta neutralité comme excuse pour ne pas t’impliquer
« Hé, je suis Suisse » = je reste en dehors de votre querelle. La neutralité, c’est pas juste une politique étrangère — c’est un art de vivre. Deux potes qui se disputent ? Tu prends du recul. Un drama de bureau ? Tu observes de loin, avec ton chocolat. C’est pas de la lâcheté, c’est de la diplomatie helvétique appliquée au quotidien.
18 – Tu as un abri PC (protection civile) dans ta cave
Ou au moins un accès à un bunker collectif. La loi suisse exige depuis 1963 que chaque habitant dispose d’une place protégée en cas de conflit. Toi, t’as grandi avec une porte blindée au sous-sol et ça te paraît normal. T’as probablement rangé des skis et des conserves dedans — c’est un débarras blindé, le rêve de tout survivaliste.
19 – Chaque homme qui a fait l’armée conserve son fusil d’assaut à la maison
Le système de milice suisse : tu fais ton service, tu ramènes ton arme. C’est normal pour toi. Tu connais quelqu’un — un oncle, un cousin, un pote — qui a un fusil dans son armoire. Scellé, sous clé, mais quand même. Essaie d’expliquer ça à un Américain : ton armée te confie un fusil ET des munitions, et tu les gardes chez toi. « Wait, what ? »
20 – Tu as porté un triangle orange fluo pour aller à l’école
Le « Dreieck » que les petits Suisses portaient pour être visibles sur le chemin de l’école. Un souvenir d’enfance partagé par toute une génération. Probablement rangé quelque part chez tes parents, dans une boîte à souvenirs, entre ton premier bulletin et une photo de classe. Orange fluo, réflecteurs intégrés — la sécurité suisse appliquée aux écoliers. Du pur génie.
21 – Pour circuler sur l’autoroute, il te faut une vignette
40 CHF par an, à coller sur ton pare-brise. Pas de péage, pas de télépéage, pas de borne tous les 30 kilomètres. Une vignette. Simple. Suisse. Tu lachanges en janvier comme tu changes d’année, et c’est réglé. Les étrangers râlent parce qu’ils doivent l’acheter pour un week-end — toi, tu lachanges sans même y penser.
22 – Tu vas chez l’hygiéniste dentaire pour un détartrage
Pas chez le dentiste. L’hygiéniste travaille en collaboration avec le dentiste, dans le même cabinet. C’est elle qui te fait le détartrage annuel, pendant que le dentiste supervise. Tu ne savais même pas que dans d’autres pays c’est le dentiste lui-même qui fait ça. Et franchement, quand tu l’as appris, ça t’a paru… bizarre.
23 – Quand tu déclares ta nationalité à l’étranger, on te demande si tu vis dans les montagnes et si tu sais yodler
Et on confond régulièrement Swiss et Swedish. « Ah, la Suède ! » — non. SUISSE. « Ah pardon, tu vis dans les montagnes alors ? » Et toi tu expliques patiemment — pour la énième fois — que non, tout le monde n’habite pas dans un chalet à 2000 mètres d’altitude, que oui il y a des villes, et que non, tu ne yodles pas sous la douche le matin (enfin, peut-être un peu, le dimanche).
24 – Tu as grandi en croyant que les vaches DOIVENT porter des cloches
Et pas que les vaches : les chèvres, les moutons aussi. Le paysage sonore suisse, c’est le tintement des cloches dans l’alpage. Tu ne le remarques même plus, mais le touriste qui débarque, lui, il est fasciné. Et toi tu te dis : « Ben oui, comment veux-tu retrouver tes bêtes autrement ? »
25 – Tu possèdes ou as possédé au moins une Swatch au cours de ta vie
La montre suisse démocratique, inventée face à la crise du quartz dans les années 80. Colorée, abordable, increvable. T’en as probablement eu une à l’adolescence, ou on t’en a offert une pour un anniversaire. Peut-être qu’elle dort encore dans un tiroir. Une Swatch, c’est pas une Rolex — mais c’est cent fois plus suisse dans l’âme.
26 – Tu sais que la capitale de la Suisse, c’est Berne
Ni Zurich, ni Genève. Berne. Et tu as déjà piégé des dizaines d’étrangers avec ce quiz. « La capitale de la Suisse ? — Zurich ? — Non. — Genève ? — Non plus. — …Bâle ? — Mais non, Berne ! » Le regard confus de ton interlocuteur est ta petite victoire du jour. Berne, cité fédérale, cœur politique du pays — et toi tu le sais depuis l’école primaire.
Et voilà. 26 signes qui ne trompent pas.
J’espère que ça t’a fait sourire — et que tu t’es reconnu dans au moins la moitié. Si t’as un truc bien de chez nous que j’ai oublié, balance-le en commentaire. Le « foehn » pour dire sèche-cheveux ? Le « giratoire » au lieu de rond-point ? La panosse pour laver le sol ? Dis-moi ce qui te fait dire que t’es un vrai Suisse — ou une vraie Suissesse.
Et si l’envie te prend de porter ton identité fièrement :
Prenez soin de vous et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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