J’ai passé mes années de lycée à regarder les mouettes par la fenêtre pendant les cours d’histoire, je l’avoue. Résultat : de la Bretagne, je ne connaissais que les menhirs, le beurre salé et un vague souvenir de nom qui finit en -oë. Alors j’ai rouvert les livres à ta place, et j’en ai tiré les 12 dates qu’il te faut pour comprendre ce coin de terre qui a tenu tête aux Francs, aux Vikings et à la mer.
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1 – 5000 av. J.-C. : les premiers mégalithes sortent de terre
Vers 5000 av. J.-C., les populations de la péninsule commencent à empiler des pierres pour les morts, et elles ne font pas dans la demi-mesure. Le tumulus de Barnenez, dans le Finistère, et celui du Petit-Mont, dans le Morbihan, comptent parmi les plus anciens monuments de ce genre en Europe, avec des gravures qui rappellent des sites irlandais comme Newgrange. Le mégalithisme breton n’est donc pas un folklore touristique : c’est l’une des premières grandes entreprises collectives de la région (et dire qu’on vend des aimants à l’effigie de cailloux vieux de sept mille ans, ça force le respect). Les menhirs viendront ensuite, jusqu’au Grand menhir brisé d’Er Grah, 18,5 mètres à l’origine.
2 – 56 av. J.-C. : les Vénètes perdent la mer
En 56 av. J.-C., Jules César en a assez de l’Armorique. Les Vénètes, maîtres du commerce maritime vers l’île de Bretagne, ont arrêté ses officiers et coalisé les peuples de la côte : 220 navires face à une flotte romaine construite à la hâte. La bataille se joue en septembre, dans le golfe du Morbihan ou en baie de Quiberon, et elle tourne court pour les Bretons : sans vent, leurs lourds navires à voiles ne manœuvrent plus, et les Romains les écharpent à la rame. (Une défaite à cause du calme plat, on a connu pire excuse pour un désastre militaire.) La région entre dans l’Empire, découpée en cinq cités, et la romanisation commence pour de bon.
3 – 851 : la Bretagne devient un royaume
Nominoë, nommé missus de Louis le Pieux en 831, finit par retourner l’arme contre le pouvoir franc. Son fils Erispoë bat Charles le Chauve à Jengland en août 851, puis signe le traité d’Angers en septembre : il obtient le titre de roi et la souveraineté sur les pays de Rennes, de Nantes et de Retz. Un royaume de Bretagne existe, reconnu par le voisin franc, et il ne s’agit plus d’une rébellion de chefs locaux mais d’une entité politique assumée. (Trois ans plus tôt, Nominoë avait déjà remplacé les évêques fidèles au roi franc par ses propres clercs : quand on veut l’indépendance, on commence par la monnaie et par les églises.)
4 – 939 : les Vikings quittent la péninsule
Après l’assassinat du roi Salomon en 874, le royaume breton se déchire et les mercenaires scandinaves s’installent durablement, jusqu’à coloniser la vallée de la Loire et esquisser une principauté à Nantes. Il faut attendre Alain Barbetorte et sa victoire de Trans, vers le 1er août 939, pour que l’occupation du sol breton par les Hommes du nord prenne fin. Le duché de Bretagne naît de ce redressement, avec des frontières à peu près définitives. (Les Vikings ont laissé si peu de traces dans les campagnes qu’on finit par oublier qu’ils ont tenu le pays pendant des décennies.)
5 – 1341 : la guerre de Succession déchire le duché
À la mort du duc Jean III en 1341, deux prétendants se disputent l’héritage : Jean de Montfort, soutenu par les Anglais, et Charles de Blois, poussé par le roi de France. La guerre de Succession de Bretagne s’installe sur fond de guerre de Cent Ans et ne se referme qu’en 1364. Vingt-trois ans de chevauchées, de sièges et de villages brûlés pour un trône ducal, avec un pays qui sort épuisé et une noblesse qui a appris à jouer une puissance contre l’autre. (Un conflit de famille qui dure plus longtemps qu’une génération, on appelle ça un héritage, pas une guerre.)
6 – 1532 : l’union à la France, avec conditions
Après des décennies de politique d’indépendance, le duché finit par s’unir au royaume de France en 1532. Les États de Bretagne ratifient l’Édit d’Union, qui ne parle pas d’annexion pure et simple : la province conserve ses institutions, sa coutume et le droit de ne pas être taxée sans l’accord de ses États. Le Parlement de Bretagne est créé en 1554 et siège à Rennes à partir de 1561, avec seize Bretons et seize non-Bretons. (Voilà comment on perd un duché en gardant l’essentiel du contrat de mariage.) Cette autonomie négociée structurera la vie politique bretonne jusqu’à la Révolution.
7 – 1675 : la révolte des Bonnets rouges
Louis XIV a besoin d’argent pour ses guerres, et la Bretagne paie. Après une hausse des taxes, dont celle du papier timbré, la révolte éclate d’avril à septembre 1675, surtout en Basse-Bretagne, où les insurgés portent des bonnets rouges ou bleus selon les pays. Les troupes royales écrasent le mouvement, le Parlement est exilé de Rennes à Vannes de 1675 à 1690, et des clochers sont abattus dans les villages les plus remuants. (Quand on rase un clocher pour faire passer un message fiscal, le message passe, mais il reste dans les mémoires.) Les États de Bretagne ne pourront plus vraiment s’opposer aux nouveaux impôts.
8 – 1789 : les privilèges bretons s’effondrent
L’année commence mal : les 26 et 27 janvier 1789, la journée des bricoles ensanglante Rennes, avec trois morts, quand la noblesse pousse le bas peuple contre la bourgeoisie. Elle finit plus mal encore pour les particularismes provinciaux : dans la nuit du 4 août, l’Assemblée abolit les privilèges, y compris ceux que l’Édit d’Union de 1532 garantissait à la Bretagne. Le Parlement et les États sont dissous en novembre, et la province disparaît en 1790 au profit de cinq départements. (On a aboli les privilèges une nuit, puis on a passé deux siècles à discuter des frontières des départements.)
9 – 1795 : Quiberon, la fin d’un rêve royaliste
Le 23 juin 1795, une expédition financée par l’Angleterre débarque des émigrés royalistes à Quiberon pour relancer la chouannerie et renverser la Révolution. Le général Hoche, avec ses troupes républicaines, reprend la presqu’île et l’affaire est liquidée le 21 juillet. Le retentissement est énorme, et le parti royaliste ne s’en relèvera pas. (Venir de Londres pour se faire arrêter sur une plage du Morbihan, il fallait oser le plan.) La chouannerie s’éteint peu à peu, et Bonaparte achève de calmer l’Ouest à partir de 1799.
10 – 1899 : Dreyfus revient devant ses juges, à Rennes
Du 7 août au 9 septembre 1899, le conseil de guerre de Rennes juge à nouveau Alfred Dreyfus, condamné cinq ans plus tôt pour une trahison qu’il n’a jamais commise. La ville vit sous tension pendant des semaines, entre dreyfusards et antidreyfusards, et le verdict reste un second coup de poignard : nouvelle condamnation, puis grâce présidentielle quelques jours plus tard. (La Bretagne catholique et conservatrice n’était pas la scène la plus évidente pour ce procès, et c’est justement ce qui rend l’épisode fascinant.) L’affaire divise la France entière et devient un moment fondateur de la République laïque.
11 – 1914-1918 : la Bretagne paie le prix fort
Région jeune, rurale et peu industrialisée, la Bretagne fournit massivement des fantassins à la Grande Guerre. Le chiffre de 240 000 morts est longtemps répété après le conflit, avant d’être repris comme symbole par le mouvement breton ; les travaux plus récents ramènent la réalité entre 140 000 et 150 000 morts, soit environ 22 % des mobilisés, contre 16 à 17 % en moyenne nationale. Les monuments aux morts bretons s’en ressentent : on y montre des paysans en habits de travail et des femmes en deuil plus que des héros triomphants. (Un détail qui en dit plus long que bien des discours officiels.)
12 – 1962 : la première mondovision part de Pleumeur-Bodou
En juillet 1962, la Bretagne entre dans l’histoire mondiale des télécommunications : la première mondovision est retransmise depuis le site de Pleumeur-Bodou, dans les Côtes-d’Armor, grâce à la station construite pour capter les signaux du satellite Telstar. Le Centre national d’études des télécommunications s’était implanté à Lannion dès 1955, et le secteur se développera ensuite à Rennes et à Brest. (Le pays des menhirs qui passe en direct à la télévision mondiale, il fallait le faire.) La région devient un pôle de l’électronique et des télécoms.
Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.
Pour écrire cet article, je me suis appuyé sur la page Wikipédia consacrée à l’histoire de la Bretagne, complétée par les notices dédiées à la bataille de Trans, à la révolte des Bonnets rouges, à l’expédition de Quiberon et à l’affaire Dreyfus. De quoi ne pas raconter n’importe quoi à des gens qui, eux, connaissent leur pays par cœur.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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