Les premiers Auvergnats ressemblaient à ça (la science va te surprendre)

Auvergnat, Auvergnate — tu es fier de tes racines, et t’as bien raison. Les volcans, les fromages qui puent (dans le bon sens), le Cézallier à perte de vue… Mais si je te demande à quoi ressemblaient les tout premiers Auvergnats, tu réponds quoi ? Des grands blonds aux yeux clairs, un peu comme Vercingétorix dans les livres d’histoire de ton enfance ? Spoiler : c’est tout le contraire. Les premiers habitants de ton coin de pays avaient la peau très foncée — et la science le dit sans trembler.

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Les tout premiers Auvergnats avaient la peau foncée

Je te le donne tout de suite : les chasseurs-cueilleurs qui ont foulé le sol auvergnat au Mésolithique — disons entre 15 000 et 5 000 ans avant notre ère — n’avaient pas encore la peau claire. Ils portaient ce que les généticiens appellent les « allèles ancestraux de pigmentation ». En clair : les variants génétiques qui produisent la peau claire chez les Européens d’aujourd’hui n’existaient tout simplement pas chez eux.

Et c’est pas une bizarrerie locale. C’est l’état de départ de l’humanité moderne, Homo sapiens. La peau foncée, c’est la condition ancestrale — celle qui protégeait des rayons ultraviolets sous les tropiques africains. La peau claire est arrivée bien plus tard, par vagues migratoires successives. Les tout premiers Auvergnats, eux, ressemblaient probablement à ce qu’on appelle les Western Hunter-Gatherers (WHG) : les chasseurs-cueilleurs de l’Ouest européen.

Leurs cousins les plus célèbres ? Cheddar Man, un squelette trouvé en Angleterre et daté d’environ 10 000 ans — sa peau était « dark to black » selon l’analyse génétique. Et La Braña 1, en Espagne, 7 000 ans, qui portait les mêmes allèles ancestraux. Deux extrémités géographiques de l’Europe, même conclusion. L’Auvergne, au milieu, suit le même schéma.

Et cette peau foncée, c’est quoi exactement ?

Attention : je parle de pigmentation, pas de « race ». Les catégories raciales modernes (« Blanc », « Noir ») sont des constructions sociales récentes qui n’ont aucun sens pour décrire des populations d’il y a 10 000 ans. Appliquer ces étiquettes aux WHG serait scientifiquement faux — et franchement, ça n’aiderait personne à comprendre.

Ce que la génétique établit, c’est une direction. Les outils de prédiction forensique comme HIrisPlex-S classent ces individus dans les catégories de pigmentation les plus foncées, à l’exclusion formelle des catégories claires. La reconstruction de Cheddar Man indique une peau « dark to black » — le terme exact des chercheurs du Natural History Museum de Londres. Mais la teinte précise reste une estimation probabiliste. On peut dire avec confiance que leur peau était foncée à très foncée. C’est une certitude directionnelle, pas un nuancier Pantone.

(Petite parenthèse : si tu te demandes pourquoi la peau s’est éclaircie, l’hypothèse principale c’est la vitamine D. Sous des latitudes moins ensoleillées, une peau trop foncée bloque la synthèse de cette vitamine essentielle. La sélection naturelle a fait le reste — mais ça a pris des milliers d’années.)

Quand la peau a-t-elle changé ?

C’est là que l’histoire devient fascinante. La peau claire généralisée en Auvergne — et dans toute l’Europe du Nord-Ouest — est étonnamment récente. On parle d’environ 3 000 ans. Oui, 3 000 ans. Autrement dit, si tu pouvais remonter le temps jusqu’à l’Âge du Fer, tu croiserais encore pas mal d’Européens à la pigmentation intermédiaire ou foncée.

Ce changement s’est fait en deux grandes vagues migratoires. Première vague : vers 8 000 ans avant notre ère, des agriculteurs venus d’Anatolie (la Turquie actuelle) arrivent en Europe. Ils apportent avec eux l’agriculture, les céréales, les animaux domestiques — et surtout un variant génétique clé, SLC24A5, associé à la peau claire. Ce variant était quasi inexistant chez les chasseurs-cueilleurs WHG, mais presque universel chez ces premiers agriculteurs.

Deuxième vague : vers 4 500 ans avant notre ère, une migration massive venue des steppes eurasiennes (la culture Yamnaya, entre l’Ukraine et le sud de la Russie actuelles) déferle sur l’Europe. Ces pasteurs apportent d’autres variants de dépigmentation, le cheval, la roue, et les langues indo-européennes — dont le celtique que parleront plus tard les Arvernes. Leur ascendance représente aujourd’hui 40 à 54 % du patrimoine génétique des Européens du Nord.

Résultat : trois couches superposées. Les WHG en base (peau foncée), les agriculteurs anatoliens au Néolithique (premiers allèles de peau claire), et les pasteurs des steppes à l’Âge du Bronze (peau claire renforcée). Ton ADN d’Auvergnat d’aujourd’hui, c’est le mélange de ces trois couches. Mais « les premiers Auvergnats », au sens strict, c’est la première — la couche WHG. Et leur peau était foncée.

Et dans l’Antiquité, qui peuplait l’Auvergne ?

On avance dans le temps. Quelques millénaires après les derniers chasseurs-cueilleurs WHG, l’Auvergne est le territoire d’un des peuples gaulois les plus puissants : les Arvernes (Arverni, en latin). Leur nom a d’ailleurs donné… Auvergne. Pas mal, comme héritage.

Les Arvernes contrôlaient l’essentiel de l’Auvergne actuelle — Allier, Cantal, Haute-Loire et Puy-de-Dôme. Leur puissance était telle qu’ils ont longtemps disputé la primauté de la Gaule aux Éduens, leurs rivaux de Bourgogne. Parmi leurs capitales successives (parce qu’il y en a eu plusieurs, contrairement à ce qu’on lit parfois), l’oppidum de Gergovie occupe une place à part : perché sur un plateau qui domine l’actuel Clermont-Ferrand, c’est probablement là que Vercingétorix est né.

Vercingétorix. Fils de Celtillos, aristocrate arverne. En 52 av. J.-C., il inflige à Jules César sa seule défaite personnelle sur le champ de bataille, à Gergovie. Un exploit qu’aucun autre chef gaulois n’a accompli — les autres défaites romaines ont été infligées à des lieutenants de César, pas à César lui-même. Cette victoire, en juin, a dû résonner dans toute la Gaule.

Elle a été de courte durée. Quelques mois plus tard, en septembre 52, César assiège Alésia. Vercingétorix capitule. La scène de sa reddition est devenue l’un des grands récits fondateurs de l’imaginaire national — l’historiographie française du XIXe siècle en a fait une image d’Épinal : le chef gaulois sortant sur son cheval blanc, en armure étincelante, jetant ses armes avec dédain aux pieds du vainqueur. Sauf que… cette version romanesque n’apparaît dans aucune source antique. Plutarque décrit un rituel de soumission sobre : Vercingétorix tourne autour de l’estrade de César, met pied à terre, et dépose ses armes. Dion Cassius le montre suppliant. Le cheval blanc et l’armure scintillante, c’est l’invention d’Henri Martin et des historiens nationalistes du XIXe — belle image, mais pas un fait.

Après la conquête, les Arvernes sont romanisés. Leur nouvelle capitale, Augustonemetum, est fondée vers 27 av. J.-C. sous le règne d’Auguste pour remplacer Gergovie comme chef-lieu. Cette ville deviendra Clermont — et le reste, comme on dit, c’est de l’histoire.

Alors, fier de tes racines ?

J’espère bien que oui. Parce que ce que la génétique nous apprend, c’est que l’identité auvergnate est un mille-feuille qui traverse les millénaires. Une couche de chasseurs-cueilleurs à la peau foncée, les tout premiers habitants. Une couche d’agriculteurs anatoliens qui éclaircissent le teint et plantent les premières céréales. Une couche de pasteurs des steppes qui apportent la langue que parleront les Arvernes. Et par-dessus tout ça, les Gaulois, les Romains, et tout ce qui a suivi.

C’est autre chose que les chromos plastifiés des manuels scolaires, non ?

Et si t’as envie de porter cette fierté — pas celle des chromos, celle des couches profondes — on a justement une collection complète de t-shirts et souvenirs Auvergne sur Ici & Là.

Allez, dis-moi en commentaire : tu pensais que les premiers Auvergnats ressemblaient à quoi ? Et est-ce que ça change quelque chose dans ta façon de voir tes racines ?

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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