Tu sais que tu es Vosgien quand… | 25 signes

Quand j’ai commencé à fouiller pour cet article, je m’attendais à trouver quelques expressions de patois par-ci par-là, deux-trois blagues sur la météo, le format habituel quoi. Sauf que là, les Vosgiens, vous m’avez mis une claque. Le travail d’Étienne Baur et son lexique du parler vosgien, le blog Le Lorrain, les vieux forums — c’est une mine d’or. J’ai rarement vu une région avec un patois aussi riche, aussi vivant, et surtout aussi… intraduisible pour le reste de la France. Bref, vous êtes une énigme, et c’est pour ça que je vous aime.

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Bouffe, patois, météo, caractère — un peu de tout.

Allez, on y va. Tu sais que tu es Vosgien quand :

1 – Tu commences tes phrases par « Môôôôôn ! »

Quand t’es surpris, quand t’es indigné, quand t’as vu le prix du plein à la station. Et plus le « ô » est long, plus la situation est grave. « Môôôôôôôôn mais qu’est-ce que c’est que ce câillon ? » — ça, c’est du niveau 10.

2 – Tu dis « ui » et pas « oui »

Et tu comprends sincèrement pas pourquoi on te le fait remarquer. Pour toi, c’est les autres qui parlent bizarre avec leur « oui » appuyé. Ui, c’est net, c’est précis, c’est vosgien — point.

3 – Tu « fermes » la lumière au lieu de l’éteindre

Et tu la « souffles » aussi, d’ailleurs. C’est pas une erreur de français, c’est un héritage direct de l’allemand — et franchement, ça fait sens : tu fermes le circuit, non ? (Bon, ok, l’électricité c’est pas un robinet, mais t’as compris.)

4 – Tu « clenches » la porte

Une clenche, c’est une poignée. Clencher, c’est actionner cette poignée. Si t’as jamais dit « clenche voir la porte en partant », est-ce que t’es vraiment Vosgien ? Et ne me parle pas de loquet — c’est pas pareil.

5 – Tu prononces le T de « vingt »

Parce que le vin, ça se boit, c’est pas un nombre. Vingt-te. Point. Et tu le fais sans même y penser, c’est dans l’ADN. Les instituteurs ont essayé de te corriger, ils ont échoué.

6 – Tu mets des articles devant les prénoms

Le Claude, la Monique, le Dédé, la Ginette. Si tu parles de quelqu’un sans article, c’est que c’est vraiment pas quelqu’un du coin — ou que t’es fâché avec. Et quand la Monique te raconte que le Dédé a encore fait des siennes, tu sais exactement de qui on parle.

7 – Tu as eu peur du Père Fouettard toute ton enfance

Ce grand type tout en noir avec son fouet et sa hotte, qui accompagnait Saint Nicolas dans ta salle de classe au primaire. Saint Nicolas, lui, il apportait du pain d’épices et des clémentines. Le Père Fouettard, lui, il apportait… la terreur. Et ça marchait : t’as été sage tout le mois de décembre.

8 – Tu dis « Comment qu’c’est ? » à tes potes

Et tu les appelles « gros ». « Comment qu’c’est gros, ça gaze ? » — c’est la formule de salutation standard, celle qui remplace le « bonjour » dans 80% des interactions. Si on te répond « ça gaze », tout va bien. Si on te répond « bof », tu sais que la gratteusse rôde.

9 – Pour toi, la myrtille sauvage s’appelle une brimbelle

Et la tarte aux brimbelles, c’est un monument historique. Tu « vas aux brimbelles » en août, tu reviens avec les doigts violets et le dos cassé, mais t’as ton kilo. Et qu’on vienne pas te parler de myrtilles de culture — ça n’a rien à voir. Rien.

10 – Tu bois de la « goutte »

Pas de l’eau-de-vie, non. De la goutte. Du schnaps. Et t’en proposes à tous tes invités, peu importe l’heure ou la saison. C’est digestif, préventif, curatif — ça soigne à peu près tout, y compris les conversations qui démarrent pas. Un petit shlouk et ça repart.

11 – Pour toi, il commence à faire chaud à partir de 15°C

Et t’as déjà rallumé le chauffage en mai. Voire en juin. Parce que la neige du coucou, tu connais : cette dernière bordée qui tombe après le chant du coucou au printemps, juste pour te rappeler que t’es dans les Vosges et qu’il faut jamais ranger les pneus neige trop tôt.

12 – Tu dis « c’est quoi ce câillon ? »

Pour dire « c’est quoi ce bordel ? » Et un câillon, c’est jamais bien rangé — c’est toujours un fatras, un souk, un truc qui traîne et qui t’énerve. « Range ton câillon ! » — phrase entendue 3000 fois dans ton enfance.

13 – Tu fais des « flots » à tes lacets

Des nœuds, quoi. Et tu demandes un « cornet » à la caisse du supermarché — un sachet plastique, pas un cornet de glace. Si la caissière te regarde avec des yeux ronds, c’est qu’elle est pas du coin. Tant pis pour elle.

14 – Tu fais la chouille le samedi soir

Et le lendemain t’es complètement schlass. Et schlass, c’est magique comme mot : ça veut dire « couteau » ET « bourré » selon le contexte. « Passe-moi le schlass » vs « il était schlass hier soir » — le contexte, c’est tout l’art du patois vosgien.

15 – Tes gosses sont tout « marmosés » après avoir mangé

Le visage barbouillé, plein de confiture ou de brimbelles — « T’es tout marmoso, va te débarbouiller ! » Et quand t’étais petit, ta mère te le disait aussi. Le cycle marmoso est éternel, il traverse les générations.

16 – Tu sais faire la différence entre un épicéa et un sapin

Et le sapin des Vosges, c’est le plus bel arbre du monde. Point final. L’épicéa, c’est pour les amateurs. Le vrai Vosgien reconnaît un sapin rien qu’à son odeur — et il te regarde de travers si tu confonds les deux.

17 – Tu manges des tofailles, une bonne migaine, et la meurotte

Les tofailles, c’est LE plat : patates au lard fumé, réconfort absolu. La migaine, c’est l’appareil œufs-crème maison pour la quiche — pas un truc industriel. Et la meurotte, c’est ta vinaigrette, parfois chaude avec des lardons. Trois piliers de la gastro vosgienne que tu défends comme ta région.

18 – Tu portais des « chno-bottes » étant petit

De « snow boots », ces bottes en caoutchouc qu’on mettait par-dessus les chaussons — ou les chaussures — pour aller patauger dans la neige. Et t’as déjà eu les pieds tout « puisés » (trempés jusqu’à l’os) en traversant un ruisseau ou en jouant dans la sloche. Puisés, marmoso, schlass — la sainte trinité de l’enfance vosgienne.

19 – Ta mère te demandait « qu’est-ce que tu broyes ? »

Pas ce que t’écrases — ce que tu fabriques, ce que tu fais, ce que tu trafiques. Et si elle te demandait où t’étais allé « raouer » la veille, elle voulait savoir où t’avais traîné. Deux verbes intraduisibles qui résument toute une éducation.

20 – Tu sais que « ça schlingue », « ça trisse » et « ça tire »

Ça schlingue = ça pue. Ça trisse = l’eau gicle (genre le tuyau percé dans le jardin). Ça tire = y’a un courant d’air glacial qui te transperce. Trois verbes qui couvrent à eux seuls 80 % de tes plaintes quotidiennes — météo, plomberie, voisinage.

21 – Tu sais que « Ravenel », c’est pas un village pittoresque

C’est l’hôpital psychiatrique de Mirecourt. « Lui, il est bon pour Ravenel ! » — ça s’entendait dans les cours d’école, et c’était jamais un compliment. Une référence 100 % vosgienne qui fait sourire jaune quand t’as grandi avec.

22 – Tu as une « gèyotte » et tu ranges ton bazar dans la « cafourotte »

La gèyotte, c’est ton porte-monnaie. La cafourotte (ou cafouille), c’est le cagibi, le débarras, le placard où tu fourres tout ce qui traîne. Et t’as toujours une « baugeotte » de petit bois prête pour la cheminée. Trois mots, trois essentiels de la vie quotidienne vosgienne.

23 – Tu connais la Bête des Vosges et la chavande

La Bête des Vosges, c’est pas une légende médiévale : 1977-1978, 200 moutons égorgés, l’armée déployée — et toujours aucune identification formelle. Un mystère qui refait surface dans les conversations dès qu’il fait nuit tôt. Et la chavande, c’est le bûcher géant de la Saint-Jean, parce que chez vous on fait pas les choses à moitié.

24 – T’es « teugna »

Et ça, c’est peut-être le marqueur le plus vosgien de tous. Teugna : un peu taiseux, sur la réserve, pas facile à apprivoiser au premier abord. Un peu teigneux sur les bords, mais pas méchant. Comme le disait un Vosgien à Étienne Baur : « Le Vosgien, de prime abord, il est teugna. » Mais une fois que t’es en confiance, t’es fidèle comme un sapin — et tu lâches plus les gens que t’aimes. Si on te comprend pas tout de suite, c’est leur problème. Toi, t’as juste besoin de temps. Et de moins de monde autour.

25 – Pour toi, le Haut du Roc, c’est cent fois plus beau que la Côte d’Azur

Le Hohneck, les chaumes, les lacs, la Route des Crêtes — t’as pas besoin de palmiers ni de plages de sable fin. Les Vosges, c’est le sapin, les brimbelles, la goutte, les chamois sur les sommets, et le 88 tatoué sur le cœur. Et si on te dit que c’est moins bien qu’ailleurs, tu réponds juste « ui, ui… » avec un sourire en coin — parce que toi, tu sais.

Et toi, c’est quoi ton truc de Vosgien que j’ai oublié ? Que tu skies à La Bresse depuis que tu sais marcher ? Que t’as déjà croisé un dahut à la nuit tombée ? Que tu différencies le patois vosgien du patois mosellan les yeux fermés ? Balance en commentaire — et si t’as une expression de ton village que même le voisin comprend pas, c’est encore mieux.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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