Un jour dans l’histoire du RCT : Le triplé qui a changé l’Europe
Le samedi 2 mai 2015, 56 622 spectateurs se pressent à Twickenham pour assister à la finale de la toute première European Rugby Champions Cup. En face, Clermont, finaliste malchanceux de 2013 et revenu deux ans plus tard avec l’intention de corriger l’histoire. Dans l’autre vestiaire, un RC Toulon déjà double champion d’Europe, qui a une chance de réussir ce qu’aucun club au monde n’a jamais réalisé : trois titres consécutifs. Ce n’est pas un match de rugby. C’est une tentative d’entrée dans la légende.
Clermont prend les devants
Les Auvergnats démarrent fort. Camille Lopez passe deux pénalités coup sur coup, à la 7e et à la 12e minute : 0-6, et les Rouge et Noir sont muets. Leigh Halfpenny réduit l’écart depuis la tee, mais à la 24e minute, Wesley Fofana exploite une charge de Parra pour aplatir dans l’en-but toulonnais. Clermont mène 11-3, et le scénario tourne mal pour Toulon.
Ce sont ces moments-là qui révèlent les grandes équipes. Plutôt que de subir, le pack rouge et noir se met à peser. Chris Masoe, numéro 8, lance l’action décisive dans les dernières secondes de la première mi-temps. Mathieu Bastareaud, centre de 130 kilos qui ne se pose pas de questions au contact, conclut en puissance à la 40e. Halfpenny transforme. Le vestiaire se retourne : Toulon rentre aux vestiaires en menant 16-11.
Soixante-neuf minutes : la course qui fait tout
La deuxième période reste tendue. Halfpenny ajoute une pénalité pour porter l’écart à 19-11. Mais Nick Abendanon répond à la 62e, transformé par Lopez : 19-18. Un point d’écart. Twickenham retient son souffle.
Puis vient la 69e minute. Drew Mitchell prend le ballon dans son propre camp, évite six plaqueurs sur 70 mètres de course et aplatit. C’est fini. Toulon 24, Clermont 18. Le score ne bougera plus.
Ali Williams, le deuxième ligne néo-zélandais, est désigné homme du match. Halfpenny termine la rencontre avec quatre pénalités et une transformation à son actif, sans avoir raté une seule tentative. Carl Hayman, pilier droit et capitaine du jour, soulève le trophée. Arbitre de la finale : Nigel Owens.
Dublin, Cardiff, Twickenham : les trois actes d’une saga
Pour comprendre ce que représente ce triplé, il faut rembobiner jusqu’à Dublin, le 18 mai 2013. Face au même Clermont, à l’Aviva Stadium, Toulon est mené 15-9 en deuxième mi-temps. Delon Armitage arrache l’essai décisif à la 64e, Jonny Wilkinson transforme depuis une position difficile. Victoire 16-15. La première Coupe d’Europe de l’histoire du club. Bastareaud, homme du match. Wilkinson, élu joueur européen de l’année le lendemain.
Un an plus tard, Cardiff, le 24 mai 2014. Face à Saracens, les Anglais, dans leur propre Millennium Stadium. Wilkinson est à ses adieux : deux pénalités, deux transformations, un drop goal, 15 points sans la moindre faute. Giteau ajoute un essai à la 29e, Juan Smith à la 59e. Score final : 23-6. Victoire nette, presque froide dans sa maîtrise. Cette même semaine, Toulon remporte également le Top 14 contre Castres. Double au printemps.
Le geste de Toulon à Cardiff restera : les maillots portaient les mots « merci Jonny » brodés dans le col. Au coup de sifflet final, les supporters des deux camps ont entonné « God Save the Queen ». Pour une fois, personne n’en a voulu à personne. Wilkinson prend sa retraite quelques semaines plus tard, en juin 2014. Il ne sera pas à Twickenham pour le troisième acte.
Un vestiaire du monde entier
Ce qui rend cette équipe unique, c’est son architecture. Toulon de 2013 à 2015, c’est Guilhem Guirado au talonneur, futur capitaine du XV de France. C’est Sébastien Tillous-Borde à la mêlée, cerveau du jeu saison après saison. C’est Steffon Armitage, troisième ligne aile élu meilleur joueur européen de l’année 2014, qui ne peut pas porter le maillot anglais précisément parce qu’il évolue hors de la Premiership. C’est Bryan Habana, 106 sélections avec les Springboks, ailier gauche qui file à des vitesses indécentes. C’est Bakkies Botha en deuxième ligne, une forteresse à lui seul. Matt Giteau, ouvreur ou centre, toujours juste. Et Wilkinson, pendant deux ans, taulier absolu d’un vestiaire qui aurait pu partir dans tous les sens.
Bernard Laporte tient tout ça ensemble depuis 2011. Il n’est pas seulement directeur sportif : il est le ciment humain d’un groupe qui compte une quinzaine de nationalités. C’est lui qui convainc ces joueurs de se battre les uns pour les autres plutôt que de cohabiter poliment.
Avant la finale 2015, le RCT avait terminé premier de sa poule avec cinq victoires et une défaite, 181 points marqués. En quart, les Wasps sont battus 32-18 à Mayol. En demi-finale, le Leinster est écarté 25-20 à Marseille, après prolongations. Le chemin n’a pas été simple. Il ne l’a jamais été.
Ce que ça signifie pour le club
Aucun club, ni avant ni depuis, n’a remporté trois Champions Cup consécutives. Leinster a soulevé trois trophées entre 2009 et 2012, mais pas trois de suite. Le Stade Toulousain en compte quatre, mais espacés sur deux décennies. Ce que Toulon a fait entre 2013 et 2015 n’a pas d’équivalent dans l’histoire du rugby européen, et il n’en aura probablement pas d’autre de sitôt : le format de la compétition, le plafonnement salarial, la dispersion des talents rendent un tel cycle de domination de plus en plus difficile à construire.
Laporte quitte le club en 2016 pour prendre la présidence de la FFR. Les internationaux suivent progressivement. Ce que cette équipe avait de rare, c’est qu’elle réunissait au même endroit, au même moment, une concentration de talent mondial que Mourad Boudjellal avait rendue possible, et que Laporte avait su transformer en quelque chose de cohérent. La plupart des équipes all-stars n’y arrivent pas. Toulon, si, trois fois d’affilée.
Aujourd’hui, quand le RCT retrouve une forme de sérieux européen, on mesure mieux encore ce qu’il a fallu pour construire ce triplé. Ce n’est pas juste une collection de stars. C’était une équipe. Et sur 70 mètres de pelouse à Twickenham, Drew Mitchell l’a prouvé une dernière fois.
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Allez Toulon.
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Source : Wikipedia

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