Toulon-Leinster 2015 : le soir où Habana a changé l’histoire

Toulon-Leinster 2015 : le soir où Habana a changé l’histoire

Le 19 avril 2015, au Stade Vélodrome de Marseille, le RC Toulon et le Leinster Rugby se sont retrouvés face à face en demi-finale de Champions Cup. Quatre-vingt minutes de bras de fer, pas un seul essai, deux buteurs qui s’affrontent à distance dans un match d’une intensité folle. Puis vient la prolongation. Et puis vient la 91e minute, et le geste que tu n’oublies jamais si tu étais là, ou si tu regardais à la télé les mains crispées sur l’accoudoir. Onze ans plus tard, le RCT retrouve le même adversaire, dans le même tour de la compétition. Demain, c’est Dublin.

Le contexte : deux géants, un seul billet pour la finale

En avril 2015, le RCT n’est pas n’importe quelle équipe. Il est champion d’Europe en titre, deux fois de suite. En 2013 à Dublin (16-15 contre Clermont, en remontant un déficit de neuf points en deuxième mi-temps), puis en 2014 à Cardiff (23-6 contre les Saracens, victoire nette, sans discussion). Deux étoiles sur le maillot. La question que tout le rugby européen se pose depuis des mois est simple : peut-on en gagner trois de suite ? Jamais un club n’y est parvenu. Toulon veut être le premier.

En face, le Leinster n’est pas une équipe qu’on prend à la légère. Trois Coupes d’Europe dans leurs vitrines (2009, 2011, 2012). Dans leur pack, Sean O’Brien et Jamie Heaslip, deux troisième ligne qui ne font de cadeaux à personne. Rob Kearney à l’arrière. Et surtout Ian Madigan à la charnière, un buteur précis dont la forme en 2014-2015 préoccupe le staff rouge et noir.

Du côté toulonnais, l’effectif a encore de quoi faire rêver. Bakkies Botha et Ali Williams en deuxième ligne. Juan Smith, Steffon Armitage et Juan Martín Fernández Lobbe en troisième ligne. Sébastien Tillous-Borde à la mêlée, Frédéric Michalak à l’ouverture. Matt Giteau et Mathieu Bastareaud en centres. Drew Mitchell et Bryan Habana en ailiers. Leigh Halfpenny à l’arrière. Un effectif qui ne ressemble à aucun autre en Europe, construit pour gagner, maintenant.

40 000 Rouge et Noir au Vélodrome

Depuis 2009, le RCT a pris l’habitude de délocaliser ses grands matchs européens au Vélodrome de Marseille. Mayol est un temple, mais ses 18 000 places ne suffisent pas pour accueillir une demi-finale de Coupe d’Europe. Le Vélodrome, lui, peut en avaler 40 000 à 65 000. Ce dimanche 19 avril 2015, ils sont près de 45 000 à remplir l’enceinte marseillaise. Drapeaux rouge et noir à perte de vue. Le Pilou-Pilou résonne sous la coupole du stade, loin de Mayol, loin de la rade, mais avec la même intensité que si c’était au port.

Tu imagines le bruit. Cette façon méditerranéenne de supporter, où on ne regarde pas le match depuis les tribunes, on le joue. Ce soir-là au Vélodrome, 45 000 personnes jouent la demi-finale avec les leurs.

Quatre-vingts minutes sans essai

Le coup d’envoi est donné à 16h15. Et pendant quatre-vingts minutes, les deux équipes vont s’affronter dans un rugby âpre, physique, sans concession. Le terrain est lourd. Le moindre mètre coûte. Aucun essai ne sera inscrit avant la prolongation, et ce n’est pas un hasard : les deux défenses sont d’une densité remarquable.

Le match se joue à coups de pénalités. Leigh Halfpenny d’un côté, Ian Madigan de l’autre. Le Gallois est impeccable : six pénalités tentées, six réussies. 5e, 29e, 55e, 67e, 83e, 89e minute. Une précision de métronome, sans jamais trembler. Madigan répond par cinq pénalités (8e, 16e, 20e, 69e, 85e). À la mi-temps, Leinster mène 9-6. En fin de match, les deux équipes se retrouvent à 18-18. La prolongation s’impose.

C’est un duel à distance, entre deux hommes qui n’ont pas à se regarder pour se mesurer. Halfpenny et Madigan, à cinquante mètres l’un de l’autre, qui pèsent le sort de leurs équipes à chaque coup de pied. Tu n’oublies pas ce type de match. Même sans essai, même sans coup d’éclat, c’est du rugby de très haute tension.

La 91e minute : Habana lit tout

La prolongation se dispute en deux mi-temps de dix minutes. Les nerfs sont à vif. Les deux équipes cherchent l’ouverture. Et c’est dans ce contexte de tension extrême, à la 91e minute, que survient le moment dont on parle encore.

Ian Madigan cherche à créer le surnombre sur le côté gauche. Il envoie une longue passe lobée en direction de Ben Te’o. Le centre irlandais est à quelques mètres, les bras tendus pour recevoir le ballon. Sauf qu’il y a un problème. Un problème qui s’appelle Bryan Habana.

L’ailier sud-africain lit la trajectoire de la balle une fraction de seconde avant tout le monde. Avant Te’o, avant Madigan, avant les 45 000 spectateurs qui retiennent leur souffle. Il s’élance. Il intercepte le ballon à la limite de la touche. Et il sprinte. Soixante mètres, pleine vitesse, les défenseurs du Leinster derrière lui qui ne peuvent rien faire. Habana aplatit en coin. Toulon 25, Leinster 15.

Ce n’est pas un essai de force. Ce n’est pas un essai de pack qui s’impose mètre après mètre. C’est un essai d’intelligence et de vitesse. Habana ne lit pas la passe au moment où elle part. Il la lit avant. C’est un champion du monde 2007, double champion d’Europe, l’un des plus grands ailiers de l’histoire du rugby mondial. Et dans cet instant précis, ça se voit. Fatche de, ce geste.

O’Brien réduit l’écart à la 94e (25-20), mais le coup est fatal pour le Leinster. Toulon tient. Le RCT est en finale.

La suite : Twickenham

Cette victoire 25-20 après prolongation envoie le RC Toulon en finale de la Champions Cup, à Twickenham, le 2 mai 2015, face à l’ASM Clermont Auvergne. Le même adversaire qu’en 2013, la même compétition, le même enjeu. L’histoire, tu la connais.

Et demain, Dublin

Onze ans. C’est ce qui sépare cette demi-finale au Vélodrome de la demi-finale de demain, 2 mai 2026, à l’Aviva Stadium de Dublin. Même stade de la compétition. Même adversaire. Même enjeu.

Les noms ont changé. Carl Hayman a cédé la place à Charles Ollivon. Leigh Halfpenny à Melvyn Jaminet. Sébastien Tillous-Borde à Baptiste Serin. Bryan Habana à Gabin Villière. Mais l’ADN, lui, n’a pas changé. Le RCT sait gagner les matchs impossibles. Il l’a prouvé en 2013, en remontant douze points contre Clermont. Il l’a prouvé en 2015, en attendant la 91e minute pour tuer le match au Vélodrome.

Demain, c’est Toulon qui se déplace. Ce n’est plus le Vélodrome, ce ne sont plus 40 000 Rouge et Noir dans les tribunes. C’est Dublin, la forteresse du Leinster. Y a degun qui a dit que ce serait facile. Mais il y a onze ans, ce n’était pas facile non plus. Et Habana avait lu la passe.

Ce soir-là au Vélodrome, Toulon a prouvé qu’il savait gagner les matchs qu’on n’est pas censé gagner. C’est cet ADN que le RCT emporte à Dublin demain. C’est ça, l’héritage de cette 91e minute.


Sources : Sky Sports (score final, date, lieu) | RugbyAmateur.fr (fiche de match complète, minutes, buteurs) | Le Rugbynistère (compositions) | Wikipedia (Coupe d’Europe 2014-2015)


Si tu veux porter les couleurs, retrouve la collection Toulon-Var sur ici-la.co.

Un blog de supporters, pas de publicitaires

Ici, pas de popup, pas de cookies traceurs, pas de bandeau qui clignote.

L’histoire du RCT racontée par ceux qui la vivent. Pas de pub, pas de sponsor, juste du coeur.


Rejoindre la famille rouge et noir

Via Follow.it — désabonnement en un clic, zéro spam, promesse de supporter.

Allez Toulon.

Restez informé

Recevez un email à chaque nouvel article. Pas de spam, désinscription en un clic.

Partager cet article

WhatsApp Messenger Instagram Facebook Copier le lien Email Partager…

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *