Les premiers Lozériens ressemblaient à ça (la science va te surprendre)


Toi qui es fier de ta Lozère — et tu as bien raison, remarque — tu t’es déjà demandé à quoi ressemblaient les tout premiers habitants de ton département ? Pas tes arrière-grands-parents, hein. Les vrais premiers. Ceux qui arpentaient les causses et les pentes du mont Lozère il y a des milliers d’années, bien avant les Gabales, bien avant les Romains. Tu les imagines comment ? Blonds aux yeux clairs, forcément, un peu comme les Lozériens d’aujourd’hui ? (Je te vois hocher la tête, là.) Eh bien prends une grande inspiration : la science a complètement retourné cette image. Et ce que la génétique nous apprend sur les premiers Lozériens, c’est le genre de révélation qui oblige à tout repenser — même ce qu’on croyait savoir sur ses propres racines.

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Les tout premiers Lozériens avaient la peau foncée

Allez, je ne te fais pas languir plus longtemps. Les tout premiers habitants de ce qui est aujourd’hui la Lozère — des chasseurs-cueilleurs qui vivaient sur ce territoire il y a environ 10 000 à 15 000 ans — avaient la peau foncée. Probablement très foncée. Et ce n’est pas une hypothèse en l’air : c’est ce que les analyses d’ADN ancien révèlent de la manière la plus solide possible (et pourtant, je te jure que ce n’est pas faute d’avoir tout relu plusieurs fois pour être sûr de ne pas me tromper).

Ces chasseurs-cueilleurs, les scientifiques les appellent les Western Hunter-Gatherers — les WHG pour les intimes. Ils peuplaient toute l’Europe occidentale au Mésolithique, du Somerset anglais jusqu’à la péninsule ibérique, en passant par le Massif central et donc, forcément, par ce qui allait devenir la Lozère quelques millénaires plus tard. Leur particularité ? Ils portaient les allèles ancestraux des gènes de pigmentation. Autrement dit : les variants génétiques qui produisent la peau claire chez les Européens modernes n’existaient tout simplement pas encore chez eux.

Deux cas spectaculaires sont venus confirmer tout ça. D’abord Cheddar Man — un squelette vieux d’environ 10 000 ans découvert en Angleterre, dans le Somerset. Son ADN a parlé : peau « dark to black » selon le terme exact de l’étude (Brace et al. 2019), cheveux noirs et frisés. L’outil de prédiction génétique le classe dans les deux catégories de pigmentation les plus foncées sur cinq, à l’exclusion totale des catégories claires. Et puis il y a La Braña 1, de l’autre côté de l’Europe — un chasseur-cueilleur espagnol d’environ 7 000 ans, dans le León, qui portait lui aussi les allèles ancestraux de pigmentation. Deux extrémités géographiques, un même constat : la peau foncée n’était pas une bizarrerie anglaise, c’était la norme des premiers Européens de l’Ouest. La Lozère, confortablement installée entre les deux, ne faisait pas exception.

(Petite parenthèse pour les curieux des yeux : Cheddar Man avait les yeux bleus — ou bleu-vert, selon les analyses. Ce trait — le variant HERC2/OCA2 — est documenté chez plusieurs chasseurs-cueilleurs d’Europe occidentale. Il est donc possible que certains des premiers Lozériens aient aussi porté ce variant et arboré des yeux clairs. Mais les preuves directes sur le sol lozérien manquent, alors on reste sur du conditionnel bien solide.)

Et cette peau foncée, c’est quoi exactement ?

Parce que je te sens un peu surpris — et franchement, moi aussi je l’étais la première fois que j’ai lu ces études —, posons les choses calmement. La peau foncée n’est pas une exception. C’est l’état ancestral de l’humanité. Quand Homo sapiens est sorti d’Afrique — attention, ce n’est pas un lien de parenté avec les populations africaines contemporaines, c’est juste le chemin évolutif de notre espèce —, il avait la peau foncée. Point. Cette pigmentation ancestrale protégeait des rayons ultraviolets sous les latitudes tropicales, et elle a été conservée pendant des dizaines de milliers d’années par les populations humaines partout où elles se sont installées, y compris en Europe.

La dépigmentation, elle, est arrivée bien plus tard. C’est une adaptation évolutive : sous des latitudes plus au nord, avec moins de soleil et un régime alimentaire plus pauvre en vitamine D, une peau plus claire est devenue avantageuse. Elle permet de synthétiser plus efficacement la vitamine D à partir d’une exposition solaire réduite. Les chasseurs-cueilleurs WHG — donc les premiers Lozériens — n’avaient pas encore acquis les variants génétiques qui allaient permettre cette adaptation. Les gènes clés comme SLC24A5 et SLC45A2, ceux qui chez les Européens modernes contribuent fortement à la peau claire, étaient tout simplement absents de leur génome — ou présents dans leur version ancestrale, non dépigmentée.

Bref, ce que la science nous dit, c’est que ces premiers Lozériens n’avaient rien à voir, physiquement, avec l’image qu’on se fait instinctivement des « ancêtres » de nos régions. Et c’est justement ça qui est fascinant.

Quand la peau a-t-elle changé ?

Parce que bon, tu me diras — et tu aurais raison —, les Lozériens d’aujourd’hui n’ont pas la peau foncée (en tout cas pas tous, et pas pour les mêmes raisons génétiques). Alors comment on est passés de A à B ? C’est là que l’histoire devient encore plus intéressante : ce que nous sommes génétiquement aujourd’hui, c’est le résultat d’un mille-feuille de migrations qui se sont superposées sur plusieurs millénaires.

Première vague : les agriculteurs anatoliens. Il y a environ 8 000 ans, des populations originaires d’Anatolie (l’actuelle Turquie) migrent vers l’Europe, apportant avec elles l’agriculture — céréales, animaux domestiques, tout le bazar. Ces agriculteurs, génétiquement parlant, portaient déjà l’allèle dérivé de SLC24A5, un gène majeur de la peau claire. Cet allèle était quasi universel chez eux — « quasi fixé dans le Néolithique anatolien », disent les généticiens (Mathieson et al. 2015). La propagation de l’agriculture en Europe, c’est donc aussi — sans que personne ne s’en rende compte à l’époque, évidemment — la propagation d’un variant génétique qui allait éclaircir la peau des Européens.

Deuxième vague : les pasteurs des steppes. Environ 4 500 ans avant notre ère, une migration massive déferle depuis les steppes eurasiennes — la culture Yamnaya, au sud de l’actuelle Russie et de l’Ukraine. Ces populations apportent des allèles supplémentaires de dépigmentation, notamment des variants du gène SLC45A2, qui augmentent fortement en fréquence dans les populations européennes à partir d’environ 5 800 ans avant notre ère. Accessoirement, ils apportent aussi les langues indo-européennes, les chevaux et la roue — pas mal pour un seul groupe migrateur, non ?

Résultat des courses : la peau claire, telle qu’on la connaît aujourd’hui chez une majorité d’Européens, ne s’est généralisée qu’à l’Âge du Fer. Ça nous amène à environ 3 000 ans — une paille à l’échelle de l’histoire humaine. Oui, tu as bien lu : la peau claire européenne n’a que 3 000 ans. (Je te laisse méditer ça la prochaine fois que quelqu’un te parle de « pureté ancestrale » — le concept même ne tient pas debout une seconde face à la génétique.)

Et donc, ce que nous sommes aujourd’hui — toi, moi, les Lozériens, les Aveyronnais, les Bretons — c’est la superposition de ces trois couches d’ascendance : les chasseurs-cueilleurs WHG fondateurs, les agriculteurs anatoliens, et les pasteurs des steppes. Un mélange stratifié sur des millénaires, qui a fini par produire la diversité de phénotypes qu’on observe aujourd’hui en Lozère comme ailleurs.

Et dans l’Antiquité, qui peuplait la Lozère ?

Bon, on fait un saut dans le temps — on quitte le Mésolithique et on atterrit dans l’Antiquité, au moment où l’histoire écrite commence à documenter qui vit où. Et là, on a des noms, des dates, des vestiges. Les premiers Lozériens « historiques », si tu veux.

Ce peuple, ce sont les GabalesGabali en latin. Un peuple celtique gaulois, solidement ancré sur le territoire de l’actuelle Lozère (qu’on appelait alors le Gévaudan). Les Gabales étaient clients des Arvernes — ces puissants voisins d’Auvergne dont Vercingétorix était le chef — et ils ont d’ailleurs participé à la grande coalition contre César en 52 avant notre ère. Leur territoire ? L’essentiel de ce qui allait devenir, bien plus tard, le département de la Lozère. C’est dire si les racines celtiques sont profondes ici.

Mais ce qui est vraiment dingue — et là on touche au fait saisissant de cet article — c’est leur capitale. Elle s’appelait Anderitum, et elle se trouvait à l’emplacement de l’actuel Javols. Fondée sous Auguste, à la fin du Ier siècle avant notre ère, Anderitum atteint son apogée au IIe siècle : une ville de 40 hectares, dotée d’un forum, de thermes, d’une basilique, de quartiers d’artisans, et peuplée de plusieurs milliers d’habitants. Une vraie capitale gallo-romaine, active, commerçante, organisée.

Et aujourd’hui ? Javols est une ancienne commune d’environ 330 habitants (328 exactement, recensement INSEE de 2014, le dernier avant sa fusion dans la commune nouvelle de Peyre-en-Aubrac en 2017). Une paisible bourgade rurale où paissent les vaches — et sous les pâturages de laquelle dorment les vestiges d’une capitale antique de 40 hectares. Forum, thermes, rues pavées : tout est là, quelques mètres sous terre. Anderitum fait partie de ce que les archéologues appellent les « capitales éphémères » de la Gaule romaine. Au Bas-Empire, la ville décline, puis elle est purement et simplement abandonnée au profit de Mende, qui devient le nouveau chef-lieu du Gévaudan.

Le contraste est à peine croyable : une cité qui rayonnait sur 40 hectares, peuplée de milliers d’âmes, réduite aujourd’hui à un village d’à peine 330 habitants — l’un des cas les plus spectaculaires de désertion urbaine de toute l’ancienne Gaule. (Et dire que certains parisiens croient que la Lozère « n’a jamais eu d’histoire » — si seulement ils savaient ce qui dort sous leurs pieds quand ils traversent l’Aubrac.)

Alors, fier de tes racines ?

Parce que c’est ça, au fond, le message. Être Lozérien — ou avoir des racines lozériennes —, ce n’est pas descendre d’une lignée unique et « pure » qui serait restée inchangée depuis la nuit des temps. C’est porter en soi un héritage stratifié, un mille-feuille de migrations et d’adaptations qui remonte à plus de 10 000 ans. Des chasseurs-cueilleurs à la peau foncée qui arpentaient les causses du Mésolithique, aux Gabales celtes qui ont tenu tête à César, en passant par les Romains qui ont bâti Anderitum, et toutes les vagues de peuplement qui ont suivi — agriculteurs, pasteurs, migrants de toutes les époques.

Et tu sais quoi ? C’est mille fois plus fascinant que l’image d’Épinal du Gaulois blond aux yeux bleus. La génétique et l’archéologie nous rappellent une chose que les Lozériens savent déjà au fond d’eux-mêmes : la vraie richesse, c’est le métissage. Toujours. Et être fier de ses racines, c’est justement accepter qu’elles sont infiniment plus complexes — et plus belles — que ce qu’on imaginait.

Alors, toi qui lis ça : tu pensais que les premiers Lozériens ressemblaient à quoi ? Dis-le en commentaire — je suis sincèrement curieux de savoir. Et si cet article t’a fait voir ta région autrement, partage-le. C’est le genre d’histoire qu’on a envie de raconter autour d’une table, entre deux tranches de pounti.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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