12 faits saisissants sur le Var

Le Var, c’est mon département d’adoption côté provençal. J’y ai passé des étés entiers, j’y ai plongé (mal), j’y ai mangé des figues qui n’avaient rien à voir avec celles de l’épicerie. Et pourtant, chaque fois que je gratte un peu sous la carte postale, je tombe sur des trucs complètement dingues que personne ne raconte. Toi qui penses connaître le Var — ou toi qui viens d’ailleurs et qui te demandes pourquoi on en fait tout un plat — voilà 12 faits qui devraient te faire réviser ton jugement.

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1 — Le Var est le seul département français à porter le nom d’un fleuve qui ne le traverse pas

Tu te doutes bien qu’il y a une histoire derrière. Le département doit son nom au fleuve Var, qui coulait le long de sa frontière orientale… jusqu’en 1860. Cette année-là, l’arrondissement de Grasse est détaché du Var pour créer le nouveau département des Alpes-Maritimes. Résultat : le fleuve Var ne coule plus dans le Var depuis plus de 160 ans. C’est comme si la Gironde ne traversait plus la Gironde — impensable ailleurs. Pour couronner le paradoxe, le Var a changé quatre fois de chef-lieu : Toulon (1790), Grasse (1793), Brignoles (1795), Draguignan (1797). Toulon ne retrouvera son titre de préfecture qu’en décembre 1974 — 179 ans après en avoir été déchue pour avoir livré la ville aux Britanniques en 1793 (oui, on leur en a voulu longtemps). Dans les années 1950, des élus ont même sérieusement proposé de rebaptiser le département « Côtes-du-Sud ». Tu vois le niveau de complexe.

2 — Une cité romaine oubliée vient d’être découverte en pleine base navale de Toulon

Je te jure que c’est vrai, et c’est tout frais. En mai 2026, l’INRAP a mis au jour des vestiges qui retournent l’histoire antique de la rade. Sur l’ancienne île de Milhaud — au cœur de la base navale, là où tu ne peux pas mettre les pieds — les archéologues ont exhumé un habitat groupé fortifié avec rempart et tour quadrangulaire. Occupé du IIᵉ siècle avant J.-C. jusqu’au IIIᵉ siècle après J.-C. Autrement dit, ces fortifications précèdent de plus de deux siècles la fondation documentée de Telo Martius, le Toulon romain. On y a trouvé des bijoux ciselés, de la vaisselle, des poids de métier à tisser et une mystérieuse monnaie dont on ignore encore l’origine. Le matériel provient majoritairement du sud de l’Italie, ce qui pose une question gênante : à cette époque, le littoral est théoriquement sous domination de Marseille la grecque, pas de Rome. Les fouilles, menées avant la construction du futur porte-avions nouvelle génération, sont toujours en cours. On n’a probablement pas fini d’en entendre parler.

3 — Le Var s’est soulevé contre le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851

Tu savais peut-être que le Var vote à gauche depuis longtemps, mais tu ne sais peut-être pas pourquoi ça remonte à si loin. Le 2 décembre 1851, le président Louis-Napoléon Bonaparte — futur Napoléon III — fomente un coup d’État contre la Deuxième République. Dans le Var, la réaction est immédiate et massive : le 5 décembre, presque toutes les communes des arrondissements de Brignoles, Draguignan et Toulon se soulèvent. Ce sont les paysans varois, armés de fusils de chasse et de fourches, qui descendent des collines pour défendre la République. L’armée écrase l’insurrection en quelques jours, et le bilan est lourd : 3 147 Varois arrêtés, beaucoup déportés en Algérie ou en Guyane. Cette insurrection, l’une des plus importantes de France en 1851, a durablement ancré le Var à gauche — on parlera du « Var rouge » jusqu’aux années 1980. La République, ici, c’est viscéral.

4 — La flotte ottomane de Barberousse a hiverné à Toulon avec 30 000 hommes

Je te le donne dans le mille : c’est l’un des épisodes les plus improbables de l’histoire diplomatique française. Automne 1543. François Iᵉʳ, en guerre contre Charles Quint, s’allie à Soliman le Magnifique. Résultat : environ 110 galères ottomanes sous le commandement du corsaire Barberousse jettent l’ancre dans la rade de Toulon le 29 septembre 1543. La ville est vidée de ses habitants — on les déplace, ni vu ni connu — pour faire place aux 30 000 soldats et marins turcs. Pendant six mois, jusqu’à fin mars 1544, Toulon devient une enclave ottomane. On y parle turc, on y pratique l’islam, et la cathédrale est transformée en mosquée. Les Varois ne reviendront qu’après le départ de la flotte, moyennant une compensation financière du roi. Essaie d’imaginer la scène aujourd’hui : une flotte étrangère qui prend possession de la rade pendant six mois, et le roi de France qui paie pour le dérangement.

5 — Napoléon Bonaparte est devenu général à 24 ans grâce au siège de Toulon

Toulon a littéralement lancé la carrière du futur empereur. Décembre 1793 : la ville, livrée aux Britanniques par les royalistes, est assiégée par l’armée révolutionnaire. Un jeune capitaine d’artillerie corse de 24 ans — un quasi-inconnu à ce moment-là — propose un plan audacieux : prendre la position du Petit Gibraltar pour bombarder la flotte anglaise. Le 18 décembre, ses batteries écrasent les navires ennemis. La ville tombe le lendemain. Le 22 décembre, trois jours après la victoire, ce capitaine est promu général de brigade. Il s’appelle Napoléon Bonaparte. Cinq ans plus tard, le 19 mai 1798, c’est du port de Toulon qu’il embarquera pour la campagne d’Égypte. Pas mal pour un gamin corse que personne ne connaissait deux mois plus tôt.

6 — Clemenceau a affronté le choléra à Toulon en 1884 — et il n’était même pas encore député du Var

En 1884, Toulon est ravagée par une terrible épidémie de choléra. Georges Clemenceau, médecin de formation, fait partie d’une délégation parlementaire envoyée sur place. Il affronte l’épidémie sans masque, visite les malades, ausculte les mourants. Son courage fait sensation. Le truc, c’est qu’à ce moment-là, Clemenceau n’est pas député du Var — il est élu de la Seine, côté Montmartre. Mais l’année suivante, en 1885, les Varois l’élisent comme leur représentant. Il sera député du Var de 1888 à 1893, puis sénateur de 1902 à 1920. « L’homme qui affronte l’épidémie » était devenu varois d’adoption, et le Var ne l’a jamais oublié.

7 — Le 27 novembre 1942, la flotte française s’est sabordée dans la rade de Toulon

Le 27 novembre 1942, les Allemands envahissent la zone libre et foncent sur Toulon pour s’emparer de la flotte française. L’amirauté donne l’ordre du sabordage. En quelques heures, environ 90 navires de guerre — 235 000 tonnes au total — sont coulés par leurs propres équipages : cuirassés, croiseurs, contre-torpilleurs, sous-marins. Les marins français ouvrent les vannes, allument des charges explosives, noient les soutes à munitions. Douze marins français meurent ce jour-là. La Kriegsmarine ne mettra la main que sur des épaves. Ce sacrifice naval, ordonné pour respecter la parole donnée de ne jamais livrer la flotte à l’Axe, reste l’un des actes les plus dramatiques de la Seconde Guerre mondiale en Méditerranée.

8 — La plongée sous-marine moderne est née dans la rade de Toulon

Avant de devenir une icône planétaire avec son bonnet rouge, le commandant Cousteau était un jeune officier de marine affecté à Toulon. En août 1937, au Mourillon, son camarade Philippe Tailliez l’initie à la plongée avec un masque et des palmes (tu imagines, le premier masque de Cousteau — c’était dans la rade). L’année suivante, Tailliez lui présente Frédéric Dumas : le trio des « Mousquemers » est né. C’est ici, dans les eaux varoises, que ces trois hommes mettent au point le détendeur, testent les premières bouteilles de plongée autonome, et développent les techniques qui révolutionneront l’exploration sous-marine. La Calypso, le mythique navire de Cousteau acquis en 1950, avait Toulon pour port d’attache. Le bathyscaphe FNRS-3, pionnier de l’exploration abyssale, est d’ailleurs exposé aujourd’hui sur l’esplanade de la Tour royale. La prochaine fois que tu mets un détendeur dans ta bouche, pense à Toulon.

9 — Jean Valjean a purgé 19 ans au bagne de Toulon dans Les Misérables

Avant d’écrire Les Misérables, Victor Hugo a visité le bagne de Toulon. Ce qu’il y a vu l’a marqué à vie. Dans le roman publié en 1862, son héros Jean Valjean est condamné en 1796 à 5 ans de bagne pour avoir volé un pain. Ses multiples tentatives d’évasion alourdissent sa peine à 19 ans. Il est le détenu 24601 — et le bagne de Toulon est le décor fondateur du personnage. Hugo n’est pas le seul écrivain fasciné par la chiourme toulonnaise : Vautrin (Balzac, Le Père Goriot), Caderousse et Cavalcanti (Dumas, Le Comte de Monte-Cristo) y sont aussi enfermés. Plus tard, au XXᵉ siècle, c’est tout le Who’s Who littéraire qui fréquente Toulon : James Joyce y séjourne un mois en 1928, Blaise Cendrars y a une garçonnière, Apollinaire y situe une nouvelle. Toulon, capitale littéraire et t’en avais aucune idée.

10 — L’Opéra de Toulon est le plus grand opéra de province, inauguré 13 ans avant Garnier

Quand on pense « grand opéra français », tout le monde pense Palais Garnier. Erreur. Le véritable pionnier, c’est l’Opéra de Toulon. Inauguré le 1ᵉʳ octobre 1862, il précède de 13 ans l’opéra parisien (1875). Avec 1 797 places, il reste aujourd’hui le deuxième plus grand opéra de France — et donc le plus grand de province. À son inauguration, il était tout simplement le plus grand du pays. Et ce n’est même pas Garnier qui l’a construit : c’est Léon Feuchère qui en a dessiné les plans. Un chef-d’œuvre néo-classique qui a survécu aux bombardements de 1943-1944 et qui programme encore plus de 100 représentations par an. On parle peu de Toulon pour sa culture, et c’est une injustice assez spectaculaire quand tu vois ça.

11 — La figue de Solliès est l’unique AOC de figue en France

Le bassin de Solliès-Pont, au nord-est de Toulon, produit la seule figue française bénéficiant d’une Appellation d’Origine Contrôlée — AOC depuis 2006, AOP européenne depuis 2011. En forme de goutte d’eau écrasée, violette à noire, d’un diamètre minimum de 4 cm, elle est récoltée du 15 août au 15 novembre. Elle représente à elle seule environ 75 % de la production française de figues commercialisée. Ce qui est dingue, c’est que la figue est cultivée ici depuis l’Antiquité — les Romains l’avaient déjà repérée. Aujourd’hui, les chefs étoilés se l’arrachent, et si tu n’en as jamais goûté une bien mûre un matin d’août, tu n’as jamais vraiment mangé de figue (je pèse mes mots, et j’assume).

12 — À Ramatuelle, 3 logements sur 4 sont des résidences secondaires

Ramatuelle, charmant village perché entre Saint-Tropez et la plage de Pampelonne, détient un record sociologique assez dingue : d’après l’INSEE, 75,5 % de ses logements étaient des résidences secondaires en 2012. Sur 4 456 logements, seuls un millier environ sont occupés à l’année. Et Ramatuelle n’est pas une exception dans le coin : Grimaud (73,9 %), La Croix-Valmer (73,4 %) et Le Lavandou (72,7 %) suivent de près. Même Saint-Tropez, l’icône mondialisée, ne culmine « qu’à » 56,5 %. La frange littorale varoise est probablement l’une des zones d’Europe où la concentration de maisons de vacances est la plus extrême. L’hiver, certains de ces villages deviennent des décors fantômes — et c’est peut-être à ce moment-là qu’ils sont les plus beaux.

Alors, t’en connaissais combien ? Si t’as un fait sur le Var que j’ai oublié — ou une anecdote de famille, une histoire de village que personne ne raconte — balance-la en commentaire. J’adore apprendre des trucs sur ce département, même après toutes ces années.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.

Vincent

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