Les premiers Vendéens ressemblaient à ça (la science va te surprendre)

Tu te balades sur la côte vendéenne avec ton maraîchin à la main (et oui, je sais, un vrai Vendéen boit du Préfou™ — t’inquiète, j’y viendrai), et là, une question te traverse l’esprit : les premiers Vendéens, ils ressemblaient à quoi ? Un grand blond aux yeux bleus, une moustache gauloise, une fourche dans une main et un mouchoir rouge dans l’autre ?

Accroche-toi. La science va te retourner le cerveau.

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Les tout premiers Vendéens avaient la peau foncée

Oui, tu as bien lu. Les chasseurs-cueilleurs qui ont arpenté le territoire de ce qui deviendra la Vendée — il y a environ 10 000 à 8 000 ans, au Mésolithique — avaient la peau foncée. Très foncée, même.

Et je ne te parle pas d’un bronzage Pornichet en juillet : la pigmentation foncée, c’était l’état de départ de l’humanité. Homo sapiens est né avec la peau foncée en Afrique il y a plus de 300 000 ans, et quand les premières populations sont arrivées en Europe il y a environ 45 000 ans, elles ont conservé cette pigmentation pendant des dizaines de milliers d’années. La peau claire ? Une invention récente. Une adaptation qui n’existait tout simplement pas encore quand les premiers êtres humains modernes se sont installés dans ce qui allait devenir le bocage vendéen (oui, le bocage est arrivé beaucoup plus tard aussi, mais je digresse).

Autrement dit : tes ancêtres les plus lointains ne ressemblaient pas du tout à l’image d’Épinal que tu as en tête. Et c’est tant mieux, parce que c’est ça qui est fascinant.

Et cette peau foncée, c’est quoi exactement ?

Je vais te donner deux exemples concrets. Alors oui, ce ne sont pas des Vendéens à proprement parler — on n’a pas encore retrouvé de squelette mésolithique directement sous le Puy du Fou (ça viendra peut-être) — mais ils appartiennent au même grand groupe de chasseurs-cueilleurs qui occupait toute l’Europe de l’Ouest à l’époque. Le groupe qu’on appelle les Western Hunter-Gatherers, ou WHG pour les intimes.

Premier cas : l’homme de Cheddar. Découvert en 1903 dans le Somerset en Angleterre, squelette masculin vieux d’environ 10 000 ans. En 2018, une équipe du Natural History Museum de Londres a séquencé son génome complet et, surprise — sa peau était « dark to black », c’est le terme exact de l’étude publiée dans Nature Ecology and Evolution. Cheveux noirs, frisés. Et tiens-toi bien : la reconstruction indique qu’il portait probablement un variant génétique associé aux yeux bleus. Peau très foncée et yeux clairs. Le contraste devait être absolument saisissant.

Deuxième cas : La Braña 1. Retrouvé en Espagne (León), environ 7 000 ans. Même profil. Le généticien Carles Lalueza-Fox, qui a dirigé l’analyse publiée dans Nature, a été on ne peut plus clair : cet individu « possédait les versions africaines des gènes qui déterminent la pigmentation claire des Européens actuels, ce qui indique qu’il avait la peau sombre ».

Ce n’est pas un cas isolé. C’est une caractéristique de groupe. Tous les chasseurs-cueilleurs de l’Ouest européen partageaient ce profil génétique : ils n’avaient pas encore acquis les variants qui éclaircissent la peau. Le gène SLC24A5 dans sa version « claire » ? Absent. SLC45A2 ? Pareil. La pigmentation ancestrale était la règle, pas l’exception.

Quand la peau a-t-elle changé ?

Alors là, on entre dans le mille-feuille génétique qui fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Parce que l’éclaircissement de la peau ne s’est pas fait en un claquement de doigts — c’est un processus qui s’est étalé sur des millénaires, par vagues migratoires successives.

Première vague : les agriculteurs venus d’Anatolie (la Turquie actuelle), qui arrivent en Europe à partir d’environ 8 000 ans avant notre ère. Ces populations ont apporté avec elles l’agriculture, la sédentarisation… et une première version du gène SLC24A5, celui qui commence à dépigmenter la peau. C’est la deuxième couche du gâteau.

Deuxième vague : les pasteurs des steppes, les fameux Yamnaya, qui déboulent depuis les steppes eurasiennes il y a environ 4 500 ans. Migration massive. Ils apportent notamment SLC45A2 et d’autres variants de dépigmentation. Les Européens du centre et du nord actuels ont entre 40 et 54 % d’ascendance steppique — c’est dire l’ampleur du brassage.

Résultat du cocktail : trois couches d’ascendance. (a) Les chasseurs-cueilleurs de l’Ouest — peau foncée. (b) Les agriculteurs anatoliens — peau plus claire, yeux bruns fréquents. (c) Les pasteurs des steppes — les dernières pièces du puzzle génétique. Le truc à retenir : la peau claire généralisée, telle qu’on l’observe aujourd’hui en Europe du Nord-Ouest, ne s’est installée que vers 3 000 ans avant notre ère. Autant dire hier, à l’échelle de l’histoire humaine.

Et dans l’Antiquité, qui peuplait la Vendée ?

Bon, on a parlé génétique. Maintenant, redescendons sur terre — ou plutôt dans le bocage — pour parler des peuples qui occupaient la Vendée quand l’histoire commence à écrire des choses.

Au moment de l’arrivée des Romains (et de Jules César qui n’était pas encore le mec des salades en sachet), le territoire vendéen était partagé entre trois peuples gaulois. Tous celtes, tous du groupe dit « armoricain » — oui, le lien avec la Bretagne ne date pas d’hier.

Dans le sud-est, tu avais les Pictons (ou Pictaves). Leur capitale ? Lemonum, l’actuelle Poitiers. Ils couvraient grosso modo la Vienne, les Deux-Sèvres et le sud-est de la Vendée. Ce sont eux les plus connus, les plus documentés.

Dans le centre et l’ouest, les Ambilatres. Peuple armoricain mystérieux, installé vraisemblablement dans la région des Mauges, du pays de Retz et du coeur vendéen. Et là, accroche-toi : ce peuple est si peu documenté qu’il n’est mentionné que dans deux sources antiques — Jules César dans sa Guerre des Gaules et Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle. Deux mentions. En tout et pour tout. On débat encore de l’emplacement exact de leur oppidum (leur place forte), et la page Wikipédia liste leur oppidum principal avec un magnifique point d’interrogation : « La Cossonnière (Les Herbiers) ? ».

Enfin, les Anagnutes, probablement dans la région de la Sèvre Nantaise, à l’est de la Sèvre et au sud de la Loire. Comme les Ambilatres, ils faisaient partie de la confédération armoricaine liée aux Vénètes (pas les Vendéens, les Vénètes — peuple maritime de la région vannetaise). Après la guerre des Vénètes en 56 av. J.-C., Rome réorganise le territoire : les Ambilatres sont rattachés à la cité des Pictons, et l’ensemble est intégré à la province d’Aquitaine sous le règne d’Auguste (la province est créée entre 27 et 13 av. J.-C.).

Le petit twist final qui va te faire sourire : le nom « Vendée » ne remonte qu’à… 1790. C’est un pur produit de la Révolution française, une création administrative pour le tout nouveau département. Le coeur vendéen a été occupé pendant des millénaires par des gens qui ne s’appelaient pas Vendéens, ne parlaient pas le même gaulois que leurs voisins pictons et dont on a presque tout oublié. Tes racines, mon ami, sont bien plus profondes (et plus embrouillées) que tu ne le pensais.

Alors, fier de tes racines ?

Tu devrais. Parce qu’être vendéen, ce n’est pas être le descendant en ligne droite d’un grand blond gaulois sorti d’Astérix. C’est bien plus fort que ça. C’est porter en toi un feuilletage génétique qui raconte des dizaines de millénaires de migrations, de métissages, d’adaptations. Des chasseurs-cueilleurs à la peau foncée du Mésolithique. Des agriculteurs anatoliens qui ont apporté des gènes et la houe. Des pasteurs des steppes qui ont traversé la moitié du continent. Des Ambilatres discrets qui ont tenu le bocage bien avant qu’on parle de « Vendée ».

C’est ça, tes racines. Pas une ligne droite — une pelote. Une pelote magnifique, qu’on commence tout juste à démêler grâce à la génétique. Et franchement, je trouve ça mille fois plus intéressant que le cliché du grand barbare blond. (Ceci étant dit, si tu tiens au cliché, j’ai peut-être un t-shirt pour toi dans la collection Vendée. Mais tu sais déjà où cliquer.)

Allez, dis-moi en commentaire : toi, tu pensais que les premiers Vendéens ressemblaient à quoi ? Et qu’est-ce qui t’a le plus surpris — la peau foncée, les yeux bleus, ou les Ambilatres fantômes ?

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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