Un jour dans l’histoire du RCT : quand Toulon est revenu de l’enfer
La saison 2007-2008 s’achève deux journées avant son terme, et Toulon est déjà champion de Pro D2. 106 points, 22 victoires, la tête du classement tenue sans interruption depuis la première journée. Le RC Toulon remonte en Top 14, définitivement, sans bruit inutile. Après huit ans d’un chemin semé d’embûches, la rade retrouve l’élite. Et depuis ce jour-là, le club n’en est plus jamais redescendu.
La traversée du désert (2000-2006)
Pour comprendre ce que représente la montée de 2008, il faut remonter au 24 juillet 2000. Ce jour-là, la Ligue nationale de rugby relègue administrativement le RC Toulon en Pro D2. La raison : un déficit cumulé d’environ dix millions de francs, soit à peu près 1,9 million d’euros. Le club ne descend pas à cause d’un mauvais classement. Il descend parce qu’il est à court d’argent. C’est une humiliation d’une autre nature.
Mayol vit alors ses années les plus douloureuses. Le rugby de l’élite, les confrontations contre Toulouse, Brive, les Français de l’époque ? Fini pour un moment. Le club refait surface une première fois en 2005, sous la houlette d’Aubin Hueber, champion de Pro D2 cette saison-là. Une seule année dans l’élite. En 2005-2006, le RCT joue en Top 14 et redescend. Une parenthèse. Pas encore la résurrection.
Ce deuxième passage en Pro D2, de 2006 à 2008, est pourtant d’une nature radicalement différente du premier. Parce qu’un homme est arrivé entre-temps.
Boudjellal débarque, et il pense grand
Le 15 juin 2006, Mourad Boudjellal et Stéphane Lelièvre rachètent 51 % de la SASP. Boudjellal a la réputation d’être impulsif, théâtral, incontrôlable. Il l’est. Mais il a aussi une vision très claire de ce qu’il veut faire de ce club. Sa première sortie publique donne le ton : Toulon est, dit-il, « le quinzième club du Top 14 ». Le club n’est pas en Top 14. Il y sera, et bientôt.
Lelièvre se retire en mai 2007, et Boudjellal reste seul aux commandes. Sa première grande décision symbolique est de recruter Tana Umaga. L’ancien capitaine des All Blacks, 74 sélections, l’un des meilleurs centres de l’histoire du rugby néo-zélandais, est nommé directeur général le 31 mai 2007. Sa mission : jouer encore un peu, et commencer à entraîner. Il sera head coach pour la saison 2007-2008, avec autour de lui Jean-Jacques Crenca, Martial Cottin et Aubin Hueber au staff. Un joueur encore actif converti en entraîneur principal, c’est une première dans un grand club français. Boudjellal ne fait rien comme tout le monde.
Un effectif de galaxie en deuxième division
Ce qui se passe à l’été 2007 est proprement surréaliste. Le RC Toulon évolue en Pro D2. Pas en Top 14, pas en Championnat Cup. En deuxième division française. Et pourtant, les noms qui arrivent sur les bords de la Méditerranée font tourner les têtes dans toute la planète rugby.
George Gregan signe à Toulon. Le demi de mêlée australien totalise à ce moment-là 139 sélections avec les Wallabies, record mondial absolu. Selon RugbyPass, Boudjellal aurait avancé 400 000 euros de ses fonds personnels pour boucler le transfert. Andrew Mehrtens arrive dans la foulée. L’ouvreur néo-zélandais détient alors le record de points inscrits avec les All Blacks : 967 points en sélection. Victor Matfield, deuxième ligne sud-africain élu meilleur joueur du tournoi lors de la Coupe du monde 2007, pose ses valises à Mayol. Anton Oliver, talonneur qui a porté dix fois le brassard de capitaine des All Blacks, complète le tableau.
La liste ne s’arrête pas là. Orene Ai’i, Wessel Roux, Lawrence Sephaka, Mafileo Kefu, plusieurs autres internationaux rejoignent le projet. Et des joueurs de valeur sont déjà présents : Gonzalo Quesada à l’ouverture, Yann Delaigue, légende locale, Jean-Jacques Crenca en troisième ligne. Dan Luger, ancien ailier anglais, complète l’arsenal.
Personne n’avait encore vu ça. Des joueurs de ce calibre, en Pro D2, face à des équipes de Colomiers, de Bourgoin ou de Mont-de-Marsan. Chaque déplacement devient un événement national. Mayol lui-même, malgré la deuxième division, affiche une moyenne de 11 391 spectateurs en 2006-2007, soit 83 % de remplissage. La famille rouge et noir ne lâche pas. Elle ne lâchera jamais.
Une saison de domination totale
La saison 2007-2008 commence par un signal fort : victoire 41 à 7 contre Béziers à Mayol dès l’ouverture. Umaga est sur le terrain, ses recrues aussi. Le ton est donné.
Ce qui suit n’est pas vraiment un championnat. C’est une démonstration. Le RC Toulon prend la tête du classement à la première journée et n’en descend plus. Jamais. Sur 30 matchs, le club en gagne 22, concède un nul, et perd sept fois. 873 points marqués, 495 encaissés, différence de +378. En face, le Racing Métro 92 finit deuxième avec 99 points. L’écart est de sept points. Le championnat est plié bien avant que la saison ne s’achève.
Andrew Mehrtens compile 264 points sur la saison régulière. C’est le deuxième meilleur total du championnat, derrière Beñat Arrayet du Stade Montois qui termine à 332. À lui seul, le buteur néo-zélandais incarne la disproportion entre l’effectif toulonnais et le reste de la division.
La montée est assurée deux journées avant la fin de la saison. Le titre de champion revient au RCT sans passer par les play-offs, la promotion automatique récompensant le premier du classement. C’est lors d’une rencontre face au Racing Métro 92 que le titre aurait été décroché, ce vendredi 25 mai 2008, sur un score qui se serait établi à 31 à 17 en faveur de Toulon, selon plusieurs synthèses de sources secondaires. Ces chiffres précis n’étant pas confirmés directement par les pages Wikipedia de la saison, ils méritent d’être pris avec prudence, mais ils correspondent au récit cohérent de la fin de saison.
Le Stade Montois, lui, décroche le deuxième billet pour le Top 14 en remportant les play-offs face au Racing Métro 92, 32 à 23 en prolongation, lors d’une finale disputée le 21 juin 2008 à Limoges.
Ce que ça signifie pour le club
Depuis le printemps 2008, le RC Toulon n’a plus quitté le Top 14. Pas une seule fois. Dix-huit saisons consécutives dans l’élite, avec entre-temps trois Heineken Cup (2013, 2014, 2015), deux finales de championnat, et des joueurs comme Jonny Wilkinson, Matt Giteau, Bryan Habana qui ont fait résonner le nom de Toulon dans le monde entier. Tout ça part de là. De cette Pro D2 transformée en vitrine internationale, de ce pari de Boudjellal qui tenait plus du défi que du plan raisonnable.
On sort d’une demi-finale de Champions Cup perdue à Dublin, 29 à 25 contre le Leinster, le 2 mai 2026. Ça fait mal. Une belle campagne européenne arrêtée à une marche du sommet. Mais il est utile, dans ces moments-là, de se souvenir que ce club a déjà connu bien pire. Des déficits à dix millions de francs. Une relégation administrative. Des années en deuxième division. Et il en est sorti champion, avec Gregan et Matfield en Pro D2, peuchère. La résilience, à Toulon, ce n’est pas un mot de discours de présidents. C’est une habitude.
Dublin fait mal. Mais Mayol sera là samedi prochain. Et la famille rouge et noir aussi.
Sources : Wikipedia — Pro D2 2007-2008 · Wikipedia — RC Toulon · Wikipedia — Histoire du RCT
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