J’ai fouillé les vieux blogs, les forums, les commentaires Facebook des cousins de Madinina. Une perle, ces discussions. Le genre de fil où tout le monde se reconnaît du premier coup, sans même avoir à finir la phrase.
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Bouffe, climat, langue, caractère — un peu de tout. Et si t’as jamais mis les pieds aux Antilles, tu vas comprendre pourquoi tes potes martiniquais sont comme ils sont.
Allez, on y va. Tu sais que tu es Martiniquais quand :
1 — On te propose un ti-punch au petit déjeuner et tu trouves ça parfaitement normal
10h du mat’, le voisin passe, y a une bouteille qui traîne sur la table… Et toi tu tends le verre sans sourciller. Le ti-punch du matin, c’est sacré, c’est un rituel, c’est la Martinique dans un verre. Et franchement, ceux qui jugent n’ont jamais goûté.
2 — Tu sais que le pack d’Évian coûte plus cher qu’une bouteille de rhum
Et ça ne te choque absolument pas. Le rhum est pratiquement une denrée de première nécessité chez toi. L’eau minérale française par contre, c’est un produit de luxe. Les priorités sont bien en place.
3 — Tu ne cuisines plus qu’avec des épices
Le sel-poivre, tu regardes ça comme une insulte à la gastronomie. Bois d’Inde, colombo, piment, thym pays, cive… Tes placards sentent le marché de Fort-de-France et tant mieux. Un jour j’ai mangé un poulet rôti en métropole sans rien dessus — je m’en suis jamais remis.
4 — Tu attends Pâques avec plus d’impatience pour le matoutou que pour le chocolat
Le matoutou de crabes, c’est LE repas de Pâques. Rien d’autre n’existe ce jour-là. Les cloches en chocolat, c’est mignon, mais le crabe farci au riz, c’est ça la vraie résurrection. Et tu sais que le meilleur se fait toujours à la maison, jamais au resto.
5 — Tu ne bois que du Royal Soda
Coca-Cola, c’est pour les touristes qui débarquent du bateau de croisière. Le Royal Soda, c’est l’institution. Cola, pamplemousse, menthe… Tu en as toujours une bouteille au frais. C’est pas une boisson gazeuse, c’est un patrimoine. (D’ailleurs, si quelqu’un peut m’expliquer pourquoi le Royal Soda n’a jamais conquis le reste du monde, je suis preneur.)
6 — Ton vocabulaire culinaire ressemble à un bestiaire
Cabri, chatrou, balaous, ouassous, lambi… Tu balances ces mots comme si tout le monde savait ce que c’est. Et quand un métropolitain te regarde avec des gros yeux, tu réalises que ton assiette est un cours de créole appliqué. Le chatrou, c’est pas un animal de compagnie, c’est un plat, et quel plat.
7 — Tu ris devant les accras en barquette vendus en métropole
Mais tu ris jaune. Parce que ces trucs en barquette, c’est une trahison gustative. Des vrais accras, ça se mange chauds, croustillants, avec un petit coup de piment. Pas tièdes dans du plastique au rayon traiteur. Tu serres les dents, tu souris poliment, et tu rêves des accras de ta maman.
8 — Ton caddie te coûte un bras
La vie est chère en Martinique, très chère. Tu le sais, tu le vis, tu le subis. Mais au moins y a du rhum et du soleil. Et puis t’as développé un sixième sens pour repérer les bons plans au marché et les produits locaux qui contournent l’importation.
9 — Tu t’arrêtes acheter un poulet boucané au bord de la route avant d’aller à la plage
Le combo parfait. Tu vois la fumée au loin, tu sens l’odeur, tu freines. Pas besoin de planifier ton repas, le poulet boucané se trouve sur ta route, toujours. Plage + poulet boucané = dimanche réussi.
10 — Tu dis « maracudja » et pas « fruit de la passion »
Et ça te semble être la seule prononciation valable. « Fruit de la passion », c’est tellement long, tellement étranger. Maracudja, ça claque, ça sonne, c’est vivant. Le maracudja, c’est ton enfance, le jus frais du matin. (Je me souviens la première fois que j’ai commandé un « jus de fruit de la passion » dans un bar parisien — j’ai eu l’impression de parler une langue étrangère.)
11 — Tu dis « à demain » et on te répond « si Dieu veut »
Et ça te paraît tellement naturel que tu le dis toi-même maintenant. « Si Dieu veut », c’est pas du fatalisme, c’est de la sagesse. C’est le rappel que demain n’appartient à personne. Tu l’as intégré à ton langage, et tant pis si tes collègues métropolitains te regardent bizarrement.
12 — Tu entres chez quelqu’un en disant « to to to » au lieu de frapper
Et tu sais que c’est la règle. « To to to » — trois petits coups de voix, pas de poing sur la porte. C’est le code d’entrée universel, le sésame antillais. Si t’entends ça derrière ta porte, tu sais que c’est la famille, le voisin, ou le facteur qui connaît les codes.
13 — Tu dis « je vais en métropole » et jamais « je vais en France »
Parce que la France, tu y es déjà. T’es français, t’es martiniquais, et la métropole c’est juste… ailleurs. Pas « là-bas », pas « en France » — la métropole. Nuance importante que tout vrai Martiniquais maîtrise dès l’enfance.
14 — On te surnomme « doudou » et tu trouves ça normal
Tout le monde est doudou quelque part. Ta tatie t’appelle doudou, ton boulanger t’appelle doudou, la caissière aussi. C’est pas un surnom, c’est une caresse verbale. Et le jour où quelqu’un ne t’appelle pas doudou, tu te demandes ce que t’as fait de mal.
15 — Tu maîtrises l’art du « tchiip » comme personne
Le « tchiip », c’est tout un langage à soi tout seul. Ça peut dire « j’y crois pas », « laisse tomber », « t’as vu ça ? », « foutaise », ou juste « mmmh ». Un son, dix significations. Et toi tu les comprends toutes, au contexte, au ton. Le tchiip, c’est le haussement de sourcils antillais. (Un jour à Paris j’ai fait un tchiip dans le métro et tout le wagon s’est retourné — ils ont cru que j’étouffais.)
16 — Tu trouves qu’il fait froid à 24°C
Et tu ne rigoles pas en disant ça. 24 degrés, c’est le seuil où tu commences à enfiler un gilet. En dessous de 22, tu sors la petite laine. 20 degrés ? C’est le grand froid, direction la couette. Les métropolitains te prennent pour un fou, mais c’est eux qui vivent dans un congélateur, pas toi.
17 — Tu as une caisse « saison cyclonique » prête en permanence
Eau, bougies, briquets, conserves, radio à piles, lampe torche… Le kit de survie ultime. Tu sais exactement où elle est, tu la vérifies chaque année en juin, et t’as appris à tes enfants à faire pareil. C’est pas de la paranoïa, c’est de l’expérience. Quand le ciel devient vert, tu sais qu’il est temps.
18 — Il fait plus de 30°C en plein hiver et tu portes un jean
Sans transpirer, s’il vous plaît. Les métropolitains ne comprennent pas comment tu fais. Eux, à 25 degrés, ils sont en short-débardeur. Toi, tu marches en jean, baskets, chemise légère, et t’as même pas une goutte sur le front. L’acclimatation, ça ne s’explique pas, ça se vit.
19 — Tu ne portes que des tongs toute l’année
Les chaussures fermées, c’est pour les enterrements et les mariages. Et encore, si c’est un mariage sur la plage, les tongs passent. T’as une collection de tongs comme d’autres ont des sneakers. Et tes pieds sont tellement habitués que tu peux courir, grimper, danser en tongs sans aucun problème. (J’ai essayé une fois de porter des chaussures fermées trois jours d’affilée à Fort-de-France — mes pieds m’ont maudit pendant une semaine.)
20 — Il y a une coupure d’électricité et ça ne t’étonne même plus
T’as déjà sorti les bougies avant même que la lumière s’éteigne complètement, tellement t’as l’habitude. Le courant qui saute, c’est un mardi comme un autre. Tu sais où sont les allumettes, la radio marche sur piles, et le rhum n’a pas besoin de frigo. Tout va bien.
21 — Tu écoutes les avis d’obsèques à 6h du matin à la radio
C’est le bulletin d’information communautaire. « Madame Untel, née Trucmuche, est décédée… » Toute l’île sait qui est parti, qui est en deuil, où sont les veillées. Toi t’écoutes en buvant ton café, et si c’est quelqu’un que tu connais — ou même que ta mère connaissait — tu vas faire un tour à la veillée. C’est comme ça.
22 — Tu vis le Carnaval comme une transe collective de 5 jours
Farine, déguisements, zouk, nuits blanches, vidés dans les rues… Le Carnaval de Martinique, c’est pas un événement, c’est une pulsion. Tu bosses toute l’année en attendant ces 5 jours. Et le mercredi des Cendres, tu pleures un peu en noir et blanc, mais t’as déjà hâte au prochain.
23 — Une rumeur de grève = 10 km de queue à la station-service
Tu remplis ton jerrican sans poser de questions. Dès que le mot « grève » circule dans l’air, toute l’île fonce à la pompe. C’est un réflexe pavlovien, un sixième sens insulaire. Toi t’as toujours le jerrican dans le coffre, juste au cas où. Et t’as raison.
24 — Tu appelles « l’autoroute » la nationale à 3 voies limitée à 90 km/h
Et tu y crois vraiment. La RN entre Fort-de-France et Le Lamentin, c’est ton « autoroute ». Trois voies, des sorties, des bouchons… c’est une autoroute, point. Le fait que ce soit techniquement une nationale ne change rien à l’affaire. (Quand j’ai vu ma première vraie autoroute à 6 voies en métropole, j’ai eu un choc culturel.)
25 — Tu croises un mec en scooter qui roule sous la pluie avec un parapluie ouvert et tu trouves ça ingénieux
Ailleurs, t’appellerais les flics. Chez toi, tu hoches la tête en mode « respect ». Le parapluie-scooter, c’est l’invention antillaise suprême — une main sur le guidon, l’autre tient le parapluie, et la pluie tropicale ne l’arrête pas. C’est dangereux, c’est absurde, c’est magnifiquement martiniquais. Et toi, tu sais que ça fonctionne.
Voilà. T’as rigolé, t’as hoché la tête, t’as peut-être même fait un petit tchiip d’approbation. Si t’as coché au moins 15 de ces 25 points, ta carte d’identité martiniquaise est plus que valide.
Dis-moi en commentaires ceux que j’ai oubliés — parce qu’il y en a forcément. Chaque famille a les siens, chaque commune a ses manies. C’est ça qui est beau. Et si t’es pas martiniquais mais que t’as un pote qui coche toutes les cases, taggue-le, il va se reconnaître.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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