J’ai passé une bonne partie de la semaine à fouiller les vieux forums, les blogs perso sous Canalblog abandonnés depuis 2011, les commentaires Facebook, les groupes de Lotois en diaspora — bref, la méthode habituelle. Moi qui ai grandi dans le Sud et qui ai sillonné le Quercy plus d’une fois, je savais déjà que le Lot c’est un département à part. Mais la liste de ce qui te rend officiellement Lotois, elle m’a quand même scotché. (Et j’en ai ri plus d’une fois, pardi.)
Tu peux aussi jeter un œil à la collection complète Ici & Là ici : la collection Le Lot
Bouffe, dialecte, météo, géographie, caractère — un peu de tout. J’ai gardé 22 points, les plus solides, ceux qui reviennent dans toutes les sources ou qui sont tellement lotois que ça ne s’invente pas.
Allez, on y va. Tu sais que tu es Lotois quand :
1 – Tu demandes une chocolatine et tu regardes de travers quiconque dit « pain au chocolat »
Le débat est clos depuis longtemps dans le Lot. Chocolatine. Point barre. Et si un Parisien te reprend, tu le regardes avec ce calme olympien qui dit « t’as perdu une occasion de te taire, mon pauvre ». (Mais tu ne dis rien. Tu es Lotois, pas impoli.)
2 – Un « pastis » pour toi, c’est un gâteau aux pommes arrosé d’eau-de-vie, pas la boisson anisée
Et chaque fois qu’un touriste commande un pastis au bar et qu’on lui sert un Ricard, tu as ce petit sourire en coin. Toi, le vrai pastis, c’est celui de ta grand-mère, pâte fine, pommes caramélisées, le parfum qui embaume toute la cuisine le dimanche matin. Le pastis marseillais ? Une usurpation d’identité.
3 – Le vin de Cahors, pour toi, c’est du « vin noir » — et tu expliques à tous tes invités que c’est le malbec, le vrai, l’original
Tu ne rates jamais l’occasion de rappeler que le malbec est né ici, dans les vignobles en terrasses le long du Lot, avant d’aller faire carrière en Argentine. « Le vin noir » — c’est comme ça qu’on l’appelle ici depuis des siècles, et tu prononces ces deux mots avec un respect quasi religieux. (Et tu ressers un verre, évidemment.)
4 – Tu sais faire la différence entre un cabécou, un Rocamadour AOP et un « petit chèvre » de supermarché
Les yeux fermés. Au nez, à la texture, à la croûte. Le Rocamadour c’est une appellation, le cabécou un petit chèvre du Quercy tout court, et celui du supermarché, tu n’en parles même pas. C’est comme comparer une 2CV et une Ferrari, sauf que la Ferrari c’est le fromage de chèvre lotois.
5 – Le foie gras et l’agneau du Quercy sont une religion, pas un plat de fête
Noël, Pâques, le baptême du petit, le match de rugby, un dimanche quelconque — le foie gras et l’agneau sont là. Toujours. Tu ne te demandes pas « pourquoi », c’est comme demander pourquoi il y a de l’oxygène dans l’air. Ça fait partie du paysage gastronomique, un point c’est tout.
6 – Tu dis « Boudu que calou aujourd’hui ! » en t’épongeant le front — et tout le monde comprend
« Boudu » c’est « Bon Dieu » en occitan quercynois, « calou » c’est la chaleur. Littéralement : « Bon Dieu qu’il fait chaud ». Et quand il fait vraiment chaud, tu lâches un « Miladiou que calou ! » qui est le niveau au-dessus. Inutile de préciser la météo, l’expression fait tout le travail.
7 – « Marcel, il tape dur aujourd’hui » n’a rien à voir avec un voisin violent — c’est le soleil
Marcel, c’est le nom qu’on donne au soleil dans le Lot. Pourquoi Marcel ? Aucune idée, et tu te poses même pas la question depuis l’enfance. « Fais gaffe, Marcel il tape » veut dire « mets de la crème solaire et un chapeau ». C’est tout. (Et ça n’a jamais empêché personne de rentrer rouge écrevisse après une journée au causse.)
8 – Tu sais que le causse, l’hiver, ce n’est pas la même planète que Cahors
À Cahors, un petit 5 degrés, un léger crachin. Sur le causse, à vingt minutes en voiture, moins trois avec un vent qui te cisaille le visage et une couche de givre sur les pierres blanches. Tu le sais, tu t’adaptes, tu ne t’étonnes plus. Les touristes, eux, arrivent en tongs au mois d’avril et se demandent pourquoi ils crèvent de froid.
9 – Tu dis « Adiou ! » pour dire bonjour ET au revoir — et les non-Lotois sont perdus
« Adiou ! » en arrivant. « Adiou ! » en partant. Même mot, même sourire, même économie de moyens. Les Parisiens cherchent un sens caché, une nuance. Il n’y en a pas. C’est l’au-revoir-ET-le-bonjour occitan, pragmatique et chaleureux. (Et si tu veux vraiment les perdre, tu lâches un « Adiou l’ami, adiou ! ».)
10 – « Miladiou ! » est ton juron par défaut — quelle que soit l’émotion
La surprise, la colère, l’admiration, la fatigue, l’enthousiasme : tout se résume à « Miladiou ! ». Avec l’intonation, ça suffit. Les jurons du Lot ne sont pas nombreux mais ils sont efficaces. « Miladiou de Miladiou » quand c’est vraiment grave. T’as pas besoin d’en dire plus.
11 – « Qu’es aquò ? » sort de ta bouche naturellement, et tu ne sais même plus dire « qu’est-ce que c’est ? »
L’occitan s’incruste sans prévenir. « Qu’es aquò ? » quand tu ne reconnais pas un plat, un outil, une situation. C’est plus rapide, c’est plus musical, et ça te rappelle les expressions de tes grands-parents qui n’ont jamais vraiment parlé français à la maison. (Et tu ne fais aucun effort pour t’en défaire, d’ailleurs.)
12 – « Y’a pas un pélo » signifie « il n’y a personne » — et tu oublies que le reste de la France ne sait pas ce qu’est un pélo
Un pélo, c’est un type, un gars. « Y’a pas un pélo dans les rues ce soir. » Tu dis ça à Lyon ou à Bordeaux, on te regarde avec des yeux ronds. Et le pire, c’est que tu ne comprends pas pourquoi ils ne comprennent pas. Pour toi, « pélo » c’est du français standard.
13 – Tu demandes « une poche » à la caisse et tu es surpris quand on te tend autre chose qu’un sac plastique
Tu es dans un supermarché hors région, la caissière te demande si tu veux un sac, tu réponds « oui, une poche ». Blanc. Silence. Incompréhension. Et là tu réalises que tu es à 500 kilomètres du Lot et que « poche » pour « sac plastique » n’est pas une évidence nationale. Tu précises, un peu gêné, mais pas tant que ça.
14 – Tu termines tes phrases par « hein ? » et tu ne comprends pas pourquoi on te fait répéter
Pas un « hein ? » interrogatif hein. Un « hein » de ponctuation, qui ponctue la phrase comme un petit coup de coude verbal. « Il fait beau aujourd’hui, hein. » « On va au marché, hein. » C’est pas une question. C’est une affirmation. Et ça fait partie de ta ponctuation naturelle depuis toujours.
15 – Un « plâtras » pour toi, c’est une assiette tellement remplie que tu regrettes d’avoir dit oui au rab
Tu sais, cette assiette que ta tante te sert après que tu as déjà mangé deux parts. « Un petit plâtras, ça va bien descendre. » Ça descend peut-être, mais tu ne te relèves pas de table sans l’aide d’une grue. Le plâtras, c’est la générosité lotoise poussée à son maximum — et c’est un sport de l’accepter dignement.
16 – Tu expliques patiemment que le Lot c’est le département 46 et que NON, ce n’est pas le Lot-et-Garonne (47)
Ça t’est arrivé mille fois. « Ah, le Lot-et-Garonne ! » — « Non, le Lot. » — « C’est pareil, non ? » Et là, tu prends une grande inspiration et tu expliques calmement — en apparence — que non, ce n’est pas pareil, que le Lot c’est Cahors, le 46, le Quercy, et que le Lot-et-Garonne c’est Agen, le 47, et qu’il y a quand même cent kilomètres entre les deux. La personne fait « ah d’accord » et tu sais qu’elle retiendra pas. La prochaine fois, pareil.
17 – Tu sais faire la différence entre le Causse, la Bouriane, le Ségala, le Limargue et le Quercy Blanc — et tu sais exactement où tu habites dans ce millefeuille
Le Lot c’est pas un bloc uniforme, c’est un millefeuille géologique qui change de paysage, de climat et de caractère tous les quinze kilomètres. Le Causse tout en pierre blanche et en brebis, la Bouriane boisée aux châtaigniers, le Ségala au nord plus vert et plus froid, le Limargue en vallées fertiles, le Quercy Blanc tout en collines calcaires et en melons. Toi tu sais tout ça, et tu pourrais en parler pendant des heures. (Tu l’as d’ailleurs déjà fait.)
18 – Tu vis dans un département où il y a plus de brebis que d’habitants — et ça te va très bien
174 000 habitants, et probablement le double en brebis sur les causses. La densité, c’est 34 habitants au kilomètre carré. Les brebis, elles, ne comptent pas dans les statistiques, mais elles sont chez elles. Et toi, tu aimes ce silence, ces grands espaces vides où le seul bruit c’est le vent dans les pierres et les clochettes au loin.
19 – « Avoir la cagne » est une excuse officielle et parfaitement recevable pour ne rien faire
La cagne, c’est la flemme. Mais pas la flemme ordinaire, non : la flemme lotoise, celle qui te prend par 35 degrés sur un causse en plein mois d’août, quand Marcel tape dur et que le simple fait de bouger un orteil est une victoire. Tu dis « j’ai la cagne » et personne n’ose te juger. Parce que tout le monde a la cagne. C’est culturel.
20 – Tu ne « fais » pas la fête, tu « bringues » — et ça peut durer jusqu’au bout de la nuit
« Bringuer », c’est le verbe officiel. « On bringue ce soir chez les Martin ? » La bringue peut commencer à l’apéro et finir au petit-déjeuner, après avoir passé par un repas de quinze plats, une tournée de pastis (le gâteau) et une partie de belote qui s’éternise. Et le lendemain, tu as la cagne. Cycle complet.
21 – Tu sais ce qu’est une gariotte — et tu en as déjà visité au moins cinq
Les gariottes — ou cazelles selon les coins — ces petites cabanes en pierre sèche plantées au milieu des causses. Construites par les bergers pour s’abriter, parfois avec une voûte en encorbellement qui tient sans ciment depuis deux siècles. Toi tu les connais toutes dans ton secteur, tu pourrais guider une randonnée gariottes les yeux fermés, et tu t’arrêtes toujours devant en te demandant « comment ils faisaient ça sans un plan, sans un architecte, juste avec leurs mains ? » (Et ça te rend fier, hein.)
22 – Tu connais « Lot Angeles », « West Causse » et tu dis « Amour, gloire et cabécou » au moins une fois par mois
Les jeux de mots de la marque « Sacré Lotois » sont entrés dans ton vocabulaire. Lot Angeles c’est Cahors sous le soleil, West Causse c’est le causse version western. Et « Amour, gloire et cabécou » — tu le dis avec le même sérieux que si tu citais du Baudelaire. Parce que pour toi, c’est du même niveau. Et tu n’as pas tort.
Et toi, c’est quoi ton truc de Lotois que j’ai oublié ? Balance en commentaire. Sérieux, je sais qu’il y en a d’autres — le marché de Cahors le samedi, les Montgolfiades de Rocamadour, le derby Cahors-Figeac… Dis-moi.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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