Les premiers Italiens ressemblaient à ça (la science va te surprendre)

La première fois que j’ai mis les pieds en Italie, j’avais 16 ans. C’était à Rome, un voyage scolaire, et je me souviens d’un truc qui m’a frappé : ces gens-là savent d’où ils viennent. Pas juste fiers d’être Italiens. Fiers de leur quartier, leur région, leur sauce tomate, leur grand-mère. Les Italiens que je côtoyais à Montréal, à Marseille, dans le Vaucluse, même chose. Une espèce de certitude tranquille sur leurs racines. Mais voilà le problème : est-ce que tu sais vraiment à quoi ressemblaient les TOUT premiers Italiens ? Pas ceux de l’Empire romain. Pas ceux de la Renaissance. Ceux d’avant tout ça, quand la péninsule était un territoire de chasseurs-cueilleurs qui n’avaient jamais vu un champ de blé de leur vie. La science a répondu à cette question récemment, et crois-moi, la réponse va en surprendre plus d’un.

Et si tu veux porter tes racines italiennes sur toi, les vraies, avec tout ce mille-feuille d’histoire qu’on va explorer, va voir la collection Ici & Là Italia. T-shirts, hoodies, affiches. C’est du solide.

Les tout premiers Italiens avaient la peau foncée

Je sais, dans les films, dans les fresques, dans notre imaginaire collectif, on se représente les Européens préhistoriques avec la peau pâle. C’est complètement anachronique. Les chasseurs-cueilleurs qui peuplaient l’Europe de l’Ouest au Mésolithique, grosso modo entre 15 000 et 5 000 ans avant notre ère, donc y compris la péninsule italienne, n’avaient pas encore les gènes de la peau claire. Leur pigmentation était foncée. Très foncée.

C’est pas une exception. C’est l’état ancestral de l’humanité. Les premiers Homo sapiens qui sont sortis d’Afrique avaient la peau foncée, et ce trait est resté dominant pendant des dizaines de milliers d’années en Europe. (D’ailleurs, la prochaine fois que tu vois une reconstitution de Cro-Magnon avec la peau de lait, regarde-la de travers.)

On a des indices concrets. À La Braña, dans le nord de l’Espagne, les archéologues ont exhumé un chasseur-cueilleur mésolithique d’environ 7 000 ans avant notre ère. Son ADN, analysé en 2014 par l’équipe de Carles Lalueza-Fox, montre qu’il portait les versions ancestrales des gènes SLC45A2 et SLC24A5, autrement dit les variants africains, ceux qui produisent une peau sombre. Et La Braña, c’est juste de l’autre côté de la Méditerranée. Ses contemporains italiens avaient le même profil génétique.

Un autre cas célèbre : Cheddar Man, en Angleterre, environ 10 000 ans avant notre ère. L’équipe du Natural History Museum de Londres et de l’University College London a conclu que sa peau était « dark to black », cheveux noirs frisés. Lui aussi, un chasseur-cueilleur de l’Ouest, la même population que ceux qui parcouraient les Abruzzes, la Toscane, les Pouilles à la même époque.

Et cette peau foncée, c’est quoi exactement ?

Attention, c’est important : on parle de génétique, pas de catégories raciales modernes. Les mots comptent ici. Les chasseurs-cueilleurs mésolithiques italiens portaient les allèles ancestraux de la pigmentation. C’est-à-dire que les mutations qui, plus tard, produiront la peau claire chez les Européens modernes, les variants SLC24A5 et SLC45A2, n’étaient tout simplement pas encore apparues dans leur population. Ou, si elles existaient de manière sporadique, elles n’avaient pas été sélectionnées.

La peau foncée, c’est le réglage d’usine de notre espèce. (Un peu comme les yeux marrons, tiens, c’est le réglage de base, les yeux clairs sont une innovation récente.) La dépigmentation, c’est une adaptation ultérieure, apparue progressivement quand les humains ont eu besoin de synthétiser plus de vitamine D sous des latitudes moins ensoleillées. Les analyses génétiques le montrent : les prédictions phénotypiques, basées sur le système HIrisPlex-S, indiquent une pigmentation foncée à noire pour ces chasseurs-cueilleurs. Le conditionnel est de rigueur, parce qu’on ne peut pas être certain à 100 % de la teinte exacte, mais les probabilités penchent très, très fort.

Quand la peau a-t-elle changé ?

C’est là que ça devient passionnant. La couleur de peau n’a pas basculé du jour au lendemain. C’est un processus en deux vagues, étalé sur des milliers d’années, que les généticiens appellent le modèle des « trois couches d’ascendance ».

Première vague : les agriculteurs anatoliens. Vers 8 000 ans avant notre ère, des populations venues d’Anatolie (la Turquie actuelle) débarquent en Europe. Ils amènent avec eux l’agriculture, la céramique, les villages sédentaires, et le variant SLC24A5, qui éclaircit la peau. Ces agriculteurs, les généticiens les appellent les EEF (Early European Farmers). Leur héritage est immense : les Italiens modernes partagent entre 70 et 90 % de leur ADN avec ces premiers paysans.

Deuxième vague : les pasteurs des steppes. Vers 4 500 ans avant notre ère, des nomades venus des plaines pontiques (l’Ukraine et la Russie actuelles) migrent massivement vers l’ouest. Ils amènent le variant SLC45A2, encore plus efficace pour éclaircir la peau, la domestication du cheval, et les langues indo-européennes. En Italie, leur empreinte génétique est plus légère que dans le nord de l’Europe, mais bien présente.

Bref, l’Italien d’aujourd’hui, c’est un mille-feuille qui commence avec une base de chasseurs-cueilleurs à peau foncée, une couche épaisse d’agriculteurs anatoliens, et une fine couche de cavaliers des steppes. (Si ta grand-mère te dit que ta famille est « purement italienne », techniquement, elle a pas tort. C’est juste que c’est trois couches de pureté différentes. ^^)

Et dans l’Antiquité, qui peuplait l’Italie ?

Alors là, accroche-toi. Parce que quand on parle d’« Italiens » dans l’Antiquité, on parle d’une mosaïque de peuples qui se partageaient la péninsule bien avant que Rome ne mette tout le monde d’accord par la force.

Au nord, les Ligures. Un peuple ancien, peut-être pré-indo-européen, installé entre les Alpes et la mer qui porte aujourd’hui leur nom. Leur fierté régionale est intacte : la focaccia, le pesto, les villages perchés de Ligurie, c’est leur héritage vivant.

Au centre, l’énigme : les Étrusques. Civilisation urbaine majeure, émergée en Toscane vers le IXe siècle avant notre ère, douze cités confédérées, une écriture propre, un art raffiné, et un mystère qui a tenu 2 500 ans : d’où venaient-ils ? Hérodote les disait venus de Lydie, en Anatolie. Et bien, la génétique a tranché en 2021. L’équipe de l’université de Tübingen a séquencé l’ADN d’individus étrusques sur une période de 2 000 ans, et le verdict est sans appel : les Étrusques ne venaient PAS d’Anatolie. Leur profil génétique est le même que celui de leurs voisins italiques, Latins compris. Descendants majoritaires des agriculteurs anatoliens du Néolithique, avec une composante steppique similaire. Langue et culture distinctes, mais gènes communs. (Hérodote s’est planté. Mais c’est pardonnable, il écrivait sans PCR.)

Au sud, la splendeur : la Grande-Grèce. À partir du VIIIe siècle avant notre ère, des colons grecs fondent des cités le long des côtes de Calabre, des Pouilles, de la Campanie et de la Sicile. Tarente, Syracuse, Cumes, Naples (qui s’appelait Néapolis, « ville nouvelle »). C’est là que Pythagore enseigne à Crotone, qu’Archimède invente ses machines à Syracuse, que les temples dorés de Paestum et d’Agrigente s’élèvent face à la mer. Le grec ancien, sous sa forme dialectale griko, est encore parlé dans quelques villages du Salento et de la Calabre. Deux mille cinq cents ans plus tard.

Et puis il y a les Italiques : Latins, Samnites, Ombriens, Osques, Sabins, la famille des peuples indo-européens qui donnera naissance à Rome et, à terme, au latin et à l’italien. Rome émerge du Latium au VIIIe siècle avant notre ère, et en quatre siècles, elle absorbe tout : Ligures, Étrusques, Grecs, Samnites. Au IIIe siècle avant notre ère, la péninsule est unifiée. La citoyenneté romaine est étendue à toute l’Italie après la guerre sociale, et les langues italiques anciennes s’effacent une à une. Sauf le latin, qui conquerra le monde.

Petit bonus sarde : la civilisation nuragique. De 1 800 à 300 avant notre ère, la Sardaigne a construit plus de 7 000 tours de pierre, les nuraghes. Une civilisation isolée, sophistiquée, sans équivalent en Europe, qui a résisté aux Phéniciens, à Carthage, puis à Rome. Les Sardes modernes en sont les héritiers génétiques directs.

Alors, fier de tes racines ?

Être Italien, c’est porter 10 000 ans d’histoire stratifiée. Des chasseurs-cueilleurs à peau foncée du Mésolithique jusqu’à l’Empire romain, en passant par les paysans anatoliens, les cavaliers des steppes, les Ligures, les Étrusques, les Grecs de Grande-Grèce, les Latins, les Nuragiques de Sardaigne. Chaque couche a laissé son empreinte dans les gènes. Et l’Italien moderne, le Toscan, le Milanais, le Napolitain, le Sicilien, il les porte toutes.

Alors la prochaine fois que tu mords dans un morceau de focaccia ligure, que tu marches dans les rues de Naples (Néapolis, rappelle-toi), que tu contemples un temple grec doré à Paestum, ou que tu vois le mot populus résonner dans ta langue italienne, souviens-toi : tout ça, c’est toi. Même le chasseur-cueilleur à peau foncée qui parcourait les Apennins il y a 12 000 ans. Il est dans ton ADN.

Alors, tu pensais que les premiers Italiens ressemblaient à quoi ? Dis-le en commentaire, je suis curieux. Et si cet article t’a parlé, partage-le. Les racines, ça se transmet.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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