12 faits saisissants sur le Gers

Le Gers, moi, j’ai toujours trouvé que c’était le genre de département qu’on traverse en se disant « c’est joli, c’est calme », et puis on repart. Erreur de débutant. Parce qu’à creuser un peu, cette terre gasconne cache un paquet d’histoires qu’on ne raconte jamais à l’apéro : un mousquetaire bien réel, la plus vieille eau-de-vie du pays, et un nom qui descend peut-être du basque.

J’ai donc réuni douze faits vérifiés et sourcés, ceux qui m’ont le plus fait écarquiller les yeux. Si tu es gersois, prépare-toi à en remontrer à la famille. Si tu ne l’es pas, tu vas peut-être comprendre pourquoi on s’attache à cette terre-là.

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1 – Auch doit son nom à un peuple proto-basque

Tu connais forcément Auch, la préfecture du Gers. Ce que tu ignores peut-être, c’est que son nom raconte une histoire vieille de plus de deux mille ans. Avant les Romains, la ville s’appelait Elimberri, un nom basco-aquitain qui veut dire « ville neuve » (ili « ville » et berri « neuve »). Au Ier siècle, Rome en fait la capitale des Ausques, un peuple aquitain de langue proto-basque que César lui-même distinguait des Gaulois, et la rebaptise Augusta Auscorum, « la ville Auguste des Ausques ». C’est ce nom d’Ausques, devenu Aush en gascon, qui a donné « Auch ». Et cerise sur le gâteau : certains linguistes rapprochent le radical ausc- du mot euskara, qui désigne la langue basque en basque. (Bon, les historiens nuancent : ça reste une hypothèse, pas une certitude. Mais avoue que ça claque.)

2 – d’Artagnan a vraiment existé, et il est né dans le Gers

Le plus célèbre des mousquetaires n’est pas qu’un personnage de roman. Charles de Batz de Castelmore, dit d’Artagnan, est né entre 1611 et 1615 au château de Castelmore, à Lupiac, dans le Gers actuel, et il est mort le 25 juin 1673 au siège de Maastricht, pendant la guerre de Hollande. Alexandre Dumas s’est servi de ses mémoires, apocryphes, rédigées par Gatien de Courtilz de Sandras, pour inventer son héros gascon des Trois Mousquetaires, en 1844. Aujourd’hui, une « Route européenne d’Artagnan » relie Lupiac à Maastricht, les lieux de naissance et de mort du vrai d’Artagnan, et le village lui a élevé une statue équestre en bronze, unique en son genre. (Un vrai Gascon, pas une légende. Ça, on ne me l’enlèvera pas.)

3 – Le Gers distille la plus vieille eau-de-vie de France

L’armagnac est la plus vieille eau-de-vie de France, et sa première trace écrite remonte à 1310. Un moine, Vital du Four, alors prieur à Eauze et à Saint-Mont, consacre un traité de médecine aux quarante vertus de cette eau-de-vie, utilisée à l’époque comme remède d’apothicaire : on en imbibait les linges, on en oignait les membres paralysés. En 2010, la filière a fêté les 700 ans de ce traité, pris comme acte fondateur de l’eau-de-vie d’Armagnac. Et le Gers n’est pas qu’un figurant : à lui seul, il assure 91 % de la production française d’armagnac, avec Eauze et Condom pour capitales historiques. (Le cognac, lui, n’apparaîtra que plus tard. Ne me remercie pas.)

4 – Le Gers a perdu 40 % de ses habitants depuis 1846

Difficile à croire, mais le département est plus vide aujourd’hui qu’il y a presque deux siècles. En 1846, le Gers comptait 314 885 habitants, son record absolu. En 2023, il n’en reste que 192 645, soit une chute de près de 40 %, alors que la France a, elle, presque doublé sa population sur la même période. C’est l’exode rural qui a vidé les campagnes gasconnes au profit des villes, et ça se lit encore dans le paysage : avec 31 habitants au kilomètre carré, le Gers est l’un des départements les moins densément peuplés de France métropolitaine. (Et franchement, une partie de moi trouve que c’est un peu ça, le charme de la Gascogne.)

5 – Un département sans autoroute, sans train électrique, sans aéroport

Voilà un fait qui étonne toujours : le Gers ne possède ni autoroute, ni voie ferrée électrifiée, ni aéroport desservi par des lignes régulières. Pour un département français, c’est rarissime. La seule route rapide à deux fois deux voies, la N 124, et l’unique ligne ferroviaire du département relient toutes deux Auch à Toulouse, qui joue le rôle de grand pôle d’attraction. Autrement dit, quand tu es gersois, tu passes presque toujours par Toulouse pour prendre l’avion ou le TGV. Un isolement qui a longtemps freiné le développement, mais qui participe aussi au charme préservé de la Gascogne. (Ceci étant dit, si tu cherches le calme absolu, tu as trouvé.)

6 – Le pop-corn européen pousse à Bézéril

Ton paquet de pop-corn a de bonnes chances de venir d’un petit village du Gers. Nataïs, installé à Bézéril, est tout simplement le leader européen du pop-corn. L’entreprise transforme du maïs à pop-corn cultivé localement et l’exporte partout en Europe, alors qu’elle est née d’une exploitation familiale gersoise. C’est le genre de paradoxe qui fait la fierté du département : au milieu des coteaux de Gascogne, un champion industriel de l’agroalimentaire discret, loin des métropoles. (Le Gers, producteur de foie gras, d’accord. Mais roi du pop-corn, je ne l’avais pas vu venir ^^.)

7 – Marciac, 1 200 habitants, capitale du jazz en été

Marciac est un village de 1 213 habitants. Et pourtant, chaque été depuis 1978, il accueille Jazz in Marciac, l’un des plus importants festivals de jazz d’Europe, avec des dizaines de milliers de spectateurs. Le contraste est vertigineux : sous un chapiteau géant de 5 000 à 6 000 places dressé au cœur du village, se sont produits les plus grands noms du jazz mondial. Tout est parti d’une poignée d’amateurs, à la suite d’un concert de Bill Coleman. Wynton Marsalis, trompettiste de légende, est l’ambassadeur attitré du festival et y revient à chaque édition depuis 1991, au point qu’une statue à son effigie orne le village. (Un bled de 1 213 âmes qui fait danser la moitié de l’Europe, il faut le faire.)

8 – Avant de s’appeler Gers, le département s’appelait Armagnac

Le Gers a failli ne jamais porter ce nom. Créé le 4 mars 1790, en pleine Révolution, le département s’est d’abord appelé « département d’Armagnac », du nom du terroir aux limites à peu près équivalentes. C’est ensuite la rivière Gers, affluent de la Garonne, qui a fini par lui donner son nom définitif. Autre curiosité : en 1808, le département a été amputé de son canton de Lavit, au nord-est, pour permettre la création du Tarn-et-Garonne voisin. Le Gers, découpé dans l’ancienne province de Gascogne, n’a donc pas toujours eu ses frontières actuelles. (On est passé à deux doigts d’être les Armagnacais, mine de rien.)

9 – Gascon et basque sont étymologiquement cousins

Tu entends « Gascogne » et tu ne penses pas forcément au Pays basque. Erreur : les mots « gascon » et « basque » ont exactement la même origine, l’ethnonyme vascon, prononcé à l’époque /uaskon/. L’initiale a évolué différemment selon les régions, donnant « basque » d’un côté et « gascon » de l’autre. La Gascogne tire même son nom de la Vasconie, et le gascon, variété de l’occitan parlée entre Garonne et Pyrénées, garde la trace de ce passé : son substrat aquitain, une langue proto-basque, explique ses particularités par rapport au reste de l’occitan. Aujourd’hui, le gascon est classé « langue en danger » sur l’atlas de l’UNESCO, mais il reste parlé, notamment sous sa forme aranaise, reconnue officiellement dans le Val d’Aran, en Catalogne espagnole. (Comme quoi, le cousinage ne s’arrête jamais à la frontière.)

10 – Un astéroïde porte le nom de Fleurance

Fleurance n’est pas qu’une bastide du Gers : c’est aussi un nom qui voyage dans l’espace. La ville accueille chaque année, la première semaine d’août, le festival d’astronomie de Fleurance, considéré comme le plus important de France dans ce domaine, avec plus d’un millier de participants. Et le 4 août 2017, l’astéroïde (349606) Fleurance, découvert en 2008 par l’astronome suisse Michel Ory, a été officiellement nommé en l’honneur de la ville. Résultat : Fleurance est devenue la deuxième ville d’Occitanie à inscrire son nom dans l’espace, après Toulouse, qui l’avait fait dès 1874 avec l’astéroïde (138) Toulouse. (Un jour, on regardera le ciel et on se dira « tiens, Fleurance ». Si ça c’est pas une belle idée.)

11 – Le Gers nourrit le monde en foie gras

Le foie gras, c’est un peu le carburant du Gers. Le département assure 11 % de la production française, ce qui le place au quatrième rang national, derrière les Landes (24 %), les Pyrénées-Atlantiques (15 %) et la Vendée (13 %). Et ça, dans un pays qui produit à lui seul près des trois quarts du foie gras mondial, 19 992 tonnes sur 27 116 en 2011. L’économie locale en porte la marque : on y élève des canards gras nourris au maïs du département, transformés en foie gras, confit ou cous farcis, dans des fermes comme dans des usines telles que Comtesse du Barry ou Ducs de Gascogne. La tradition des « marchés au gras », où l’on vend le foie frais, y est encore bien vivante. (Et là, je ne suis pas un fin connaisseur, mais j’avoue que ça donne faim.)

12 – Prononce-t-on « Gers » ou « Gerss » ?

Même prononcer le nom du département peut déclencher une dispute. La question du « s » final du mot Gers est, selon l’écrivain Renaud Camus, « un sujet qui fâche ». Les Gersois, eux, prononcent le « s » : « Gerss ». Mais en langue cultivée, les puristes recommandent de ne pas le prononcer, « Gers » tout court, comme le préconisent des phonéticiens tels que Pierre Fouché ou Jean-Marie Pierret. Dès 1912, un manuel d’art oratoire tranchait : « Mais S sonne dans Anvers et Gers. Lisez : Anverss et Gerss. » Autrement dit, la prononciation correcte dépend de qui tu demandes, et elle trahit immédiatement si tu es du coin. (Moi, j’évite soigneusement le sujet, ça m’évite les ennuis ^^.)

Alors, t’en connaissais combien, sur ces douze-là ? Le d’Artagnan bien réel, le pop-corn qui pousse à Bézéril, ou ce fameux « s » qu’on prononce ou pas ? Balance-le en commentaire, et si tu en as d’autres, on complète la liste ensemble. Les Gersois ont toujours une anecdote de plus à raconter, c’est bien ça le problème ^^.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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