L’histoire de l’Ardèche pour les cancres : 12 dates pour tout retenir

Je te le dis tout de suite : au lycée, l’histoire régionale, c’était mon créneau sieste officiel (désolé monsieur Berthier, où que vous soyez). Sociologue de formation, j’ai quand même fini par retourner dans les livres pour cet article, et l’Ardèche m’a surpris plus d’une fois : des huguenots qui tiennent tête à Richelieu, un maquis qui paie cher sa résistance, et un département qui a fini par perdre jusqu’à son dernier train de voyageurs. Voici les 12 dates à retenir pour ne plus jamais avoir l’air perdu à un repas de famille ardéchoise.

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1 – Environ 150 000 ans avant notre ère : les premiers Ardéchois s’installent à Soyons

L’installation humaine dans le département remonte à environ 150 000 ans, avec les grottes moustériennes de Soyons, dans la vallée du Rhône. Des hommes de Néandertal y ont laissé des restes et des traces d’activité, aux côtés d’ours des cavernes, d’hyènes et de lions des cavernes qui se disputaient les mêmes abris. Plus au sud, le département conserve aussi la grotte Chauvet, mondialement connue pour son art pariétal, dont l’âge exact fait encore l’objet de débats entre spécialistes, alors je ne te donnerai pas de chiffre inventé. Autant dire que l’Ardèche fait partie des terres les plus anciennement habitées de France, bien avant qu’on invente le mot « Ardéchois ».

2 – Antiquité : les Helviens bâtissent Alba face aux Allobroges

Durant l’Antiquité, le sud du territoire est occupé par le peuple gaulois des Helviens, tandis que les Segovellaunes tiennent les Boutières et que les Allobroges contrôlent le nord, au-delà du Doux. Rome fonde la cité d’Alba, qui devient la capitale des Helviens et où ceux-ci commercent avec les Grecs et les marchands d’Orient. Selon les sources locales sur le site archéologique, la ville connaît son apogée au 2e siècle, avec un théâtre pouvant accueillir jusqu’à 3 000 spectateurs. Alba finit par être désertée pendant les invasions, et l’évêque local s’installe alors au bord du Rhône, sur un site qui prendra le nom de Viviers.

3 – 843 : le Vivarais bascule du mauvais côté du partage de l’empire

Le traité de Verdun, signé en août 843, partage l’empire de Charlemagne entre ses trois petits-fils. Le Vivarais, comme le Lyonnais et le Viennois, échappe à la part de Charles le Chauve (la Francie occidentale, future France) pour tomber dans celle de Lothaire Ier, la Francia Media. Cette Francia Media n’a rien à voir avec la future Lotharingie de Lorraine, mais elle place durablement le Vivarais sous une autorité distincte du royaume de France. C’est le point de départ d’un statut à part que le territoire va traîner pendant près de cinq siècles.

4 – 1308 : le Vivarais devient officiellement français

Après le Saint-Empire romain germanique en 1032, puis les royaumes de Provence et de Bourgogne, le Vivarais rejoint enfin la couronne de France par une charte signée le 2 janvier 1308. L’évêque de Viviers, Aldebert de Peyre, reconnaît en deux étapes (1305 puis 1308) la souveraineté du roi capétien Philippe le Bel sur son diocèse, sans toutefois lui céder ses droits de propriété ni de juridiction. À partir de cette date, la fleur de lys remplace symboliquement l’aigle germanique sur le territoire. Sept siècles plus tard, on continue de commémorer ce moment comme celui où le Vivarais est devenu « français ».

5 – XVIe siècle : le Vivarais vire protestant

Une partie importante du Vivarais adopte la Réforme au XVIe siècle, avec des racines qui remontent selon les historiens locaux à 1528, quand un moine cordelier prêche déjà les thèses de Luther à Annonay. Le calvinisme s’impose ensuite plus fermement autour de 1560, en partie à cause de la proximité géographique avec Genève. Des églises réformées se constituent à Aubenas, Privas, Viviers ou Villeneuve-de-Berg, transformant la région en bastion huguenot du Midi. S’ensuit un siècle entier de guerres de religion, de répressions et de massacres, qui va durablement marquer l’identité du territoire.

6 – 1629 : Privas rasée par Richelieu et Louis XIII

Le siège de Privas, du 14 au 28 mai 1629, vise à écraser la dernière grande résistance huguenote du Midi après la chute de La Rochelle. Environ 3 000 protestants tentent de tenir face à une armée royale de 20 000 hommes, avec Louis XIII et Richelieu présents sur le terrain. La ville est presque entièrement détruite par le pillage et l’incendie, et une partie des défenseurs retranchés préfère se faire exploser plutôt que de se rendre. Privas est ensuite mise à l’interdit : impossible pour ses habitants d’y revenir sans autorisation royale. Difficile de trouver plus radical comme leçon d’histoire régionale.

7 – 4 mars 1790 : naissance du département, sous un nom qu’on a vite oublié

Le département est créé le 4 mars 1790, en application de la loi du 22 décembre 1789, à partir de la quasi-totalité de la province du Vivarais (moins Pradelles, plus l’Uzège et Les Vans). Son premier nom officiel, tu vas rire, c’est le « département des Sources de la Loire », en référence au Mont Gerbier-de-Jonc où naît le fleuve. Le nom définitif d’Ardèche, celui de la rivière qui traverse le territoire, n’arrive que deux jours plus tard. Bref, la vraie date de naissance du nom « Ardèche », c’est presque un détail administratif.

8 – 11 juillet 1792 : la bataille de Joyeuse écrase la révolte royaliste

La Révolution française est loin de faire l’unanimité en Vivarais, où des groupes contre-révolutionnaires se rassemblent à plusieurs reprises dans la plaine de Jalès entre 1790 et 1792. En juillet 1792, le comte de Saillans tente de déclencher une insurrection royaliste dans le Midi et s’empare du château de Banne. La riposte s’organise à Joyeuse, où le général d’Albignac rassemble des troupes du département et du Gard : le comte est vaincu le 11 juillet 1792, puis arrêté quelques jours plus tard alors qu’il tentait de fuir vers la Lozère. Entre 1791 et 1793, les sept districts du département fourniront au total sept bataillons de volontaires nationaux à la République.

9 – 18 juin 1815 : l’Ardèche paie pour Waterloo

Après la défaite de Napoléon à Waterloo le 18 juin 1815, les puissances coalisées occupent une partie du territoire français, réparti en zones confiées aux armées anglaise, prussienne, russe et autrichienne. L’Ardèche se retrouve occupée une seconde fois (une première occupation, plus brève, avait déjà eu lieu autour d’Annonay et de Tournon fin mars et avril 1814), cette fois par les troupes autrichiennes du baron de Frimont, de fin août à début novembre 1815. Une nuance à préciser : au niveau national, le régime d’occupation lié aux indemnités de guerre s’est parfois prolongé jusqu’en 1818, mais pour l’Ardèche spécifiquement, l’occupation militaire directe s’arrête bien à l’automne 1815.

10 – 1861 : la soie porte l’Ardèche à son sommet démographique

Le XIXe siècle voit le département se développer grâce à l’industrie de la soie et du papier, aux mines (notamment les hauts-fourneaux de La Voulte) et à l’arrivée du chemin de fer. L’Ardèche atteint son pic de population sous le Second Empire, avec 388 500 habitants au recensement de 1861, un sommet jamais retrouvé depuis. Le revers arrive vite : dès la fin du siècle, le vignoble du sud est ravagé par le phylloxéra, et l’exode rural s’installe plus tôt qu’ailleurs à cause du relief. En un siècle, l’Ardèche perdra plus de 140 000 habitants, pour tomber à 245 600 personnes au recensement de 1962, soit plus du tiers de sa population du XIXe siècle.

11 – Seconde Guerre mondiale : le maquis ardéchois paie le prix de la Résistance

Pendant l’Occupation, plusieurs résistants ardéchois prennent le maquis, ce qui entraîne son lot d’arrestations et d’exécutions, mais accélère aussi le départ des troupes nazies du territoire. Les archives de la Résistance en Ardèche situent une bonne partie de ces arrestations à l’été 1944, période où plusieurs réseaux locaux sont durement frappés. C’est un chapitre plus discret que d’autres maquis français plus médiatisés, mais tout aussi lourd de conséquences humaines pour les familles ardéchoises. La mémoire de ces événements reste aujourd’hui entretenue par les archives départementales et les associations locales de résistance et de déportation.

12 – Entre 1969 et 1982 : l’Ardèche devient le seul département sans gare de voyageurs

L’Ardèche disposait autrefois d’un maillage ferroviaire local dense, avec des gares dans la plupart des communes de plus de 2 000 habitants au début du XXe siècle. Entre 1969 et 1982, la grande majorité de ces lignes secondaires sont supprimées et les rails déposés, au fil des fermetures successives. La presse spécialisée précise même que le dernier train de voyageurs, sur la ligne Givors-Nîmes via Le Teil, s’est arrêté dès 1973. Résultat : l’Ardèche reste aujourd’hui le seul département français métropolitain sans aucune gare de voyageurs, seule la ligne de fret le long du Rhône ayant survécu.

Date bonus – 4 juin 1783 : Annonay envoie l’humanité vers le ciel

Cette date-là n’apparaît pas dans le grand récit historique du département, mais impossible de te faire un article sur l’Ardèche sans elle : ce serait presque une faute professionnelle. Le 4 juin 1783, place des Cordeliers à Annonay, les frères Joseph et Étienne Montgolfier font s’élever en public un ballon de toile et de papier gonflé à l’air chaud, sans personne à bord. L’engin serait monté à environ 1 000 mètres d’altitude avant de se poser une dizaine de minutes plus tard, à environ 2 kilomètres de son point de départ. La démonstration convainc les états particuliers du Vivarais, dont le rapport remonte jusqu’à l’Académie des sciences à Paris et lance l’aventure des vols habités qui suivra la même année. Bref, l’Ardèche a littéralement inventé le vol, et ce n’était même pas prévu au programme de cet article.

Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.

Sources consultées : la page Wikipedia consacrée à l’histoire de l’Ardèche, ainsi que plusieurs sources de contre-vérification (Larousse, archives et sites patrimoniaux locaux, presse spécialisée sur le rail) pour confirmer chacune des dates de cet article.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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