L’histoire de la Martinique pour les cancres : 12 dates pour tout retenir

Avoue, toi aussi tu as séché l’histoire en regardant par la fenêtre (moi, j’apprenais la Martinique sur le pouce, entre deux ti-punch et une partie de dominos). Résultat, on résume l’île au rhum, à la Pelée et aux plages, et on oublie qu’il y a eu des Amérindiens, des esclaves, des révoltes, des Anglais, et une vraie bataille pour devenir un morceau de la République. Voici douze dates, pas une de plus, pour tout retenir sans rouvrir un manuel scolaire.

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1 – 130 : les premiers Martiniquais viennent d’Amazonie

Les premiers habitants de l’île, ce sont des Arawaks remontés d’Amérique du Sud, une culture que les archéologues appellent saladoïde. Ils débarquent vers l’an 130 et s’installent surtout au pied de la montagne Pelée, sur le site de Vivé, au Lorrain. Ils fabriquent une céramique magnifiquement décorée, ils pêchent, ils cultivent. Pendant des siècles, la Martinique est à eux, sans dispute, sans frontière. (Et dire qu’on se croit arrivés les premiers parce qu’on a un billet Air France, pardi.)

295 : la montagne Pelée vide l’île d’un coup

Le volcan ne les a pas attendus pour se faire entendre. En 295, une éruption de la montagne Pelée décime les Arawaks ou les force à fuir. Les fouilles ont retrouvé une couche de cendres qui scelle littéralement leurs villages, comme une photo figée. Ils reviendront peupler l’île vers l’an 400, puis les Kalinago arriveront vers 600. Cette île a toujours vécu avec son volcan, c’est dans son ADN, et on va le retrouver en 1902, de façon bien plus tragique.

1502 : Colomb débarque et croit tomber sur l’île aux femmes

Le 15 juin 1502, Christophe Colomb accoste au Carbet, pendant son quatrième voyage. Les Amérindiens lui avaient raconté qu’une île était peuplée uniquement de femmes, qu’ils appelaient Matinino. Colomb la baptise donc « isla de las mujeres », l’île aux femmes. Le nom a ensuite glissé de Madinina à Martinique au fil des cartes et des siècles. (Précision utile : l’île n’a jamais été peuplée de femmes seulement, mais l’anecdote est trop belle pour être rangée au placard.)

1635 : d’Esnambuc plante la colonie française

En septembre 1635, Pierre Belain d’Esnambuc débarque à Saint-Pierre avec 150 colons venus de Saint-Christophe, pour le compte de la Compagnie des îles d’Amérique et sous la protection de Richelieu. Il fonde Saint-Pierre, première ville de l’île. C’est le vrai point de départ de la colonisation française. Les Kalinago, eux, occupent le territoire depuis des siècles, et la suite ne sera pas tendre pour eux : ils seront massacrés et chassés en 1658.

1685 : le Code noir encadre l’esclavage

En 1685, Louis XIV signe le Code noir, le cadre juridique de l’esclavage dans les colonies françaises. À cette époque, la Martinique est devenue une île à sucre, et le sucre ne se fait pas tout seul : il faut des bras, arrachés d’Afrique et déportés par milliers. Le Code noir limite le métissage et « règlemente » les châtiments, ce qui en dit long sur la réalité de l’époque. Ce texte va régir la vie des esclaves pendant plus d’un siècle et demi. (Je te laisse imaginer ce que « règlementer » la torture pouvait bien vouloir dire.)

1763 : la France garde le sucre et lâche le Canada

À l’issue de la guerre de Sept Ans, le traité de Paris de 1763 rend la Martinique à la France. Au moment de négocier, Paris doit trancher : garder ses îles à sucre ou le Canada. La métropole choisit le sucre, jugé plus rentable. Ça te dit tout du poids économique de la Martinique à l’époque, et du prix humain payé par ceux qui la faisaient tourner. (Voltaire a résumé ça d’une phrase cinglante, mais c’est une autre histoire.)

1794 : la liberté est votée, jamais appliquée

Le 4 février 1794, la Convention abolit l’esclavage dans toutes les colonies françaises. Sauf qu’à la Martinique, cette abolition ne s’appliquera jamais : les Britanniques débarquent le 6 février et prennent l’île. Les grands planteurs ont même signé avec eux pour échapper à la Révolution et bloquer l’abolition. Huit ans d’occupation anglaise, de 1794 à 1802, et l’esclavage continue comme avant, en toute tranquillité.

1802 : Napoléon rétablit l’esclavage

En 1802, la Martinique est rendue à la France par le traité d’Amiens. Et le 20 mai 1802, Napoléon rétablit officiellement l’esclavage par une loi. Ceux qui avaient cru toucher la liberté retombent sous le joug, et la répression s’installe. C’est le grand retour en arrière, assumé et méthodique. (La Guadeloupe, elle, a résisté avec Louis Delgrès, mais c’est une autre histoire, et elle finit mal aussi.)

1848 : la liberté arrachée le 22 mai

Le 27 avril 1848, le gouvernement provisoire signe le décret d’abolition de l’esclavage. Mais à la Martinique, la nouvelle tarde : les 22 et 23 mai, les esclaves de Saint-Pierre se soulèvent et forcent le gouverneur à signer l’abolition sur place, sous la pression. C’est pour ça que l’île commémore le 22 mai, et non une date décidée à Paris. (Ici, la liberté ne s’est pas reçue, elle s’est arrachée. C’est toute la différence.)

1902 : la Pelée efface Saint-Pierre en une minute

Le 8 mai 1902, la montagne Pelée explose. En quelques minutes, une nuée ardente rase Saint-Pierre, alors capitale économique et culturelle de l’île, surnommée le « petit Paris des Antilles ». Environ 30 000 morts, et un survivant resté célèbre dans toute la ville : Louis-Auguste Cyparis, un prisonnier protégé par les murs de son cachot. La Martinique perd sa capitale et ne s’en remettra jamais tout à fait. (Cyparis finira même engagé au cirque Barnum pour raconter son histoire, je te jure.)

1946 : Césaire fait entrer la Martinique dans la République

Le 19 mars 1946, la Martinique devient un département d’outre-mer. C’est le jeune député Aimé Césaire qui porte la loi de départementalisation, avec l’égalité des droits pour objectif. Il faut se souvenir du contexte : entre 1940 et 1943, l’île a vécu sous le régime dur de l’amiral Robert, fidèle à Vichy, une période que les Martiniquais appellent encore « an tan Robè ». La départementalisation, c’est la réponse de Césaire à ce passé, l’espoir de tourner la page. (L’égalité sociale complète, elle, attendra encore un demi-siècle.)

2016 : la Martinique devient une collectivité unique

Le 1er janvier 2016, la Martinique fusionne son conseil général et son conseil régional en une collectivité territoriale unique, approuvée par référendum en 2010. C’est un statut sur mesure, qui ne concerne que la Martinique et la Guyane. L’île gagne en autonomie de gestion tout en restant dans la République. Après quatre siècles de colonisation, d’esclavage puis d’assimilation, la Martinique continue d’écrire son histoire, à sa main. (Et en 2023, la montagne Pelée et ses forêts sont entrées au patrimoine mondial de l’Unesco. Le volcan qui a rasé Saint-Pierre devient un trésor de l’humanité, comme quoi.)

Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.

Sources : page Wikipedia « Histoire de la Martinique » et les pages de contre-vérification consacrées aux Arawaks et aux Kalinago, à l’éruption de la montagne Pelée, au Code noir, à l’abolition de l’esclavage, au rétablissement de 1802, à Aimé Césaire et à la départementalisation de 1946.

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