12 faits saisissants sur le Valais

Tu penses connaître le Valais ? Le Cervin sur les boîtes de chocolat, les vignes en terrasses, le fendant bien frais… Ouais, c’est mignon. Mais je te jure que ce canton a des cartes que personne ne te montre. Des trucs tellement gros que j’ai moi-même dû relire deux fois mes fiches de recherche pour être sûr que c’était pas une blague. Tiens, voilà 12 faits qui vont te faire regarder le Valais autrement — et peut-être te donner envie de le porter fièrement sur un tee-shirt.

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1 — Le Valais, c’est le toit de la Suisse (et personne n’y pense)

Quand on demande aux gens quel est le point le plus haut de Suisse, la plupart répondent le Cervin. Perdu. La Pointe Dufour, entièrement en territoire valaisan, culmine à 4 634 mètres. C’est le véritable sommet de la Confédération — et pourtant on l’oublie tout le temps au profit d’un pic photogénique qui, franchement, doit une fière chandelle à sa forme pyramidale. Le Valais, lui, n’a pas besoin d’en faire des caisses : il a 46 sommets de plus de 4 000 mètres sur son sol. Quarante-six. Laisse ça rentrer une seconde.

2 — Une abbaye qui n’a jamais éteint la lumière depuis 515

L’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune, fondée en l’an 515 par le roi burgonde saint Sigismond, est le plus ancien établissement monastique d’Occident chrétien toujours en activité. Tu lis bien : plus de 1 500 ans sans interruption. Pas une fermeture, pas un abandon, pas une parenthèse. Quand Clovis régnait sur les Francs, les moines de Saint-Maurice étaient déjà là à chanter. Ils pratiquaient même la laus perennis — la psalmodie perpétuelle : des chœurs qui se relayaient jour et nuit, 24 heures sur 24, pour qu’il y ait toujours quelqu’un en train de prier. Avoue que ça claque. (Je me demande ce qu’ils penseraient de nos réunions Zoom de 45 minutes où on se plaint d’être fatigués.)

3 — Quatre tribus celtes avant Rome, et des liens avec l’Italie du Nord

Bien avant les Romains, le Valais était divisé entre quatre tribus celtes : les Nantuates (vers Monthey), les Véragres (Martigny), les Sédunes (Sion) et les Ubères (les districts germanophones actuels). Le truc intéressant, c’est que ces tribus avaient plus d’échanges avec les Celtes d’Italie du Nord qu’avec les Helvètes du Plateau suisse. Une inscription découverte en 2003 au-dessus de Sion, écrite en alphabet de Lugano — l’alphabet des Celtes du bassin du Pô — confirme cette connexion transalpine que les historiens soupçonnaient depuis longtemps. Le Valais regardait vers le sud bien avant qu’on invente le tunnel du Gothard.

4 — On dit « en Valais », jamais « dans le Valais »

Petite bizarrerie grammaticale qui m’a fait sourire en préparant cet article : le nom « Valais » vient du latin Vallis Poenina (la vallée Pennine), et pourtant, ce toponyme masculin se comporte comme un nom féminin. On ne dit pas « au Valais » ni « dans le Valais ». On dit « en Valais », comme on dirait « en France » ou « en Bretagne ». Essaie de dire « je vais dans le Valais » devant un Valaisan, tu vas voir son œil se plisser. C’est un de ces détails linguistiques qui ne s’expliquent pas vraiment — ils se respectent, c’est tout.

5 — Jules César s’est cassé les dents en Valais

À l’automne 57 avant J.-C., Jules César envoie sa XIIᵉ légion occuper Martigny — qui s’appelait alors Octodure. Il pensait en faire une formalité administrative. Sauf que les tribus celtes locales n’avaient pas lu le mémo. La bataille d’Octodure tourne au vinaigre pour les Romains : les légionnaires, retranchés dans une partie du bourg, se font harceler par des combattants qui connaissent le terrain comme leur poche. Résultat : César ordonne le retrait. Il reviendra plus tard dominer la région, certes, mais ce jour-là, le Valais lui a montré que ce n’était pas une province qu’on prend en passant.

6 — Un canton officiellement bilingue, séparé par une rivière

Le Valais fait partie du club très fermé des cantons suisses officiellement bilingues français-allemand — ils ne sont que trois : Berne, Fribourg et le Valais. La frontière linguistique, c’est la Raspille, une petite rivière en amont de Sierre. À l’ouest, français et arpitan (le francoprovençal, une langue que même les linguistes regardent avec des yeux ronds). À l’est, le Walliserdeutsch, un dialecte germanique archaïque importé par les Walser venus de l’Oberland bernois au Moyen Âge. Tu passes un pont et tu changes de monde linguistique — sans douane, sans panneau, sans prévenir.

7 — L’évêque de Sion a fondé le Valais comme État… en 999

En l’an 999, le roi Rodolphe III de Bourgogne confie les droits comtaux sur le Valais à l’évêque de Sion. Ce n’est pas une anecdote administrative : c’est l’acte fondateur du Valais comme entité politique. L’évêque devient seigneur temporel — un prince qui gouverne à la fois les âmes et les terres. Dès 1189, il obtient même l’immédiateté impériale, ce qui signifie qu’il ne dépend plus que de l’empereur du Saint-Empire romain germanique. Le Valais a donc été un État gouverné par un évêque pendant des siècles. Essaie de caser ça à ton prochain apéro.

8 — Un lac souterrain naturel de 300 mètres, trouvé par hasard en 1943

Le lac souterrain de Saint-Léonard, entre Sion et Sierre, est le plus grand lac souterrain naturel d’Europe : 300 mètres de long, 20 mètres de large, une eau cristalline à température constante toute l’année. Il a été découvert en 1943 par… un tremblement de terre. Un séisme de magnitude 5,6 a ouvert une fissure dans la colline, et voilà que les habitants découvrent une immense caverne remplie d’eau sous leurs pieds. Depuis, on s’y promène en barque dans un silence quasi total — et je t’assure que c’est l’expérience la plus étrange que tu puisses vivre à 10°C en plein été valaisan.

9 — Une république fédérale en 1634, bien avant les Lumières

En 1634, le Valais devient la « République des Sept-Dizains ». L’évêque reste prince, d’accord, mais il devient électif, et la Diète — une assemblée des représentants des sept dizains (les districts de l’époque) — détient le pouvoir réel. Tu imagines : une république fédérale alpine, avec un évêque-prince élu, en pleine guerre de Trente Ans, alors que la France de Louis XIII est une monarchie absolue. Le Valais invente sa propre forme de gouvernance, à mi-chemin entre la théocratie et la démocratie directe, près de deux siècles avant les révolutions américaine et française. Respect.

10 — Le plus haut barrage-poids du monde, 285 mètres de béton

Sur la commune d’Hérémence, le barrage de la Grande-Dixence a été inauguré en 1961 et personne ne l’a détrôné depuis : 285 mètres de haut, c’est le plus haut barrage-poids de la planète. (Un barrage-poids, pour les non-ingénieurs parmi nous, c’est un mur tellement massif qu’il résiste à la pression de l’eau par son propre poids — pas besoin d’arc ni de contrefort.) Le Valais compte plus de 13 grands barrages et exporte une quantité massive d’électricité hydroélectrique. C’est un peu la batterie de la Suisse, coincée entre deux parois de montagne avec une vue à couper le souffle.

11 — Napoléon a fait du Valais un département français

De 1810 à 1813, le Valais n’était pas suisse : c’était le « département du Simplon », 130ᵉ département de l’Empire napoléonien. Napoléon avait besoin de contrôler le col du Simplon pour ses routes militaires vers l’Italie, alors il a purement et simplement annexé le canton. Avant ça, entre 1802 et 1810, le Valais avait été une éphémère « République rhodanienne », théoriquement indépendante mais en réalité protectorat français — avec un certain François-René de Chateaubriand comme représentant de l’empereur en 1804. Le Valais réintégrera la Confédération suisse comme 20ᵉ canton le 4 août 1815. Trois statuts en quinze ans : république, département, canton. Pas mal, non ?

12 — 680 glaciers, soit les deux tiers de toutes les glaces suisses

Je termine par un chiffre qui m’a scotché : le Valais abrite à lui seul 680 glaciers, représentant deux tiers de toutes les glaces suisses et un tiers des glaces de l’ensemble de la chaîne des Alpes. Le volume de glace est estimé à 52 milliards de mètres cubes. Parmi eux, le glacier d’Aletsch, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est le plus long glacier d’Europe avec environ 24 kilomètres — et par endroits, la glace atteint 900 mètres d’épaisseur. Neuf cents mètres. C’est plus haut que la tour Burj Khalifa de Dubaï (828 m), mais en glace. Posée là depuis des millénaires. Le Valais, c’est un congélateur géant à ciel ouvert — et un trésor qui fond un peu plus chaque année.

Alors, tu savais tout ça ? Moi, j’avoue que le coup de Chateaubriand ministre de Napoléon en Valais, je l’ai découvert en écrivant cet article et j’ai ri tout seul pendant trente secondes. Si t’es Valaisan ou Valaisanne et que t’as un fait encore plus dingue à partager, balance-le dans les commentaires — je suis preneur. Et si t’as envie de porter ta région avec un minimum de style, va jeter un œil à la collection Valais et Valaisans. Parce que franchement, après ces 12 faits, tu peux plus dire que le Valais est un canton comme les autres.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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