Tu sais que tu es Provençal quand… | 23 signes

L’autre jour, je suis chez des amis à Montréal — des Normands, très gentils d’ailleurs — et au bout de dix minutes de conversation, la fille me sort : « Vincent, t’as un accent de fou, c’est trop mignon. » Je sais pas si je dois dire merci ou m’excuser, pardi.

Parce que oui, être Provençal, c’est pas juste vivre sous le cagnard. C’est un truc qui te colle à la peau même quand t’as traversé l’Atlantique. Bouffe, langue, météo, caractère — un peu de tout. J’ai fouillé les vieux blogs, les forums, les commentaires Facebook, et j’ai compilé ce qui revient le plus. Le vrai Provençal, celui du village, pas celui de la carte postale.

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Allez, on y va. Tu sais que tu es Provençal quand :

1 — Gastronomie : l’huile d’olive, le pastaga et l’apéro comme mode de vie

1. Tu mets de l’huile d’olive partout dans tes plats. Et je dis bien PARTOUT. Dans les pâtes, sur la salade, sur le poisson, dans la ratatouille, et même sur une tranche de pain grillé avec rien d’autre. Les beurriers, chez nous, c’est pour les estrangers (tiens, on y reviendra).

2. Tu as forcément bu du pastaga, et ça depuis ton plus jeune âge. La première fois que t’as goûté le Ricard, c’était probablement dans un fond de verre que ton père t’avait laissé « pour le sucre ». Et maintenant, le bruit des glaçons dans le verre à 18h, c’est la madeleine de Proust version Marseille. Quand t’es en terrasse ailleurs et qu’ils te servent ça avec de l’eau minérale et une rondelle de citron, tu ris — jaune.

3. Tu manges fréquemment de la bouillabaisse. Et tu dis que tu es « cané » après 1h de travail. La bouillabaisse, c’est pas qu’un plat : c’est un test. Si quelqu’un te dit qu’il a mangé « une bonne bouillabaisse » à Paris, tu le regardes comme s’il t’annonçait que le mistral n’existe pas. Accessoirement, « cané », c’est fatigué, épuisé. Et ça me rappelle que mon grand-père le sortait systématiquement dès 10h du matin.

4. L’apéro est pour toi bien plus qu’une tradition, c’est un mode de vie. Tu sais que l’été entre 11h et 16h c’est pas possible de faire autre chose que la sieste, hormis finir l’apéro. Et le soir, l’apéro commence vers 18h et peut tranquillement déborder sur le repas. D’ailleurs c’est rare qu’il le précède vraiment — souvent il le remplace. Pastis, rosé bien frais, olives, tapenade, saucisson, et on attaque les vraies discussions.

2 — Langue : putain, peuchère et le S qui se prononce

5. Tu dis « putain » au moins vingt fois dans la journée. Et c’est pas un gros mot. C’est un mot-outil. Ça exprime la joie (« putain t’as vu ce but ! »), la surprise (« putain il pleut ? »), l’agacement (« putain de mistral ») et la tendresse (« putain qu’il est beau mon pitchoun »). Si tu supprimes « putain » du vocabulaire provençal, les conversations perdent 30 % de leur volume.

6. Tu dis « fada » au lieu de « un fou », « s’empéguer » au lieu de « se saouler », et « peuchère » à tout bout de champ. Et t’as pas besoin de traduction. « Fada », c’est affectueux la plupart du temps — sauf quand c’est pas affectueux, et là tu le sais au ton. « S’empéguer » c’est le samedi soir. « Peuchère », c’est la compassion, mais la vraie, pas la pitié parisienne. Et puis « couillon », chez nous, c’est pas une insulte : c’est presque un prénom.

7. Tu sais que « dégun » c’est pas une personne. Parce que « dégun », ça veut dire personne. Justement. Quand t’entends « y’a dégun à la plage », tu comprends que c’est le moment parfait. Quand un Parisien te sort « Degun ? C’est qui ? » tu souris en coin et tu réponds pas. C’est plus drôle.

8. Les gens te disent « arrête de crier » mais tu cries pas, tu parles juste. Et c’est pas toi qui parles fort, c’est eux qui parlent bas, fada ! Le volume sonore provençal est parfaitement calibré pour animer un marché aux poissons ou une discussion de comptoir. Tu viens pas du Sud si t’as jamais eu quelqu’un qui te fait « chuut » en terrasse. (Et toi, tu réponds « mais je chante pas, je parle normal »).

9. Tu roumègues tout le temps. Rouméguer, c’est râler, grommeler, maugréer. La météo, les touristes, les prix, le mistral, l’OM, les impôts — t’as toujours un sujet de rouméguade. Et si jamais t’en as pas, t’en inventes un. Rouméguer, c’est le sport national après la pétanque.

3 — Météo : le cagnard, le mistral, et 16 °C c’est le pôle Nord

10. Ça t’emmerde s’il pleut deux jours d’affilée. Deux jours. Pas deux semaines. Deux jours suffisent à créer un sentiment d’injustice cosmique. Le ciel est censé être bleu, point. Quand tes amis du Nord te disent « il pleut chez nous » et que toi tu réponds « nous la dernière fois qu’il a plu c’était… je sais plus », tu te rends compte que t’es vraiment du mauvais côté de la barrière climatique.

11. Pour toi 16 °C c’est froid, et l’eau à 26 pareil. En dessous de 20 °C, tu mets un pull. En dessous de 15, une doudoune. Et si un jour quelqu’un te dit « l’eau est bonne » alors qu’elle est à 22, tu sais que c’est un menteur ou un Breton. Toi, en Méditerranée, si l’eau descend sous les 24, tu fais la tête et tu te contentes du transat.

12. Tu dis « putain de mistral » quand le vent se lève. Et tu le dis souvent, parce que le mistral, il souffle 120 jours par an. Il rend fou, il énerve, il file des migraines — mais tu lui trouves une qualité : il dégage le ciel. C’est grâce à lui que la lumière est si belle. N’empêche que t’as déjà perdu trois parasols et une nappe à cause de lui, et ça, tu l’oublies pas.

4 — Caractère : fort en gueule, fier, mais faut pas te chercher

13. T’es fâché et tout ton quartier le sait ; t’es content et tout ton quartier le sait aussi. La discrétion, c’est pas vraiment notre spécialité. Quand t’es heureux, tu chantes. Quand t’es énervé, tu gueules. Et y’a pas d’entre-deux. Les voisins savent toujours dans quel mood t’es, parfois avant même que toi tu le saches.

14. Tu te définis comme quelqu’un qui n’est pas violent — mais faut pas te chercher. Tu le dis avec un sourire, mais tout le monde comprend très bien la nuance. Tu crains dégun, comme on dit chez nous. Et c’est pas de la vantardise, c’est un fait établi depuis le collège. (Après, si on gratte, t’as jamais vraiment cherché la bagarre non plus — t’avais trop peur que ta mère l’apprenne.)

15. Tu salues tes collègues en disant « Oh les gars ! » même quand y’a des filles. Et tu viens au boulot en jogging sans que personne ne tique. Le concept de « dress code » tient en deux mots : propre, et repassé. Le reste, c’est du folklore de bureau parisien. Et si quelqu’un te fait une remarque, t’as déjà la réplique prête — avec « putain » dedans, évidemment.

5 — Culture : Pagnol devant, Chris Waddle juste derrière

16. Tu sais jouer à la pétanque depuis tout petit. T’as appris avant de savoir lire. Le geste du tir, le point, le carreau — c’est dans l’ADN. Et quand tu vois des touristes jouer avec des boules en plastique fluo sur la plage, une partie de toi meurt intérieurement. La pétanque, c’est sérieux. C’est du bois, de l’acier, et ça se joue à l’ombre des platanes avec un verre à portée de main.

17. Tu mets les Santons de Provence dans ta crèche à Noël. Et pas que Jésus-Marie-Joseph. Le ravi, le berger, le meunier, la poissonnière, le tambourinaire — tout le village y passe. La crèche prend un quart de ton salon, et c’est normal. Si t’as pas au moins 15 santons, c’est que t’es pas Provençal, t’es juste en transit.

18. Tu sais ce qu’est le pastaga, la pétanque, la sieste et le cagnard — la sainte trinité provençale. Oui, je dis « trinité » avec quatre éléments. On s’en fout, c’est la Provence, les mathématiques c’est secondaire. Pastaga = boisson sacrée du soir, pétanque = sport de comptoir, sieste = plage horaire 13h-16h non négociable, cagnard = soleil qui tape mais que t’aimes parce que c’est chez toi. Pour toi, y’a Hugo, Balzac et Pagnol, et juste derrière Chris Waddle — même ordre de grandeur.

6 — Géographie : la mer, la Sainte-Victoire, et tout le reste c’est l’exil

19. Tu vas pas à la mer l’été, ou pas avant 19h, parce que les touristes t’escagassent. La plage en juillet-août ? Dégun de chez nous. Trop de monde, trop de bruit, trop de serviettes qui t’envoient du sable dans les yeux sans même s’excuser. Par contre, à 19h, quand les familles remballent les parasols et que la lumière devient dorée, là, c’est chez toi. Tu poses la serviette, tu sors le rosé du cabas, et tu profites. Comme si de rien n’était.

20. De ta fenêtre, tu vois la Sainte-Victoire, et tu te crois dans un tableau de Cézanne. Tous les jours. Et tu t’en lasses jamais. Que tu sois à Aix, à Gardanne ou dans un bled paumé du côté de Puyloubier, la montagne est là, massive, lumineuse, changeante. Ton décor c’est des oliviers et des pins, à la rigueur des chênes lièges. Dès que tu t’éloignes de la Méditerranée, tu pleures comme un orphelin — c’est physique. Le vent marin te manque dans les poumons.

7 — Rivalités : Paris, les estrangers, et surtout pas confondre les gens du coin

21. Il te pousse des boutons dès qu’on te parle de Paris. Pas besoin d’en dire plus. Tu sais. Paris, c’est le bruit, la grisaille, les gens pressés, et cette manie de croire que tout ce qui est au sud de Lyon c’est « la province ». Eux, ils t’appellent provincial. Toi, tu les appelles estrangers. Et tu payes un studio le prix d’un T4 à Saint-Étienne — donc t’as aussi le droit de rouméguer sur l’immobilier.

22. Tu sais qu’il ne faut pas confondre Avignonnais, Marseillais, Toulonnais, Niçois, Gavots et Corses. C’est pas la même chose. Vraiment pas. Essaie de dire à un Niçois qu’il est Marseillais et observe sa réaction — tu vas comprendre vite. Essaie de dire à un Corse qu’il est Provençal et… bon, je te laisse faire l’expérience. Même les Gavots — ceux de l’arrière-pays, de Digne à Sisteron — c’est pas pareil. On se chamaille, on se chambre, mais au fond, on sait qu’on est cousins.

23. En dehors de chez nous, ce sont des estrangers. Simple. Efficace. L’estranger, c’est celui qui vient d’ailleurs. Et « ailleurs », ça commence à quoi, 50 kilomètres ? 100 ? Ça dépend de l’humeur et du nombre de pastis. Mais une chose est sûre : si tu prononces le mot « estranger » avec un vrai accent du coin, tu viens de quelque part entre Camargue et frontière italienne. Et ce quelque part, c’est le plus bel endroit du monde.

Et toi, c’est quoi ton truc de Provençal que j’ai oublié ? Balance en commentaire — je suis sûr qu’il y en a au moins dix qui me sont pas venus. Et si t’as déjà voulu expliquer « s’empéguer » à quelqu’un du Nord, raconte, ça va me faire ma journée.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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