J’ai fouillé les vieux blogs, les forums paumés, les commentaires Facebook — et je suis tombé sur une pépite chez Infotourisme, un blog de tourisme régional qui a compilé des dizaines d’anecdotes sur la Franche-Comté et Besançon. J’y ai pioché le meilleur, j’ai ajouté deux ou trois trucs que je tiens d’un pote de Dole (salut Thibault si tu passes par là), et voilà le résultat. La première fois que j’ai goûté de la cancoillotte chez lui, j’ai dit « c’est bizarre ton truc ». Il m’a regardé comme si je venais d’insulter sa mère. J’ai compris que la Franche-Comté, c’était pas juste une région — c’était une identité.
Tu peux aussi voir la collection complète Ici & La Franche-Comté ici : T-shirts et souvenirs Franc-Comtois
Bouffe, dialecte, météo, caractère, traditions, rivalités — y’en a pour tous les goûts.
Allez, on y va. Tu sais que tu es Franc-Comtois quand :
1 — Tu manges de la cancoillotte (et tu sais que c’est le meilleur fromage du monde)
La cancoillotte, c’est le fromage fondu qui rend tous les autres fromages jaloux. Fabriqué à partir de Metton — un caillé de lait écrémé qu’on fait fondre avec un peu de beurre et d’eau — c’est le seul fromage qui se tartine sans résistance et qui transforme n’importe quel bout de pain en festin. Si t’as jamais vu un Comtois défendre la cancoillotte contre un Parisien qui ose dire que c’est « juste du fromage fondu », t’as jamais vu de passion véritable.
2 — Tu sais ce qu’est le Metton, et ça te choque que le reste de la France n’en ait jamais entendu parler
Le Metton, c’est l’ingrédient mystère, le chaînon manquant entre le lait et la cancoillotte. Un caillé de lait écrémé qu’on laisse fermenter — et que personne en dehors de la Franche-Comté ne sait identifier. Quand t’expliques ça à un non-Comtois et qu’il te regarde avec des yeux ronds, tu ressens un mélange de fierté et de pitié. Le pauvre.
3 — Tu as déjà mangé des roëstis-saucisse-salade et tu trouves ça parfaitement normal
Un plat composé à 80% de patates, avec une saucisse de Morteau ou de Montbéliard qui nage dedans, le tout couronné d’une salade verte. C’est lourd, c’est rustique, c’est parfait. Si tu penses que les roëstis c’est suisse, t’as jamais mangé chez un Comtois un dimanche midi. (Et la salade, c’est pour se donner bonne conscience — tout le monde sait qu’elle est là pour décorer.)
4 — Tu bois du Pont (l’anis de Pontarlier) et JAMAIS du Ricard
Commander un Ricard en Franche-Comté, c’est s’exposer à un regard lourd de jugement. Le Pont, c’est l’anis de Pontarlier — distillé là-haut dans le Haut-Doubs depuis 1849. La différence avec le Ricard ? Le Pont est plus sec, plus franc, moins sucré. Un peu comme le caractère comtois, tiens. Si tu dis « je prendrai un Ricard » dans un bar de Besançon, autant mettre un panneau « je suis touriste » autour du cou.
5 — La gentiane et l’absinthe, pour toi, c’est pas de l’alcool, c’est le patrimoine
La gentiane, cette liqueur amère tirée des racines de la plante du même nom, et l’absinthe, la « fée verte » qui a fait trembler les poètes du XIXe — c’est l’âme liquide du massif jurassien. Tu les bois pas pour te saouler, tu les bois par devoir de mémoire. Enfin, c’est ce que tu te racontes quand t’en es au troisième verre. (Pontarlier a été la capitale mondiale de l’absinthe, au cas où tu l’aurais oublié.)
6 — Tu bois l’apéro le dimanche midi. Et le samedi. Et le vendredi. Bref
Le week-end, c’est apéro. Le dimanche midi en particulier, c’est sacré — le Pont ou la gentiane avant le repas de famille, c’est pas négociable. Et si y’a pas d’occasion, t’en crées une. Le Franc-Comtois ne cherche pas d’excuse pour trinquer, il trinque parce qu’il est en vie, et ça suffit.
7 — Tu as déjà fait la Percée du vin jaune et tu en parles encore
La Percée du vin jaune, c’est LA fête du Jura. Tous les premiers week-ends de février, on perce un tonneau de vin jaune vieilli six ans et trois mois en fût de chêne, et toute une ville — ça tourne, Lons-le-Saunier, Arbois ou Poligny selon l’année — se transforme en gigantesque dégustation à ciel ouvert. Si t’y es allé une fois, tu y retournes tous les ans. Et si t’y es jamais allé, c’est que t’es pas un vrai Comtois — désolé, c’est toi qui l’as dit.
8 — Tu traites tes potes de « Beuillots », « Daubots » ou « Viôsses » et c’est affectueux
Le lexique comtois de l’amitié est… particulier. Beuillot = imbécile, daubot = idiot, viôsse = crétin. Mais prononcés avec le bon ton, c’est des marques d’affection profonde. Tu peux traiter ton meilleur pote de « sacré beuillot » et il va sourire. Par contre, si tu l’appelles « mon cher ami » avec un ton neutre, là il va s’inquiéter.
9 — Tu dis « je vais chercher la pelle à ch’nis » sans te rendre compte que personne ne comprend
Le ch’nis, c’est la poussière. La pelle à ch’nis, c’est donc la pelle à poussière — mais ça, c’est évident pour toi. Sauf que quand tu le dis devant un non-Comtois, il pense que tu vas chercher un outil agricole médiéval. Et le pire, c’est que tu mets un temps fou à comprendre pourquoi il te regarde bizarrement.
10 — L’expression « Tu as meilleur temps de… » te semble parfaitement grammaticale
« Tu as meilleur temps de prendre la comtoise plutôt que la nationale. » Cette tournure est tellement naturelle pour toi que t’as mis vingt-cinq ans à découvrir que le reste du monde dit « tu ferais mieux de ». Et même maintenant que tu le sais, tu continues de dire « tu as meilleur temps ». Parce que c’est plus précis, plus élégant, plus… comtois.
11 — Tu mets des articles devant les prénoms : « Le François, La Cécile » et tu trouves ça bizarre quand on le fait pas
C’est LE trait linguistique qui trahit un Franc-Comtois à 100 kilomètres à la ronde. Tu ne dis pas « François est passé », tu dis « Le François est passé ». Et ça vaut pour tout le monde — la Sylvie, le Jean-Marc, la Paulette. La première fois que t’entends quelqu’un appeler quelqu’un sans l’article, tu te demandes s’il manque un mot. (Et au passage, c’est typique de l’aire linguistique arpitane — la Franche-Comté et la Suisse romande partagent ce petit bijou grammatical.)
12 — Pour toi, un cornet c’est un sac en plastique. Point.
Quand t’es Comtois, un cornet ça n’a rien à voir avec un instrument de musique ou une glace. Un cornet, c’est un sac plastique. « Tu me passes un cornet pour mettre les courses ? » Et si quelqu’un ose te dire « tu veux dire un sac ? », tu le regardes comme s’il venait de débarquer d’une planète où on ne sait pas nommer les choses correctement.
13 — L’hiver, pour toi, ça commence en novembre et ça finit en mai. Et c’est normal.
Sept mois d’hiver, c’est pas une plainte — c’est un constat météo. Novembre, décembre, janvier, février, mars, avril… et souvent, la première quinzaine de mai sert de bonus. Tu te souviens de ce mois de mai où il a neigé le 7, et t’as même pas été surpris. T’as juste dit « c’est de saison » et t’as rallumé le poêle.
14 — L’été, tu te baignes au lac de Malbuisson, et l’eau est toujours à 18°C maximum
Le lac de Saint-Point — que les vrais appellent lac de Malbuisson — c’est LA plage du Haut-Doubs. L’eau est limpide, l’air est pur, et la température de l’eau est exactement celle qui te coupe le souffle quand tu t’immerges jusqu’à la taille. Mais tu te baignes quand même, parce que t’es Franc-Comtois et que 18°C en juillet, c’est déjà l’été. (Et puis t’as passé l’hiver à -15, alors 18, c’est presque tropical.)
15 — Tu skies à Métabief et aux Clochettes, pas besoin d’aller dans les Alpes
La station de Métabief, dans le Doubs, et le petit domaine des Clochettes, c’est le ski familial par excellence. C’est pas Chamonix, c’est pas Val d’Isère — et c’est très bien comme ça. Les pistes sont à taille humaine, le forfait coûte pas un rein, et y’a pas de files d’attente. Pourquoi aller se perdre dans les Alpes quand t’as ça à 30 minutes de chez toi ?
16 — Tu joues au foot en short par -15°C (et tu gagnes)
Les gamins du Haut-Doubs, ils jouent au foot sur les terrains gelés de Mouthe ou de Pierrefontaine-les-Varans, et le froid fait tellement partie du décor qu’ils le remarquent même pas. L’arbitre siffle la mi-temps, tout le monde va boire un chocolat chaud, et ça repart. Si t’as jamais tapé dans un ballon sur un terrain qui craque sous les crampons, t’as raté une expérience formatrice.
17 — Tu peux faire 25 km en bagnole sans croiser un seul patelin
La Franche-Comté, c’est grand, c’est vert, et c’est vide — dans le meilleur sens du terme. Tu roules sur une départementale entre deux forêts de sapins, le compteur affiche 25 bornes, et t’as croisé trois vaches et un chevreuil. Pas une maison, pas un village. Et c’est ça que t’aimes : l’espace, le silence, la solitude qui pèse pas. C’est ton luxe à toi.
18 — Pour toi, le plus petit État du monde c’est le Saugeais (et tu peux le situer sur une carte)
Le Saugeais, c’est un micro-État autoproclamé dans le Haut-Doubs, entre Pontarlier et Morteau. Il a un président (élue à vie — si, si), un hymne, des plaques d’immatriculation et des billets de banque qui valent que dalle mais qui font marrer tout le monde. Le Vatican ? Trop mainstream. Monaco ? Trop bling-bling. Le vrai plus petit État du monde, c’est la République libre du Saugeais — et tu le sais depuis que t’as 8 ans.
19 — L’été, même s’il fait 10°C, tu bois ton coup en terrasse
Le Franc-Comtois n’est pas une mauviette. Si le soleil pointe le bout de son nez — même si le thermomètre affiche péniblement 10 degrés — t’enfiler une petite laine et tu t’installes en terrasse. Le serveur te regarde avec un mélange de respect et d’inquiétude, les touristes grelottent à l’intérieur, et toi tu sirotes ton Pont comme si t’étais sur la Croisette. Parce que l’été, c’est d’abord un état d’esprit.
20 — Tu es têtu comme une mule comtoise, et tu le revendiques
Le caractère comtois, c’est un héritage historique. La Franche-Comté a passé des siècles à résister — aux ducs de Bourgogne, au royaume de France, aux Habsbourg. Quand la région a été rattachée à la France en 1678, elle a négocié ses privilèges comme une nation indépendante. Alors oui, t’es têtu. Têtu comme les montagnes du Jura, têtu comme l’hiver qui refuse de partir, têtu comme un Comtois qui sait qu’il a raison. (Même quand il a tort, mais ça, tu le reconnaîtras jamais.)
21 — Tu ne parles pas pour ne rien dire. Le silence, c’est pas de la froideur, c’est de la réflexion
Le Franc-Comtois n’est pas bavard. Il écoute, il soupèse, et il répond quand il a quelque chose à dire. Ceux qui te connaissent pas te trouvent froid — ceux qui te connaissent savent que derrière ce silence, y’a une loyauté à toute épreuve. T’as pas besoin de remplir le vide avec des mots. Un regard, un hochement de tête, ça vaut mille phrases.
22 — Tu as déjà parié au tiercé de cochons (et peut-être même gagné)
Le tiercé de cochons, c’est une institution en Franche-Comté. On fait courir trois cochons sur une piste de sciure, chacun avec un dossard de couleur, et on parie sur le vainqueur. C’est absurde, c’est génial, et c’est typiquement comtois : on transforme n’importe quoi en compétition bon enfant, avec un verre de vin jaune à la main. Si t’as jamais crié « Allez le rose ! Allez le rose ! » un dimanche après-midi de kermesse, t’as raté un pan entier de la culture comtoise.
23 — Tu joues aux quilles, pas à la pétanque — c’est un autre monde
Les quilles, c’est le sport traditionnel du Jura et du Doubs. Pas les quilles de bowling avec une boule ronde — non, les vraies quilles comtoises avec un bâton qu’on lance à bout de bras pour faire tomber un jeu de neuf quilles disposées en carré. La pétanque, c’est pour les cigales du Sud. Ici, on lance du bois, dans le froid, avec sérieux. Et le vainqueur paie la tournée de Pont.
24 — Tu connais l’épandeur, l’autochargeuse et la pirouette, et non, c’est pas des insultes
L’épandeur, c’est la machine qui répand le fumier dans les champs. L’autochargeuse, c’est la remorque qui ramasse l’herbe coupée. Et la pirouette — ou faneuse — c’est l’engin qui étale le foin pour le faire sécher. Si tu sais tout ça sans avoir jamais bossé dans l’agriculture, c’est que t’as grandi en Franche-Comté, entouré de vaches montbéliardes et de comices agricoles. (Et si t’as déjà passé un été à te faire réveiller par le bruit d’un tracteur à 6h du mat’, pareil.)
25 — Les cloches des vaches, pour toi, c’est le bruit du silence
En Franche-Comté, le silence a une bande-son : le tintement des cloches des vaches montbéliardes dans le pré voisin. C’est un bruit qui ne dérange pas, qui rassure. Quand t’es parti vivre ailleurs et que tu reviens, ce son-là, c’est celui qui te dit « t’es chez toi ». Un Parisien dirait que c’est du bruit. Toi, tu sais que c’est l’inverse.
26 — Pour toi, la Suisse c’est juste là pour les clopes, l’essence et le chocolat
Avec la frontière suisse à deux pas — surtout si t’es du Haut-Doubs ou du Pays de Montbéliard — la Confédération helvétique a une fonction utilitaire bien précise. T’y vas pour le plein d’essence moins chère, les clopes détaxées, et le chocolat — parce que le chocolat suisse, faut être honnête, il tient la route. Pour le reste, la Suisse c’est juste la Franche-Comté de l’autre côté de la frontière, mais avec des prix plus élevés et un accent encore plus bizarre. (Et puis eux, ils disent « cornet » aussi, donc ils peuvent pas être totalement mauvais.)
Et toi, c’est quoi ton truc de Franc-Comtois que j’ai oublié ? Balance en commentaire — que tu tires la soupe avec un pochon, que ta grand-mère faisait la meilleure tarte au goumeau du Doubs, ou que t’as un drapeau du Saugeais dans ton garage. Vas-y, je te lis.

Laisser un commentaire