Tu sais que tu es Vaudois quand… | 28 signes

J’ai passé des heures à fouiller les vieux blogs, les forums, les commentaires Facebook, les lexiques en ligne — et même un article universitaire (oui, l’UNIL s’est penchée sur le Vaudois, c’est dire si le sujet est sérieux). Ce qui est marrant, c’est qu’il n’existe pas encore de « tu sais que tu es Vaudois quand » digne de ce nom sur le web. Le matériau est là, éparpillé, mais personne ne l’a mis en forme. Alors voilà.

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Bouffe, dialecte, météo, caractère — un peu de tout.

Allez, on y va. Tu sais que tu es Vaudois quand :

La langue — ces mots qui n’existent qu’ici

1 — Tu comptes en septante, huitante et nonante

Et quatre-vingts, c’est pour les Français. Franchement, pourquoi se compliquer la vie avec des maths alors que septante-dix, c’est tellement plus logique ? Petite nuance : septante et nonante sont partagés avec toute la Suisse romande et même la Belgique. Huitante, lui, est plus spécifiquement vaudois (avec les Fribourgeois et les Valaisans). Mais l’essentiel reste vrai : c’est probablement le premier truc qui te trahit quand tu voyages — et le premier qui te fait regarder un Parisien avec un mélange de pitié et d’incompréhension.

2 — Tu dis « adieu » pour dire bonjour

Et « adieu, bonne » pour dire au revoir. Voire le très joli « à la revoyure » si tu es en forme. Les francophones hors-Suisse n’y comprennent absolument rien — on te répond « mais je pars pas, je viens d’arriver ? ». Et toi, tu souris en coin.

3 — Tu finis tes phrases par « ou bien »

C’est le tic de langage signature, ou bien ? Celui qui fait hurler de rire les Français et sourire les Romands. Tu ne t’en rends même plus compte tellement c’est naturel. Un Vaudois qui termine trois phrases de suite sans le placer, c’est qu’il est malade.

4 — Tu dis « sans autre » pour dire oui

Pas juste un oui sec, non. « Sans autre », c’est le oui romand (partagé avec toute la Romandie, mais très ancré dans le parler vaudois) : sans chichis, sans problème, sans hésitation, sans qu’on en fasse tout un plat. C’est le « de rien » suisse-allemand mais en plus chaleureux. Intraduisible dans sa pleine subtilité. Essaie d’expliquer ça à un étranger, tu vas voir.

5 — Tu réponds « service » quand on te dit merci

Comme les Allemands disent « bitte ». Et non, c’est pas de la prétention — c’est juste que c’était le service, point barre. Tu rends service, on te remercie, tu confirmes que c’était bien un service. Logique vaudoise.

6 — Tu dis « ça joue » pour dire que ça marche

Un peu comme le « ça roule » français mais en mieux. « On se retrouve à midi ? — Ça joue. » C’est plus imagé, plus musical, plus vaudois tout simplement. Je sais pas pourquoi c’est plus satisfaisant à dire, mais ça l’est (^^).

7 — Tu ajoutes « voir » après un impératif

« Viens voir », « regarde voir », « écoute voir », « sens voir si le nez te branle » (oui, ça se dit). C’est typiquement vaudois, ce petit « voir » qui adoucit l’ordre et le transforme en invitation complice. Un Genevois le dira moins, un Valaisan encore moins. C’est un marqueur cantonal pur jus.

8 — « Y a pas le feu au lac », c’est ta philosophie de vie

L’expression est tellement emblématique qu’un blog entier porte ce nom. Et elle résume tout : le calme, la lenteur assumée, le refus de la panique. Le lac est là, immense et placide, et rien ne presse. Même quand ça presse un peu, en fait.

Le caractère — fier, lent, et surtout indéchiffrable

9 — Tu es « déçu en bien » quand quelque chose te surprend agréablement

C’est l’expression culte. Partagée avec toute la Romandie mais tellement ancrée dans le caractère vaudois qu’on la lui attribue volontiers : on n’est jamais enthousiaste sans une pointe de retenue. Tu t’attendais au pire et finalement c’est pas mal — donc t’es déçu, mais en bien. C’est d’une logique imparable. Ma belle-sœur qui habite à Lausanne me l’a sortie un jour et j’ai mis trente secondes à comprendre (j’avais trop bu de Chasselas, ça n’aide pas).

10 — Tu ne dis jamais « j’aime », tu dis « je ne déteste pas ça »

La litote vaudoise dans toute sa splendeur. L’art de dire oui sans jamais le dire vraiment. Un Vaudois qui te sort « c’est pas mauvais » vient de te faire le plus beau compliment de sa vie. Si tu attends « c’est excellent », tu peux attendre longtemps. Genre, vraiment longtemps.

11 — « Y en a point comme nous », tu le dis avec fierté ET autodérision

Parce que c’est ça, le génie vaudois : historiquement, c’était de l’ironie envers soi-même, pas de l’arrogance. Les Vaudois se moquaient d’eux-mêmes en disant ça. Et aujourd’hui encore, c’est un mélange parfait de chauvinisme tranquille et de recul amusé. Tu peux être fier sans te prendre au sérieux, et c’est toute la beauté du truc.

12 — Ton canton, c’est un pays à part entière et tu le sais

Delamuraz le disait : le canton de Vaud produit tout — le sel, le pain, le vin — et offre tous les paysages de Suisse à lui seul. Alpes, Préalpes, Jura, Plateau, lac. Tu as les montagnes ET la riviera. Pourquoi aller ailleurs ? Sérieusement. Les Vaudois ne voyagent pas beaucoup, et franchement, pourquoi le feraient-ils ?

13 — Ta lenteur légendaire est scientifiquement documentée

L’accent qui traîne, l’importance du circonflexe (le Vaudois met des accents sur tout), et comme dit l’humoriste Yann Marguet : « on mâche pas, on mâaaaaaache ». C’est pas de la paresse — c’est un rythme de vie. Une cadence. Une façon de dire que le temps, on en a. Et si on n’en a pas, on fait semblant.

14 — Tu parles par demi-mots en jouant le balourd

Un trait hérité de l’occupation bernoise selon l’historien Laurent Flütsch. Pendant 262 ans sous domination de Berne, les Vaudois ont appris à dire sans dire, à comprendre à demi-mot, à paraître plus bêtes qu’ils ne sont. Et aujourd’hui encore, tu fais le benêt alors que t’as tout pigé depuis le début. C’est pas de la ruse, c’est de la survie culturelle.

La gastronomie — le papet, le vin, et le reste

15 — Le papet vaudois, c’est ton ADN sur une assiette

Poireaux, pommes de terre et saucisse aux choux. C’est pas de la choucroute. C’est pas un « plat d’hiver sympa ». C’est le marqueur identitaire indélébile. Tu le défends comme personne quand un étranger ose comparer ça à un vulgaire pot-au-feu. Le papet, c’est le goût de l’enfance, des dimanches en famille, du canton tout entier dans une cocotte.

16 — Tu as un carnotzet où tu descends des bouteilles avec les potes

Cette petite cave intime, aménagée avec trois chaises bancales et une table en bois — le mot n’existe même pas en français standard. Le carnotzet, c’est le sanctuaire. Là où on refait le monde autour d’une bouteille de blanc, à l’abri des regards et des conventions. Si t’as pas de carnotzet, t’as au moins un pote qui en a un.

17 — Tu commandes ton vin en « décis », pas en verres

« Je vais prendre trois décis de Chasselas, sans autre. » Le Chasselas de Lavaux n’a pas d’égal à tes yeux. C’est pas du vin, c’est le lac en bouteille. Et le commander en décis plutôt qu’en verre, c’est ce petit détail qui te distingue immédiatement du touriste.

18 — Tu sais ce qu’est un greubon et t’en as déjà mangé au petit-déj

Le résidu solide du lard fondu, transformé en pâtisserie — le « taillé aux greubons » est un de tes péchés mignons. Aucun Français ne sait ce que c’est, et c’est très bien comme ça. Plus y en a pour toi. C’est gras, c’est salé, c’est vaudois, et tu t’en fous du cholestérol, ou bien ?

La météo — parce qu’ici, on a les mots pour la pluie

19 — Quand il pleut, tu dis « il roille » et tu files à « la chotte »

Pas la peine de dire « il pleut » comme tout le monde. « Il roille », c’est plus précis. Et « la chotte », c’est l’abri — pas un abri, LA chotte. Encore un mot que le français standard n’a pas jugé bon d’inventer. Tu cours t’y mettre, et t’attends que ça passe, parce que de toute façon, y a pas le feu au lac.

20 — Tu as déjà eu « la débattue » pendant une « cramine »

La débattue : cette douleur cuisante qui brûle les doigts au moment où ils se réchauffent après le gel — pas l’engourdissement lui-même, mais ce moment de réchauffement qui fait mal. La cramine : cette bise glaciale qui te transperce jusqu’à l’os. Deux mots pour décrire l’hiver vaudois dans toute sa splendeur mordante. Si tu les connais pas, c’est que t’as jamais attendu le bus à Payerne en janvier.

21 — Le brouillard de la plaine, tu appelles ça « la peuffe »

Et c’est pas que la boue — c’est aussi ce brouillard tenace qui recouvre la plaine de l’Orbe et qui ne veut pas se lever. Un mot pour un truc que les autres régions subissent sans savoir le nommer. La peuffe, c’est novembre, décembre, janvier, et parfois février aussi si elle est vraiment motivée.

Au quotidien — la panosse, le natel et le chenit

22 — Tu passes la panosse, pas la serpillère

Et si tu la passes pas, on te dira que « c’est tout de chenit ». La panosse, c’est le mot fédérateur de toute la Romandie. Et le chenit, c’est le désordre, le bazar, le bordel vaudois. Deux mots qui vont ensemble comme le papet et la saucisse aux choux.

23 — Téléphoner, c’est sur ton natel. Scooter, c’est boguet. Sèche-cheveux, foehn.

Trois mots que les francophones hors-Suisse ne comprennent pas. « Natel », de l’allemand Nationales Auto-TELefon (téléphone automobile national), c’est devenu le mot pour portable. « Boguet », c’est le cyclomoteur, le vélomoteur — le mot vient de « boghei », la voiture hippomobile légère, pas du vieux français. Et « foehn », c’est le vent chaud des Alpes devenu sèche-cheveux — la plus belle métonymie de la langue vaudoise, franchement.

24 — Tu ne stationnes pas ta voiture, tu la parques

Et tu prends un ticket à la taxe de parcage. Pas au parcmètre, pas au stationnement — à la taxe de parcage. Et si tu l’as pas prise, tu vas avoir une amende. Que tu vas payer en râlant, mais sans autre.

25 — Tu ranges ton fourbi et quand t’es crevé, tu te réduis

« Se réduire », c’est-à-dire aller se coucher. Très logique finalement : tu te réduis à l’état de dormeur. Le fourbi, c’est le bazar, comme le chenit mais en plus mobile. Et le soir, après avoir rangé le fourbi et passé la panosse, tu te réduis. Fin de la journée vaudoise parfaite.

Ton territoire — Lausanne, le lac et le Pays de Vaud

26 — Pour toi, le lac Léman s’appelle le lac Léman (ou le lac de Lausanne)

Et les Genevois n’ont pas à le rebaptiser « lac de Genève ». C’est son nom sur une carte romaine (connue par la copie médiévale dite Table de Peutinger, XIIIe siècle), c’est le lac de Lausanne depuis toujours, et c’est pas une bande de Calvinistes coincés de l’autre côté du Rhône qui vont nous apprendre la géographie. Voilà, c’est dit. (Je plaisante, les Genevois. Enfin, à moitié.)

27 — Tu dis « je vais sur Lausanne », pas « à Lausanne »

Cette construction-là, elle te trahit immédiatement. « Sur Lausanne », « sur Morges », « sur Yverdon » — comme si les villes étaient des hauteurs qu’on atteint. Un héritage linguistique qui date de loin et que tu ne remarqueras même plus. Mais un Français ou un Belge va tilter direct.

Les rivalités — Genève, on en parle ?

28 — Tu vouvoies les Genevois avec une pointe de mépris (ou d’envie ?)

Genève, c’est le Parisien de la Suisse romande. Celui qui râle, qui se prend pour le centre du monde, qui parle plus fort et plus vite que tout le monde. Les Vaudois les trouvent arrogants, les Genevois trouvent les Vaudois lents et rustiques. Et tout le monde est content. C’est la plus vieille rivalité de la Romandie, et franchement, on n’est pas prêts de la régler. Tant mieux, c’est plus drôle comme ça.

Et toi, c’est quoi ton truc de Vaudois que j’ai oublié ? Balance en commentaire — je sais que t’en as. Surtout les expressions de village, celles qui existent dans UNE seule commune et que personne d’autre ne connaît. C’est ça qu’on veut lire.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.

Vincent

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