Rouge et noir depuis 1908 : le lien secret entre Toulon et Toulouse
Ce soir, la veille du choc au Vélodrome, voilà quelque chose que peu de supporters réalisent pleinement : demain soir à Marseille, deux équipes vêtues du même rouge et noir vont se retrouver en pleine bataille pour une qualification en play-offs. Ce n’est pas un hasard de calendrier, ni un caprice de styliste. C’est une histoire vieille de plus d’un siècle, une origine commune que les deux clubs portent dans leurs couleurs sans toujours savoir exactement comment tout a commencé. La LNR Top 14 s’en fait l’écho à la veille du match de la 23e journée, et c’est le bon moment pour que tu saches pourquoi le RCT et le Stade Toulousain partagent les mêmes teintes depuis la fondation du club toulonnais en 1908.
L’origine des couleurs : trois théories, une seule certitude
Toulouse crée officiellement son club de rugby en 1907. Toulon suit un an plus tard, en 1908. Dès le départ, les Rouge et Noir de la rade adoptent les mêmes couleurs que ceux de la Ville Rose. Pourquoi ? C’est là que les historiens du rugby français se disputent encore, avec trois théories qui circulent depuis des décennies.
La première est la plus romantique : Toulouse aurait parrainé la naissance du RCT et lui aurait transmis ses couleurs comme un cadeau de fondation, un signe de fraternité entre deux villes du sud qui embrassaient ce sport venu du nord de l’Angleterre. Un parrainage en bonne et due forme, scellé dans le tissu du maillot.
La deuxième version est plus concrète, et peut-être plus vraie pour ça. Lors d’un premier match entre les deux clubs, les Stadistes auraient joué en blanc pour qu’on les distingue, laissant leurs tenues rouge et noir à disposition des joueurs toulonnais qui n’avaient pas encore de maillot attitré. Un geste pratique qui aurait installé une identité durable.
La troisième est la plus savoureuse, forcément : les Toulonnais auraient tout simplement gardé les maillots. Un emprunt qui ne dit pas son nom, transformé en tradition. Bòu dieu, il faut du culot pour voler sa livrée à un club et en faire la sienne pour les cent années suivantes.
Quelle que soit la version exacte, le résultat est le même : depuis 1908, deux des clubs les plus titrés du rugby français partagent les mêmes couleurs. Et ça, ça ne ressemble à rien d’autre dans l’histoire du rugby hexagonal.
De 1931 à 1985 : un siècle sous les mêmes couleurs
Les Rouge et Noir de Toulon remportent leur premier Bouclier de Brennus en 1931. À cette époque, Toulouse est déjà une puissance du rugby français. Deux clubs, les mêmes couleurs, des palmarès qui s’accumulent des deux côtés. Pendant des décennies, cette parenté chromatique est une curiosité du vestiaire, une anecdote que les joueurs se racontent, sans que ça pose de problème particulier : les rivalités du moment se gèrent sur le terrain, pas dans les vestiaires.
La question devient concrète, visuelle et presque comique en 1985 : Toulon et Toulouse se retrouvent en finale du championnat de France. Rouge et noir contre rouge et noir. Il faut bien que l’un des deux change. Les Stadistes se plient à la logique de l’occasion et jouent en blanc. Les Rouge et Noir de la rade gardent leurs couleurs sur le sol provençal. C’est la première fois que cette identité partagée doit être arbitrée sur la plus grande scène du rugby français. Toulon gagne sa place dans l’histoire ce jour-là. Les couleurs restent à Toulon.
Ce passage est révélateur de quelque chose de plus profond. Toulouse pouvait jouer en blanc parce que leur identité n’était pas entièrement dans leur maillot. Pour le RCT, le rouge et noir n’est pas un costume. C’est une appartenance, un cri, une façon d’être de ce côté de la Méditerranée. Porter ces couleurs à Mayol, c’est tenir debout dans la rade, tellement.
La finale de 2012 : l’accolade
Il faut avancer jusqu’en 2012 pour trouver l’image qui résume peut-être le mieux ce que cette histoire commune représente dans la chair des joueurs. En finale du Top 14, Toulon et Toulouse se retrouvent une nouvelle fois. Le RCT est en plein basculement : l’ère Boudjellal a transformé le club, les recrues internationales affluent, la première Heineken Cup n’est qu’à un an. Et pourtant, c’est une scène d’une sobriété totale qui reste dans les mémoires.
Sébastien Bruno, talonneur du RCT, et William Servat, talonneur du Stade Toulousain, se retrouvent face à face à la fin du match. Deux talonneurs, deux capitaines de mêlée dans l’âme, deux hommes qui connaissent la dureté du poste et ce que ça coûte d’en arriver là. L’accolade qu’ils échangent n’est pas une formalité protocolaire. C’est la reconnaissance de ce que partagent ces deux clubs au-delà du résultat du jour. Le rouge et noir comme langage commun, comme signe de reconnaissance entre gens du même monde.
Ce geste dit quelque chose que le commentaire sportif ne dit pas. Ces deux équipes ne se battent pas seulement pour un titre : elles portent ensemble une même tradition, une même histoire, un même héritage chromatique qui les lie malgré leurs différences de terroir, malgré la rivalité.
Mignoni et le lien qui perdure
Pierre Mignoni n’est pas du genre à s’appesantir sur les symboles pour remplir une conférence de presse. Quand il parle de ce lien entre les deux clubs, c’est qu’il le pense vraiment. Sa déclaration en dit long : « On a un lien particulier avec Toulouse en raison de ces couleurs. Ce sont les Toulousains qui nous les avaient prêtées, il y a très longtemps. »
Mignoni connaît cette histoire de l’intérieur. Formé et révélé au RCT dans les années 1990, il a porté le rouge et noir pendant trois passages au club avant de revenir comme manager. Quand il dit « prêtées », il choisit la version la plus élégante, celle qui entretient la fraternité sans effacer la compétition. Parce que demain soir, la fraternité s’arrête au coup de sifflet de Pierre Brousset.
La préparation du RCT pour ce rendez-vous a été marquée par les aléas habituels de fin de saison : l’élimination douloureuse à Dublin face au Leinster en demi-finale de Champions Cup (25-29), une infirmerie qui se remplit, Charles Ollivon incertain jusqu’au dernier moment. Mais ce groupe a démontré tout au long de la saison qu’il savait répondre aux coups durs. Dublin était une leçon. Demain est l’examen.
Demain au Vélodrome : l’heure de vérité
La 23e journée du Top 14 met en scène un choc qui dépasse largement l’intérêt sportif habituel d’un match de championnat. Toulon pointe au 8e rang avec 55 points, à cinq longueurs de l’Union Bordeaux-Bègles qui occupe la dernière place qualificative pour les play-offs. Quatre journées restantes. Les mathématiques sont impitoyables : une victoire samedi soir ne garantit rien, mais une défaite complique sérieusement l’accès au Top 6.
En face, Toulouse arrive en champion en titre, triple lauréat consécutif du Top 14, premier au classement et revanchard après une défaite à domicile contre Clermont (24-27) la semaine passée. Le Stade Toulousain aura eu plus de repos, Antoine Dupont sera pour la première fois au Vélodrome face au RCT cette saison, et l’appétit de vengeance des Stadistes ne sera pas difficile à imaginer.
Le souvenir de la saison dernière est là, avec son score insultant : 16-50 au Vélodrome. Un avertissement dans les jambes de tous les joueurs Rouge et Noir. Mignoni l’a dit sans chercher à l’enterrer : « On n’a pas envie de revivre le même match que l’an passé face à Toulouse. »
67 000 spectateurs sont attendus à Marseille. La famille rouge et noir sera là en nombre, méditerranéenne dans l’âme, excessive dans la joie et dans l’inquiétude. Ce public-là ne regarde pas le rugby : il le joue depuis les tribunes. Dans un match aussi serré que celui-là peut l’être, ce 16e homme n’est pas une formule creuse. C’est une réalité tactique que Mignoni a lui-même mise en avant cette semaine.
Peuchère, si le RCT passe cette montagne-là contre le meilleur club de France, avec les absents, avec la fatigue de Dublin encore dans les jambes, ce sera l’un des résultats de la saison. Et si la transmission des couleurs entre Toulouse et Toulon remonte à 1908, demain soir il va bien falloir que l’un des deux les mérite davantage que l’autre.
Où regarder le match
Toulon vs Toulouse au Vélodrome
- Compétition : Top 14, journée 23
- Date : samedi 9 mai 2026
- Heure : 21h00
- Stade : Orange Vélodrome, Marseille
- Diffusion TV : Canal+
- Streaming : myCanal
- Arbitre : Pierre Brousset
67 000 spectateurs attendus — Première de Dupont au Vélodrome face au RCT cette saison.
Ce que ça signifie pour le club
Ce n’est pas souvent qu’un match de championnat en milieu de tableau vient avec autant de couches narratives. Les couleurs partagées avec Toulouse ne sont pas un prétexte de communication : elles racontent une vérité sur l’histoire du rugby français, sur la façon dont les clubs se sont construits les uns à travers les autres au début du vingtième siècle. Le RCT n’a pas inventé son identité dans le vide. Elle lui a été transmise, portée, peut-être même volée, et il en a fait quelque chose d’unique, dans un terroir méditerranéen qui n’a rien à voir avec la Haute-Garonne. Demain soir, ces deux histoires se percutent à nouveau. Et le RCT a une dette à régler, pas vis-à-vis de Toulouse, mais vis-à-vis de lui-même. La différence de 34 points de l’an passé, ça ne s’efface qu’en jouant. L’heure est venue.
Source : LNR Top 14, 8 mai 2026
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