Il signait à Toulon pour raccrocher. Il a fini par y gagner l’Europe trois fois.
Demain, le RCT joue une demi-finale de Champions Cup à Dublin. L’Aviva Stadium, le Leinster, 16h heure de Paris. Un rendez-vous qui réveille des mémoires. Parce que Toulon a déjà battu le Leinster en quart de finale, en 2014, 29 à 14, sur la route du deuxième titre européen. Et sur ce terrain-là, en 2014, il y avait un certain Matt Giteau. Un Australien qui avait débarqué en Provence en pensant y finir tranquillement sa carrière. Il n’avait pas tout à fait prévu la suite. Rugbyrama a recueilli son témoignage, et ça vaut le détour.
La chute du roi
Il y a des transferts qui s’écrivent dans la logique des choses, des recrutements de prestige qui s’annoncent de loin. Et puis il y a les autres. Les destins qui basculent sur un manque de trois pénalités et une fin de match à Édimbourg.
À la fin des années 2000, Matt Giteau semble taillé pour régner sur le rugby australien pendant encore un bon moment. Il a tout pour lui : le talent à l’ouverture, l’expérience internationale, la confiance en lui. Mais le vent tourne. Quade Cooper et Berrick Barnes montent en puissance, et le sélectionneur Robbie Deans commence à douter. Il reproche à Giteau non seulement la concurrence perdue, mais aussi, paraît-il, son manque de leadership.
Le 21 novembre 2009 à Murrayfield reste la date qui résume tout. Les Wallabies s’inclinent 9 à 8 contre l’Écosse. Giteau loupe trois pénalités et une transformation dans les dernières minutes. Ce n’est pas la seule raison de sa mise sur la touche, mais symboliquement, la trajectoire bascule ce soir-là. Ajoutons que de 2005 à 2011, en Super Rugby avec les Brumbies puis avec la Western Force, il ne dispute aucune phase finale. Le tableau d’ensemble ne plaide pas en sa faveur.
Le Mondial 2011 en Nouvelle-Zélande arrive, et Deans ne le sélectionne pas. Giteau le dit lui-même, et il est honnête là-dessus : « Je n’ai pas bien réagi le jour où il ne m’a pas sélectionné pour le Mondial 2011. J’aurais dû avoir plus de recul sur sa décision. J’aurais dû réfléchir davantage, ne pas m’énerver contre lui. J’ai des regrets par rapport à mon comportement de l’époque, oui. »
Un joueur qui reconnaît ses torts après coup, ça ne court pas les stades. C’est déjà quelque chose.
Le coup de fil qui change tout
Fin novembre 2010, après un test-match entre la France et l’Australie, Mourad Boudjellal et Philippe Saint-André, alors entraîneur du RCT, croisent Giteau. La discussion s’engage, mais dans un premier temps, ça coince. Les exigences salariales de l’Australien et ses espoirs de sélection pour le Mondial bloquent la négociation.
Deux mois plus tard, retournement. Giteau reconsidère. Il accepte. L’annonce tombe le 15 février 2011.
La raison du revirement, il la donne simplement : « En dix ans de rugby pro, je m’étais installé en Australie dans une forme de routine. J’avais besoin de quelque chose de nouveau. Michael Cheika, qui s’occupait alors du Stade français, m’avait également contacté. Mais le fait d’avoir mon ami Matt Henjak et sa famille m’a convaincu d’aller à Toulon. »
C’est donc Matt Henjak, ami et coéquipier australien déjà installé dans la rade, qui a fait basculer la décision. Cheika et le Stade français avaient leur chance. Ils ne l’ont pas eue. Peuchère pour eux.
L’homme qui pensait arrêter
Giteau arrive officiellement à Toulon le 14 novembre 2011, quinze jours après la finale de la Coupe du monde, libéré de son contrat fédéral. Il a 29 ans. Sa femme est enceinte. Il signe dix-huit mois.
Et dans sa tête, à ce moment-là, il ne se projette pas très loin. Son témoignage à Rugbyrama est d’une franchise désarmante : « À l’époque, je me sentais déjà vieux. Je ne pensais plus avoir le niveau international. Une génération dingue arrivait chez les Wallabies, Robbie Deans ne me choisissait jamais et je broyais du noir. Pour tout vous dire, j’avais signé dix-huit mois à Toulon et je pensais arrêter, après ça. »
Dix-huit mois. Un dernier contrat avant de ranger les crampons. L’état d’esprit d’un joueur qui se sent fini à presque 30 ans. C’est ça, le gars qui débarque à Mayol en novembre 2011. Pas un conquérant, pas une recrue galactique venue chercher des titres. Un Australien fatigué, un peu cassé, qui veut changer de décor avant de tourner la page.
Il l’avouait lui-même à son arrivée : « J’avais dans l’idée de changer de vie depuis longtemps. J’avoue que l’idée de découvrir un nouveau rugby mais aussi une autre culture m’excite beaucoup. »
Toulon, la Méditerranée, le port, une nouvelle langue, un nouveau rugby. Peut-être que c’est ça qui lui a redonné la flamme. Le changement radical, pas le confort.
Trois étoiles et un amour retrouvé
On connaît la suite. Ou plutôt, on croit la connaître. On cite les titres, on évoque les finales, on parle de la domination européenne du RCT de 2013 à 2015. Mais derrière les trophées, il y a quelque chose de plus personnel chez Giteau : la renaissance d’un joueur qui était venu se reposer et qui a retrouvé une raison d’y aller à fond.
Trois Heineken Cup, 2013, 2014, 2015. Un Bouclier de Brennus en 2014. Et le reste, le hors-terrain, ce que les statistiques ne racontent pas : « Je dois tellement au RCT et au rugby français parce que j’ai retrouvé mon amour pour le jeu là-bas. J’ai gagné tellement de titres à Toulon, deux de mes trois enfants sont nés là-bas. Cela m’a également permis d’atteindre les 100 sélections avec l’Australie parce que je faisais partie d’une équipe merveilleuse. »
Deux enfants nés à Toulon. Cent sélections avec les Wallabies, rendues possibles par la fameuse loi Giteau, une règle inventée pour lui permettre d’être rappelé en sélection depuis l’étranger. L’homme qui pensait raccrocher à 30 ans a finalement atteint les 100 capes avec son pays. Et c’est Mayol qui l’a rendu possible.
Il y a des histoires comme ça dans le rugby. Des joueurs qui viennent chercher une sortie et trouvent un sommet. Giteau en est peut-être l’exemple le plus frappant du RCT.
Ce que ça signifie pour demain
Demain, à l’Aviva Stadium, le RCT joue face au Leinster. Demi-finale de Champions Cup, 16h heure de Paris, Dublin sous ses lumières d’Europe. Et ce souvenir de Giteau n’est pas un hasard de calendrier. En 2014, sur la route du deuxième titre, le RCT avait déjà battu le Leinster en quart de finale. Giteau était sur le terrain ce jour-là.
Le club de 2026 n’est pas celui de 2014, évidemment. Mais il porte quelque chose de cet héritage. Ce que Giteau représente, c’est la capacité du RCT à transformer des destins, à rallumer des joueurs qu’on croyait éteints, à construire quelque chose de plus grand que la somme des ambitions individuelles. Cette saison européenne, avec les victoires contre les Stormers et Glasgow, ressemble à une équipe qui croit en quelque chose. Qui a faim.
Dublin demain, c’est le prolongement d’une histoire commencée bien avant les trois étoiles. Giteau en est l’un des fils. Et la famille rouge et noir sera là, au moins en pensée, depuis les tribunes de Mayol jusqu’à la rade.
Allez voir ce qu’ils font à Dublin. Ça vaut le coup de se lever tôt si tu es en décalage, et ça vaut le coup de tout arrêter à 16h si tu es en France.
Ce que ça signifie pour le club. Rugbyrama publie ce portrait de Giteau la veille d’une demi-finale de Champions Cup et ce n’est pas innocent. Le RCT d’aujourd’hui puise dans cette mythologie des années 2013-2015, non pas pour s’en reposer, mais pour rappeler que Toulon a déjà fait trembler Dublin. La génération actuelle joue avec ce poids, ou avec cette chance, selon l’angle choisi. Ce qui est sûr : un joueur comme Giteau, venu pour finir et qui a tout gagné, dit quelque chose d’essentiel sur ce club. Toulon ne reçoit pas des vedettes qui viennent consommer une fin de carrière. Il transforme des joueurs. C’est une promesse, et c’est une identité. Demain, cette identité se rejoue à Dublin.
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Source : Rugbyrama — Vincent Bissonnet
Allez Toulon.

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