Si tu n’as jamais marché ici, tu n’as pas vu la Roumanie.
La première fois que j’ai posé le pied sur une crête des Carpates, j’ai eu ce drôle de pincement au ventre qu’on ressent quand un paysage dépasse tout ce qu’on avait imaginé. Roumain ou Roumaine de cœur, tu me comprends sûrement. Alors j’ai fait ce que je fais toujours avant d’écrire un guide : j’ai recoupé AllTrails, Komoot, les blogs de randonneurs et les guides locaux, et j’ai épluché les avis jusqu’à n’en garder que l’essentiel. Résultat, pas trente itinéraires qui se ressemblent, cinq seulement. Cinq qui se valent en beauté mais pas en effort, justement pour que vous trouviez la vôtre, du tour de lac tranquille au sommet qui se mérite sur deux jours. Voici mon top, du plus haut au plus doux.
Un mot sur la Roumanie
On la résume souvent aux Carpates, et c’est à la fois juste et injuste. Juste, parce que la chaîne la traverse de part en part comme une colonne vertébrale. Injuste, parce qu’on y change de paysage sans changer de pays : la route folle de la Transfăgărășan, les lacs glaciaires du Făgăraș, la crête calcaire de Piatra Craiului, le Retezat sauvage et le massif sacré du Ceahlău. Cinq mondes, une seule carte.
📍 Sommaire
1. Vârful Moldoveanu : le toit de la Roumanie
Lac Bâlea (commune de Cârțișoara, județ de Sibiu) : Très difficile

2 544 mètres, ça ne vous dit peut-être rien comme ça, mais c’est le plafond du pays. On ne monte pas le Moldoveanu sur un coup de tête, on le prépare. Deux jours, une nuit en refuge, et cette sensation rare, au lever du jour, de marcher au-dessus des nuages qui s’accrochent aux vallées encore endormies. La crête des Făgăraș s’étire à perte de vue, en dents de scie, et on comprend pourquoi les Roumains l’appellent la route du ciel.
Le départ se fait au lac Bâlea, tout en haut de la Transfăgărășan, et on attaque par la vallée de Capra avant de filer vers le refuge de Podragu. C’est long, c’est physique, mais chaque pause sur un rocher vaut un tableau. (J’ai beau dire que je préfère les randos tranquilles, il y a une part de moi qui adore souffrir pour une vue, allez savoir pourquoi.) La descente par la croix bleue demande les jambes encore solides, je vous préviens tout de suite.
📋 En pratique
- Départ : Lac Bâlea, au sommet de la Transfăgărășan (DN7C)
- Distance : 27 km aller-retour
- Dénivelé : 2 500 m D+ cumulés
- Durée : 2 jours (14 à 15 h)
- Difficulté : Très difficile
- Balisage : Bande rouge (crête), triangle bleu (approche Bâlea-Capra), croix bleue (descente vers Podragu)
- Parking : Parking du Lac Bâlea, au sommet de la Transfăgărășan (DN7C)
- Note : 4,8 sur 5 (45 avis AllTrails) ; plus haut sommet de Roumanie
2. Lac Bâlea et Transfăgărășan : le miroir sous la route du ciel
Lac Bâlea (commune de Cârțișoara, județ de Sibiu) : Facile

Si le Moldoveanu est un défi, le lac Bâlea en est la récompense accessible. On y monte en voiture par la Transfăgărășan, cette route de montagne que Top Gear a un jour sacrée plus belle du monde, et on se retrouve soudain face à un lac glaciaire posé à 2 034 mètres, encadré de crêtes sombres. L’eau y est d’un vert profond, presque irréel, et même en plein été il traîne une fraîcheur d’altitude sur les berges.
La boucle entre le lac Bâlea et le lac Capra se fait en deux heures tranquilles, le nez levé vers les sommets. C’est la sortie idéale pour les familles ou pour vous mettre en jambes avant de plus grosses aventures. (Et accessoirement, c’est là que j’ai vu une marmotte s’approcher d’un pique-nique avec un aplomb qui m’a rappelé mon chat à l’heure du souper.) Vous verrez, on ne descend plus pareil après ça.
📋 En pratique
- Départ : Lac Bâlea, accessible en voiture par la Transfăgărășan (DN7C)
- Distance : 4 à 5 km en boucle (Lac Bâlea – Lac Capra)
- Dénivelé : 265 à 300 m D+
- Durée : 2 h
- Difficulté : Facile
- Balisage : Triangle bleu (Bâlea-Capra), bande rouge autour du lac
- Parking : Parking du Lac Bâlea, accessible en voiture par la Transfăgărășan (DN7C)
- Note : 4,8 sur 5 (139 avis AllTrails) ; lac glaciaire à 2 034 m
3. Piatra Craiului (La Om) : la crête des rois
Zărnești (județ de Brașov) : Difficile

Piatra Craiului, « la pierre du roi », porte bien son nom. C’est la plus longue crête calcaire du pays, un fil de pierre blanche qui se découpe sur le ciel comme une lame, et marcher dessus procure un vertige doux, de ceux qui donnent des ailes. On part de Zărnești, au fond de la vallée, et on grimpe longtemps avant d’atteindre le refuge de la Cabana Curmătura, où l’on recharge les batteries et le moral.
Le sommet de La Om, à 2 238 mètres, se mérite. La roche claire, les pins accrochés aux pentes, les rapaces qui tournent au-dessus des ravins : tout respire ici une majesté sèche et minérale. (La première fois, j’ai eu les mollets en feu pendant trois jours, mais je le referais demain sans hésiter.) C’est la randonnée que je conseille à qui veut goûter la vraie haute montagne roumaine sans s’attaquer encore au Făgăraș.
📋 En pratique
- Départ : Zărnești (județ de Brașov)
- Distance : 15 à 18 km
- Dénivelé : 1 300 m D+
- Durée : 7 à 8 h
- Difficulté : Difficile
- Balisage : Bande rouge (crête), triangle rouge (approche Cabana Curmătura)
- Parking : Parking de Zărnești (base de la vallée) ; refuge Cabana Curmătura pour l’étape
- Note : 4,8 sur 5 (99 avis AllTrails) ; crête calcaire la plus longue du pays
4. Lac Bucura : le joyau du Retezat
Poiana Pelegii (județ de Hunedoara) : Modéré

Le Retezat, c’est le massif que les Roumains gardent jalousement pour eux, un parc national d’une sauvagerie intacte où les lacs glaciaires se comptent par dizaines. Le lac Bucura en est le plus grand, posé à 2 040 mètres dans un cirque de granit que la lumière du matin embrase d’un coup. L’approche depuis Poiana Pelegii est courte mais franche, et le contraste entre la forêt d’épicéas et la rudesse minérale du haut saisit dès les premières rampes.
Six kilomètres aller-retour, trois à quatre heures, et vous voilà au bord de l’eau, le silence seulement troublé par le vent et le cri lointain d’un rapace. (J’y ai croisé plus de bergers et de moutons que de randonneurs, ce qui en dit long sur l’endroit.) C’est, selon moi, le meilleur rapport beauté sur effort de toute cette liste, et la porte d’entrée parfaite vers le reste du Retezat.
📋 En pratique
- Départ : Poiana Pelegii (județ de Hunedoara)
- Distance : 6 km aller-retour
- Dénivelé : 483 m D+
- Durée : 3 à 4 h
- Difficulté : Modéré
- Balisage : Bande bleue et croix rouge (sentiers du parc national Retezat)
- Parking : Parking du Refugiu Poiana Pelegii (accès nord par Cârnic / Ohaba de sub Piatra)
- Note : 4,8 sur 5 (131 avis Komoot) ; plus grand lac glaciaire de Roumanie
5. Vârful Toaca : l’escalier vers le ciel moldave
Durău (județ de Neamț) : Difficile

Le Ceahlău, on l’appelle l’Olympe moldave, et ce n’est pas qu’une formule. Massif sacré des Carpates orientales, il concentre légendes et monastères autour de ses parois abruptes. Le Vârful Toaca, à 1 904 mètres, se termine par un escalier de 523 marches taillées dans la falaise, un final épuisant qui vous hisse littéralement au-dessus du monde. On part de la station de Durău, en bas, et la montée vers la Cabana Dochia serpente entre pins et éboulis.
Arrivé en haut, la vue plonge sur la vallée et sur le lac de Bicaz, au loin, comme une carte dépliée sous vos pieds. (Les 523 marches, je les ai comptées une à une, et je peux vous dire que la dernière est de loin la plus belle.) C’est la randonnée la plus emblématique de Moldavie, celle que les Roumains eux-mêmes montent en pèlerinage, surtout pour le lever de soleil.
📋 En pratique
- Départ : Durău (județ de Neamț)
- Distance : 13 km aller-retour
- Dénivelé : 1 100 à 1 200 m D+
- Durée : 6 à 7 h
- Difficulté : Difficile
- Balisage : Bande rouge (Durău – Cabana Dochia – Vf. Toaca)
- Parking : Parking de la station de Durău, à la base du massif
- Note : 4,8 sur 5 (267 avis AllTrails) ; second sommet du massif, escalier de 523 marches
Et celles que j’ai laissées de côté
Voilà mon quinté : le Moldoveanu pour la gloire, le lac Bâlea pour la douceur, Piatra Craiului pour l’ivresse des crêtes, le lac Bucura pour la sauvagerie, et le Toaca pour la légende. Cinq randonnées, cinq humeurs, un seul pays qui n’en finit pas de surprendre. Mais par honnêteté, je dois vous dire ce que j’ai écarté, parce que choisir cinq, c’est aussi renoncer aux autres.
Il aurait fallu une place pour le Sphinx et les Babele des Bucegi, ces rochers sculptés par le vent que tout le monde photographie ; pour le canyon des Sept Échelles (Șapte Scări), ses échelles métalliques accrochées à la falaise ; pour les gorges de Turda et leur fraîcheur ; pour le mont Ciucaș et ses formes étranges. Si vous débutez, commencez par le lac Bâlea, il vous donnera envie du reste. Et vous, quelle est la randonnée roumaine qui vous a marqué ? Racontez-moi ça en commentaires, ça m’intéresse vraiment. (Et si vous me dites que vous l’avez montée en tongs, je ne vous croirai qu’à moitié.)
En attendant de chausser tes baskets, un souvenir de Roumanie ?
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

Laisser un commentaire