Le Valais, c’est mon coin de Suisse préféré — et je pèse mes mots parce que j’ai une belle-soeur à Lausanne, alors j’ai eu le temps de comparer. Entre les vignes en terrasses, les glaciers qui fondent et les vaches qui se battent à la télé, ce canton est un ovni. Alors voilà 12 faits que t’es pas prêt d’oublier.
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1 — 46 des 82 sommets alpins de plus de 4000 mètres sont en Valais
Plus de la moitié des géants des Alpes — ceux qui dépassent la barre mythique des 4000 mètres — sont situés, totalement ou en partie, sur le territoire valaisan. C’est 46 sommets sur 82, la plus forte concentration au monde à périmètre comparable. Parmi eux, la pointe Dufour à 4634 mètres (point culminant de la Suisse) et le Cervin à 4478 mètres, dont la silhouette obsède tous les photographes depuis 150 ans. Le truc qui m’a scié : le point le plus bas du canton est à 372 mètres au bord du Léman, ce qui donne un dénivelé total de 4262 mètres sur à peine 70 kilomètres à vol d’oiseau. Avoue que t’as envie de voir à quoi ça ressemble. (Moi j’ai le vertige rien qu’en lisant ces chiffres.)
2 — Le plus haut barrage-poids du monde est valaisan, et Jean-Luc Godard y était manoeuvre
Le barrage de la Grande-Dixence, achevé en 1961, culmine à 285 mètres de hauteur — c’est le plus haut barrage-poids de la planète. Il contient 6 millions de mètres cubes de béton, ce qui suffirait à construire un mur d’un mètre de haut et d’un mètre d’épaisseur reliant Genève à New York. Son lac de retenue, perché à 2364 mètres, stocke 400 millions de mètres cubes d’eau. Et c’est là que ça devient croustillant : en 1953, un jeune homme de 23 ans bosse comme manoeuvre sur le chantier — il s’appelle Jean-Luc Godard et il en tire son tout premier film, le court-métrage « Opération Béton ». L’écrivain valaisan Maurice Chappaz y fut aussi aide-géomètre et en sortit son « Chant de la Grande Dixence ». Pas mal pour un chantier de barrage, hein ? (La centrale de Bieudron, rattachée au complexe, détient le record mondial de la plus haute chute d’eau turbinée : 1883 mètres. Oui, mille huit cent quatre-vingt-trois.)
3 — Le plus ancien monastère d’Occident encore actif est à Saint-Maurice depuis l’an 515
Fondée par Sigismond, roi des Burgondes, l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune accueille des moines sans interruption depuis plus de 1500 ans. Ça veut dire que quand Clovis régnait sur les Francs, ces gars-là chantaient déjà les psaumes au pied des Alpes. Le site était déjà sacré à l’époque romaine — un temple à la déesse Hygie y trônait — et un sanctuaire chrétien existait depuis la fin du IVe siècle. L’abbaye a introduit en Occident la « laus perennis », la louange perpétuelle : des choeurs de moines qui se relayaient jour et nuit pour prier sans arrêt, une pratique venue d’Orient qui dura près de 400 ans. (Je me demande ce qu’ils mangeaient pour tenir ce rythme.) L’abbaye abrite aussi l’un des plus riches trésors d’orfèvrerie médiévale d’Europe.
4 — Le vignoble commercial le plus élevé d’Europe est en Valais, à 1150 mètres d’altitude
Sur les hauteurs de Visperterminen, dans le Haut-Valais germanophone, des vignes de cépage Heida poussent à 1150 mètres d’altitude — personne ne fait mieux en Europe. Le Valais, c’est 5259 hectares de vignes au total, le plus grand vignoble de Suisse, qui s’étire sur 120 kilomètres de long le long du Rhône. Cinquante-neuf cépages différents, du Chasselas suisse à la syrah, en passant par des autochtones quasi introuvables ailleurs comme la Petite Arvine, l’Amigne ou le Cornalin. Les analyses polliniques dans le lac de Montorge ont révélé une présence de vigne remontant à plus de 5000 ans avant notre ère — ce qui en fait l’une des plus vieilles régions viticoles des Alpes. Et le climat ? 2158 heures de soleil par an et seulement 584 mm de pluie à Sion. (Tu crois que c’est un hasard si les Romains buvaient déjà du vin valaisan ? Ceci étant dit, ils buvaient à peu près tout.)
5 — Rainer Maria Rilke a choisi d’être enterré dans un petit village valaisan
Le poète pragois Rainer Maria Rilke, auteur des mythiques « Élégies de Duino », a passé les cinq dernières années de sa vie en Valais. Atteint d’une leucémie, il s’installe en 1921 au château de Muzot, à Veyras près de Sierre — une tour du XIIIe siècle avec vue sur les Alpes. C’est là, en février 1922, qu’il achève les « Élégies de Duino » et les « Sonnets à Orphée » en trois semaines seulement, dans ce qu’il décrit comme un « ouragan de l’esprit ». Séduit par la lumière valaisanne, il écrit aussi de nombreux poèmes en français durant cette période. À sa mort en 1926, il est inhumé selon son voeu au cimetière de Rarogne (Raron), perché au-dessus de la vallée du Rhône. (Sa pierre tombale porte l’épitaphe qu’il a écrite lui-même : « Rose, ô pure contradiction… » — j’aimerais pouvoir en dire autant du mode d’emploi de mon lave-vaisselle.)
6 — Une nécropole mégalithique de 5000 ans a été découverte par hasard en creusant une canalisation à Sion
En juillet 1961, des ouvriers qui posaient une canalisation dans le quartier du Petit-Chasseur tombent sur des dalles gravées monumentales. L’archéologue appelé en urgence pense d’abord à des tombes du haut Moyen Âge — avant que des tessons de céramique campaniforme ne fassent reculer la datation de 3000 ans. La nécropole révèle l’une des séquences culturelles les plus complètes des Alpes, du Néolithique moyen (vers 4500 av. J.-C.) jusqu’à l’époque romaine. On y a trouvé des dolmens, des stèles anthropomorphes gravées de poignards et de motifs solaires, et plus de 900 tombes en coffres de pierre. Les stèles les plus anciennes, dites de « type A », datent d’environ 3000 av. J.-C. et figurent parmi les plus anciens monuments sculptés d’Europe. (Imagine : des types construisaient déjà des trucs qui tiennent 5000 ans pendant que moi, je galère à monter une étagère IKEA. ^^)
7 — Le glacier du Rhône, source du fleuve, est un laboratoire climatique depuis 1874
Situé à 2208 mètres (front en 2024), le glacier du Rhône donne naissance au fleuve éponyme qui traverse le Valais, le Léman, Lyon, Avignon, et finit dans la Méditerranée. C’est l’un des glaciers les plus étudiés de la planète : les premières mesures systématiques y remontent à 1874, grâce à l’ingénieur Philipp Gosset. Louis Agassiz, le fondateur de la théorie des âges glaciaires, l’avait étudié au XIXe siècle. Depuis 1874, le glacier recule en moyenne de 8,5 mètres par an. Durant le Petit Âge glaciaire, il descendait jusqu’au village de Gletsch, 400 mètres plus bas qu’aujourd’hui. Depuis l’été 2020, on le recouvre partiellement de bâches blanches géantes pour ralentir sa fonte. (Oui, des bâches. Sur un glacier. L’ironie de couvrir la glace pour la protéger du soleil, c’est quelque chose.)
8 — Des combats de vaches sont retransmis en direct à la télé, avec contrôles antidopage
Le « combat de reines » est une tradition valaisanne unique, inscrite au patrimoine culturel immatériel de la Suisse. Depuis 1922, on organise des tournois où les vaches de la race d’Hérens s’affrontent naturellement — sans aucune intervention humaine — pour établir leur hiérarchie. Ces bêtes, qui peuvent peser plus de 600 kilos, se poussent tête contre tête jusqu’à ce que l’une cède, et se blessent très rarement. La finale nationale à Aproz attire plus de 12 000 spectateurs et passe en direct sur la RTS, la télévision publique suisse romande. Et le plus fou ? Les gagnantes passent un contrôle antidopage et une échographie pour vérifier qu’elles ne sont pas gestantes. (Je vous jure que je n’invente rien. La Poste suisse a même émis un timbre dédié à cette tradition en 2020.)
9 — Le Binntal recèle des minéraux qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur Terre
La vallée de Binn, dans le district de Conches, est un lieu de pèlerinage mondial pour les minéralogistes. Sa carrière de Lengenbach, une modeste exploitation de dolomie, a livré plus de 200 espèces minérales différentes. Plusieurs dizaines sont endémiques — ça veut dire qu’elles n’ont jamais été trouvées ailleurs sur la planète, nulle part. La vallée, classée parc paysager d’importance nationale, reste à l’écart du tourisme de masse. (Tant mieux, d’ailleurs.) Dès le XIXe siècle, les cristalliers parcouraient ces montagnes, et les spécimens du Binntal ornent aujourd’hui les plus prestigieux musées d’histoire naturelle au monde.
10 — Sion est l’une des villes les plus ensoleillées de Suisse… et l’une des plus sèches
Avec 2158 heures de soleil par an et seulement 584 mm de précipitations, Sion jouit d’un climat quasi méditerranéen en pleine montagne. La ville est protégée des perturbations par les hautes chaînes qui l’enserrent — elle connaît en moyenne 75 jours à plus de 25 °C par an. Et pourtant, le 10 décembre 2017, il est tombé 60 centimètres de neige en une seule journée, un record absolu. Ce contraste entre sécheresse et neige illustre le paradoxe climatique du Valais : une « île sèche » entourée par les régions les plus arrosées des Alpes. Le foehn, ce vent chaud et sec, permet même de cultiver des cactus en pleine terre au pied des châteaux de Valère et Tourbillon. (Des cactus. En Suisse. J’ai vérifié trois fois avant de l’écrire.)
11 — Le Valais a été une république indépendante pendant près de deux siècles avant de rejoindre la Suisse
Avant de devenir le 20e canton suisse en 1815, le Valais a mené une vie politique pour le moins mouvementée. De 1634 à 1798, c’était la « République des Sept-Dizains », une fédération de sept communautés autonomes fonctionnant comme une véritable république alpine — le Haut-Valais germanophone dominant le Bas-Valais francophone. Puis Napoléon s’en mêle : de 1802 à 1810, il fait du Valais une « République rhodanienne » théoriquement indépendante, avant de l’annexer carrément à l’Empire français sous le nom de « Département du Simplon » (1810-1813). (On dirait un scénario de série Netflix, mais c’est l’histoire réelle d’un des plus vieux coins d’Europe.) La parenthèse française prend fin avec la chute de l’Empereur, et le Valais adhère définitivement à la Confédération suisse le 4 août 1815.
12 — En 563, un éboulement en Valais a provoqué un tsunami dans le lac Léman
En l’an 563, un pan entier de la montagne du Tauredunum (dont l’emplacement exact reste débattu, probablement dans la région de Saint-Maurice) s’effondre dans la vallée du Rhône. L’éboulement est d’une telle violence qu’il crée un barrage temporaire sur le fleuve. Quand cette digue naturelle cède, une vague déferle dans le lac Léman, provoquant un tsunami lacustre qui ravage les rives jusqu’à Genève, détruit des villages et emporte le pont de la ville. L’événement est rapporté par l’évêque Marius d’Avenches et par Grégoire de Tours. Des études géologiques menées par l’Université de Genève ont confirmé le phénomène il y a quelques années, en retrouvant dans les sédiments du Léman une couche de dépôt massive datant précisément du VIe siècle. (Un tsunami dans un lac suisse. En 563. Et dire que je me plains de la météo à Montréal.)
Alors, t’en connaissais combien ? Si t’es Valaisan ou si t’as passé du temps dans le coin, tu dois bien avoir un fait que j’ai oublié — balance-le en commentaire, je lis tout. (Même les vannes sur les Suisses allemands.)
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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