Ce texte-là, je l’ai vu passer sur les vieux forums, les blogs d’époque, les commentaires sous des posts Facebook — il circule dans le Roussillon depuis 2009 au moins. Une compile de trucs que les Catalans se refilent entre eux, moitié autodérision, moitié chauvinisme local. J’en ai retrouvé des traces sur Cheval Annonce (oui, le forum d’équitation, je sais, mais c’est là que ça vit sa meilleure vie), sur des blogs persos, et dans le Journal Catalan. J’ai gardé les 25 signes les plus parlants — ceux qui te feront hocher la tête en te disant « ouais, c’est tellement ça ».
Tu peux aussi voir la collection complète Ici & Là Catalogne ici : lien
Bouffe, météo, dialecte, caractère — un peu de tout. Et si t’es pas Catalan, tu vas probablement apprendre deux ou trois trucs sur ce peuple qui commence à Salses.
Allez, on y va. Tu sais que tu es Catalan quand :
1 – En dessous de 18°C, ton organisme cesse de thermoréguler
17 degrés et tu cherches déjà la couverture. Le froid catalan, c’est pas une température, c’est une trahison. En dessous de 18, ton corps engage une procédure de survie — et tes potes du nord qui se foutent de toi, tu leur rappelles qu’eux ils ont pas la tramontane dans la gueule. C’est pas le froid le problème, c’est le vent.
2 – Pour toi, le nord commence à Salses
Salses-le-Château, c’est la porte des Pays Catalans. Tout ce qui est au-dessus, c’est le grand inconnu — et franchement, tu veux pas savoir. La vraie frontière elle est là, entre la vigne et le reste du monde (oui, je sais, Narbonne c’est à 40 bornes, mais c’est déjà le septentrion pour toi).
3 – Le Canigou n’est pas une montagne, c’est un symbole
2786 mètres et 66 centimètres de majesté pure. Tu l’aperçois depuis l’autoroute en rentrant, et tac — le sourire te monte aux lèvres sans que tu puisses le contrôler. T’es de retour. Les Catalans disent que c’est la montagne sacrée, et si t’en doutes, tu montes à la Saint-Jean avec ta bûche sur le dos, tu verras bien.
4 – Le mot « Canigou » ne te fait pas penser à un chien
Non. Juste non. Si quelqu’un te dit Canigou et que ton cerveau part sur les croquettes pour toutou, c’est que t’as jamais mis les pieds en pays catalan. Le Canigou, c’est le gardien de la plaine, pas une marque pour labrador. Voilà, c’est dit.
5 – Tu sais boire le muscat au porro
Le porro, cette bouteille en verre au long bec, c’est pas fait pour arroser les géraniums. Le muscat de Rivesaltes, tu le bois tête renversée, bec à distance respectable de la bouche, sans en foutre une goutte sur ton t-shirt. C’est tout un art — et celui qui renverse, on le regarde de travers (bon, on lui ressert quand même, on est pas des monstres).
6 – Rousquilles, ouillade, escalivade, cargolades et muscat sont tes fiertés
La rousquille d’Amélie-les-Bains, ce petit gâteau tout rond, l’ouillade de Collioure qui te réchauffe l’âme, l’escalivade de légumes grillés, les cargolades d’escargots à l’aïoli… T’as l’eau à la bouche rien que d’en parler. Et si un étranger fait la grimace devant les escargots, tu hausses les épaules — tant pis pour lui.
7 – Tu fais des bunyetes à Pâques (et surtout pas des oreillettes)
La bunyete catalane, fine et croustillante, héritée de la grand-mère, c’est sacré. Si on te propose des « oreillettes » comme en Provence, tu fronces les sourcils — c’est pas pareil, fa. La bunyete, c’est la bunyete. La recette se transmet dans la famille, et malheur à celui qui la modifie.
8 – À Noël, c’est tourron et rousquilles. À l’Épiphanie, c’est le tortell, pas la galette
Le tourteau des Rois — le tortell — brioché, parfumé à la fleur d’oranger, couronné de fruits confits. Pas de frangipane ici, hè. Et le tourron d’Alicante sur la table de Noël, c’est l’héritage transfrontalier qui rappelle que la Catalogne, elle s’arrête pas aux Pyrénées.
9 – Tu peux pas te passer de fuet, d’anchois de Collioure, de costellas et de roustes aux grillades
Le fuet, ce saucisson sec catalan, les anchois au sel de Collioure, les côtelettes d’agneau (les costellas) et la ventrèche grillée (la rouste — et attention, une rouste c’est pas une claque, c’est du lard). Sans ça, un repas c’est pas un repas. Et le barbecue du dimanche midi, c’est une institution.
10 – Un apéro sans muscat et Ricard, c’est pas un apéro. Et devant l’aïoli, tu te retiens pas
La trinité de l’apéro catalan : muscat, Ricard, aïoli maison avec de la morue. Si t’arrives chez quelqu’un et qu’il n’y a pas au moins deux de ces trois-là sur la table, tu commences à te demander si t’es bien en pays catalan. Et l’aïoli — le vrai, ail i oli, monté à la main — t’en manges jusqu’à ce que ça déborde.
11 – Ton fruit préféré, c’est la pêche ou l’abricot du Roussillon
Le Roussillon, premier verger de France — et toi tu le sais depuis que t’es gamin. La pêche de nos coteaux, l’abricot rouge du Roussillon, c’est ton patrimoine gustatif. Une pêche achetée au bord de la route en juillet, croquée encore tiède de soleil : ça, c’est ton madeleine de Proust à toi.
12 – Tu sais prononcer Baixas, La Llagone, Eus, Enveitg et Peyrestortes
Si tu butes sur le « x » de Baixas ou sur le « l·l » de la Llagone, t’es un étranger. Le catalan, c’est une langue à pièges phonétiques, et toi tu les danses sans y penser. Eus, ça se prononce pas comme le pronom — et si tu sais pas pourquoi, c’est que t’es pas d’ici. (Le pire, c’est que même entre Catalans on se chicane sur certaines prononciations, mais ça, c’est un autre débat.)
13 – T’as déjà traité un « gavatch » de « poc axurit »
Le gavatch, c’est l’étranger du nord, le Français d’ailleurs. « Poc axurit », ça veut dire « pauvre tache » en bon catalan — une insulte qui claque aussi fort qu’un coup de tramontane. Tu l’as sortie au moins une fois, et tu regrettes pas.
14 – « Fals », « raï », « fart » font partie de ton vocabulaire. Tu démarres tes phrases par « fa », tu les finis par « hè »
Le catalan infuse ton français sans que tu t’en rendes compte. « Fals » pour « faux », « raï » pour « rien, c’est pas grave », « fart » pour « repu, gavé ». Et ce petit « fa… » en amorce de phrase, ce « …hè » qui la clôt — c’est ta signature vocale. Quand tu parles à un non-Catalan, tu passes ton temps à traduire mentalement avant de parler. Fa, c’est la vie, hè.
15 – Pour appeler quelqu’un, tu cries « iou !!! », et tu dis « figures-toi » dans toutes tes conversations
Le « iou !! » catalan, c’est le cri de ralliement. Équivalent méditerranéen du « ohé ! » maritime, mais en plus terrien. Tu traverses la rue, t’aperçois un pote : « Iou !! Ça va ? Figures-toi que j’ai croisé ton père… » Et voilà, la conversation est lancée. « Figures-toi », c’est ton tic de langage, t’y peux rien.
16 – T’as fait option catalan à l’école. Ton livre de chevet, c’est le « dico d’aqui »
L’option catalan au primaire ou au collège, c’était pas un choix, c’était une évidence. Le dictionnaire du catalan local — le dico d’aqui — c’est ta bible. Tu l’as encore quelque part sur une étagère, et tu le consultes de temps en temps pour vérifier l’orthographe d’un mot que t’as toujours dit sans jamais l’écrire.
17 – USAP ! USAP ! USAP !!! Le rugby, c’est ta religion
L’Union Sportive des Arlequins Perpignanais, sang et or. Le rugby à XV, plus qu’un sport — une identité. T’as passé des après-midi entières à Aimé-Giral, le cœur qui bat au rythme des mêlées. Et tu possèdes au moins un ballon ovale, c’est pas négociable. Les soirs de victoire, la ville entière vibre — et les soirs de défaite, on en parle encore au café.
18 – T’as déjà dansé la sardane… en boîte de nuit
La sardane, la danse traditionnelle en cercle, les mains levées, le pas mesuré. Ta grand-mère la dansait sur la place du village. Mais le vrai signe que t’es Catalan, c’est de l’avoir vue débarquer sur un dancefloor à trois heures du matin, entre deux mixes. (Je l’ai vu de mes yeux, et oui, c’est aussi décalé que ça en a l’air.)
19 – Tu connais les chansons de Lluís Llach et Jordi Barre, et tu les chantes dans les férias
Lluís Llach et son « Estaca », hymne de résistance catalane qui parle à tout le monde. Jordi Barre, le troubadour du Roussillon, ses mélodies qui sentent le vent et la mer. Dans les férias de Millas et de Céret, tu les reprends en chœur, le bras levé, la gorge serrée d’émotion — et d’un coup de muscat.
20 – T’as déjà pris le train au Centre du Monde (la gare de Perpignan)
Salvador Dalí l’a déclaré : la gare de Perpignan, c’est le centre du monde. Et toi, tu le crois dur comme fer. C’est de là que t’as pris ton premier train, celui qui t’emmenait ailleurs — et c’est là que tu arrives quand tu rentres. Le panneau est toujours là pour le rappeler aux voyageurs : vous êtes au centre de tout.
21 – T’as chez toi un drapeau sang et or, et un burro accroché à ta voiture
Le drapeau catalan, les quatre barres de sang sur fond d’or, tu l’affiches fièrement — au balcon, dans le salon, ou en autocollant sur la bagnole. Et le petit âne catalan, le burro, à l’arrière du pare-brise, c’est le signe de ralliement discret. Quand tu croises une voiture avec le même burro, y’a un hochement de tête complice. Fa, on se reconnaît entre nous, hè.
22 – T’utilises que L’Indépendant pour allumer le barbecue
Le journal local — L’Indep — tu le lis peut-être, tu le lis peut-être pas, mais il a une seconde vie sacrée : l’allumage du feu pour les grillades du dimanche. Une page froissée, un peu de charbon, et c’est parti. La nouvelle du jour ? Elle part en fumée avec les côtelettes. C’est le cycle de la vie catalane.
23 – Tu connais les deux cathédrales de Perpignan, et ton premier film, c’était au Castillet
Saint-Jean-Baptiste et la cathédrale Saint-Jean, la Real… Perpignan la Catalane, tu la connais par cœur. T’allais aux Galeries Lafayette juste pour le parfum en bas ou les escalators (avoue, toi aussi). Et ton premier film au cinéma, c’était au Castillet — la salle mythique du centre-ville, avant qu’elle ferme. Ça veut dire quelque chose, ça.
24 – À midi, tu dînes (pas déjeuner). Y’a 5 minutes, c’est « après », pas « avant ». Et tu vas « faire de l’essence »
Le français catalan a ses expressions à lui. « Dîner » à midi, c’est l’héritage direct du « dinar » catalan. Si quelque chose s’est passé y’a cinq minutes, tu dis « je l’ai vu après » — et les non-Catalans buggent. Et puis tu vas pas « prendre de l’essence » ou « faire le plein », tu vas « faire de l’essence ». Ces trois-là, c’est le test ultime pour repérer un vrai du 66.
25 – Ton paysage, c’est mer, montagne, neige et vignes avec casot. Tu t’es baigné que dans la Méditerranée, et la montagne, c’est les Pyrénées. Rien d’autre
Entre la Méditerranée et le Canigou, ton horizon est tracé depuis l’enfance. Le casot, la petite cabane en pierres sèches au milieu des vignes, c’est ton décor familier. La plage d’Argelès, les pistes de Font-Romeu, les criques de Collioure : ta géographie sentimentale. Et quand on te parle montagne, tu vois les Pyrénées. Le reste — Alpes, Vosges, tout ça — c’est joli, mais c’est pas pareil.
Alors, t’en as combien ? Sur 25 — si t’en as plus de 20, t’es un pur produit du Roussillon, félicitations. Si t’en as entre 10 et 20, t’es probablement un Catalan d’adoption ou de cœur — et c’est très bien aussi. Et si t’en as moins de 10… fa, va falloir venir faire un tour en pays catalan, hè.
Et toi, c’est quoi ton truc de Catalan que j’ai oublié ? Balance en commentaire. Les meilleurs, je les ajouterai peut-être à la liste — parce qu’à 25, on commence juste à gratter la surface.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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