Avoue, toi aussi tu as séché l’histoire en regardant par la fenêtre (moi, je me la jouais spécialiste de la Polynésie en mangeant des noix de coco devant des documentaires). Résultat, on résume souvent la Polynésie française à Tahiti, Bora Bora et des colliers de fleurs, et on oublie que ce bout du Pacifique a vu des navigateurs géniaux, des reines, des missionnaires, des bombes et une vraie bataille pour l’autonomie. Voici douze dates, pas une de plus, pour tout retenir sans rouvrir un manuel scolaire.
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1 – Ier siècle : les Marquises, premier point de chute
On commence très loin. Les Marquises sont les premières îles polynésiennes atteintes, vers le Ier siècle de notre ère, par des navigateurs austronésiens partis d’Asie du Sud-Est en sautant d’île en île (Taïwan, les Philippines, la Nouvelle-Guinée, Fidji). Les îles de la Société, dont Tahiti, suivent vers l’an 300, puis viendront l’île de Pâques, Hawaï et la Nouvelle-Zélande. Ces gens-là traversaient l’océan sur des pirogues à balancier avec une précision qui fiche la trouille : ce sont, dit-on, les premiers grands navigateurs de l’histoire de l’humanité.
2 – 1521 : Magellan, premier Européen
Le premier Européen à poser les yeux sur ces îles, c’est le Portugais Fernand de Magellan, le 24 janvier 1521, tombé par hasard sur Puka Puka, dans les Tuamotu, une des « îles Infortunées » (le nom dit tout). En 1595, les Espagnols Mendaña et Quirós découvrent les Marquises, puis plus rien pendant un siècle : le Pacifique est si vaste qu’il a su se garder tout seul. Autant dire que, pendant longtemps, la Polynésie est restée un des derniers coins du globe à vivre hors des cartes.
3 – 1767 : Wallis découvre Tahiti
En 1767, le Britannique Samuel Wallis « découvre » officiellement Tahiti, suivi un an plus tard par le Français Louis Antoine de Bougainville, qui en fait la mythique « nouvelle Cythère » et fait rêver toute l’Europe. James Cook enchaîne en 1769, puis revient en 1773, 1774 et 1777. Bref, en dix ans, Tahiti passe de l’inconnu au fantasme : c’est le début d’un malentendu qui va durer, entre le paradis rêvé par les Européens et la réalité d’une société organisée, avec ses chefs et ses règles.
4 – 1797 : la mission protestante débarque
Le 5 mars 1797, date encore commémorée à Tahiti, débarquent quatre pasteurs et quatorze artisans et agriculteurs de la London Missionary Society. Refoulés de Tahiti, ils s’installent à Moorea, où ils alphabétisent les insulaires et traduisent la Bible en tahitien. C’est un tournant : la Polynésie entre dans la chrétienté, et la langue tahitienne se met par écrit. On peut trouver ça discutable aujourd’hui, mais c’est à ce moment-là qu’une bonne partie de la mémoire polynésienne a été sauvée de l’oubli.
5 – 1842 : la France impose son protectorat
En mai 1842, l’amiral Abel Aubert du Petit-Thouars annexe les Marquises, puis impose à la reine Pōmare IV un traité de protectorat. S’ensuit la guerre franco-tahitienne (1844-1846), et la reine, un temps exilée, finit rétablie sur son trône, le protectorat confirmé en 1847 par la convention de Jarnac. La Polynésie bascule dans l’orbite française, mais attention : le protectorat, ce n’est pas encore l’annexion, et la monarchie tahitienne continue d’exister, bon an mal an.
6 – 1880 : Pōmare V cède Tahiti à la France
Le 29 juin 1880, le dernier souverain, Pōmare V, cède à la France les territoires du protectorat, en échange d’une rente viagère et du maintien des symboles de sa royauté. La loi du 30 décembre 1880 confirme l’annexion : la Polynésie devient une colonie, les « Établissements français de l’Océanie ». Pōmare V meurt en 1891, et Paul Gauguin, fraîchement débarqué, assiste à ses funérailles. Drôle de symbole : le peintre qui allait faire de Tahiti un mythe arrive pile au moment où le royaume s’éteint.
7 – 1940 : Tahiti choisit la France libre
Le 2 septembre 1940, en pleine débâcle, Tahiti et Moorea votent massivement pour le ralliement à la France libre du général de Gaulle, contre le régime de Vichy. C’est l’un des premiers territoires d’outre-mer à faire ce choix. De 1942 à 1945, Bora Bora accueille une base américaine de quelque 5000 soldats. La Polynésie, perdue au bout du monde, se retrouve soudain au coeur de la guerre du Pacifique.
8 – 1946 : les Polynésiens deviennent citoyens
En 1946, avec la Quatrième République, les Établissements français de l’Océanie deviennent un Territoire d’outre-mer, et les Polynésiens obtiennent enfin le droit de vote et la citoyenneté. C’est à partir de là que la vie politique locale s’organise vraiment, autour de figures comme Pouvanaa Oopa, qui incarne le mouvement pour l’autonomie, et du RDPT. Le rapport à la France change de nature : on passe de la colonie à la revendication.
9 – 1957 : naissance de la Polynésie française
En juillet 1957, la loi-cadre dite Defferre, votée en 1956, prend effet, et c’est à ce moment que les Établissements français de l’Océanie reçoivent leur nom actuel : la Polynésie française. Un décret et une loi de juillet 1957 actent ce baptême, en même temps qu’une première forme d’autonomie interne. Ce nom, « Polynésie française », il dit tout du compromis entre l’identité polynésienne et l’appartenance à la France, et il est resté.
10 – 1962 : le nucléaire s’installe
Le 27 juillet 1962, le gouvernement français crée le Centre d’expérimentations du Pacifique, le CEP, et c’est le début de l’ère nucléaire. Les essais s’installent à Moruroa et à Fangataufa, bouleversent l’économie, font exploser Papeete et divisent durablement la population. Les essais atmosphériques puis souterrains vont se poursuivre pendant des décennies, jusqu’aux suspensions des années 1990, laissant une cicatrice qui pèse encore aujourd’hui sur les relations entre Paris et Papeete.
11 – 1977 : l’autonomie de gestion
Le 12 juillet 1977, la Polynésie française obtient le statut d’autonomie de gestion : le gouverneur devient haut-commissaire, et un Conseil de gouvernement de sept membres est élu par l’Assemblée territoriale. C’est un vrai pas, même si Paris garde l’essentiel des compétences. On est encore loin de l’indépendance, mais la Polynésie commence à se gouverner elle-même, et ce statut va s’étoffer dans les années qui suivent.
12 – 1984 : un gouvernement pour la Polynésie
Le 9 septembre 1984, la Polynésie française se dote d’un véritable gouvernement, avec à sa tête un président du gouvernement, le premier étant Gaston Flosse, et une assemblée élargie à 41 membres. Les « ministres » remplacent les simples conseillers. C’est le socle de l’autonomie moderne, celui qui structure encore largement la vie politique du territoire aujourd’hui, entre autonomistes et partisans du maintien dans la République.
Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.
Sources : page Wikipedia « Histoire de la Polynésie française » et les pages de contre-vérification consacrées au peuplement de l’Océanie, à l’exploration du Pacifique, au royaume de Tahiti, au protectorat, aux Établissements français de l’Océanie, au Centre d’expérimentations du Pacifique et aux différents statuts d’autonomie.

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