Avoue, toi aussi tu as passé tes cours d’histoire du lycée à regarder par la fenêtre (j’ai séché, moi aussi, pas de jugement). Résultat : l’Italie, on la résume souvent à deux ou trois clichés, la pizza, les gladiateurs, et on oublie qu’il s’est passé des choses autrement plus sérieuses dans la botte. Alors voici douze dates, pas une de plus, pour tout retenir de l’histoire italienne sans rouvrir un manuel scolaire.
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1 – 753 av. J.-C. : la légendaire fondation de Rome
Si on te demande quand Rome a été fondée, la réponse que tout le monde connaît, c’est 753 avant notre ère. Sauf que voilà : selon la légende, la ville serait née de Romulus, qui aurait tracé le sillon des remparts après avoir tué son jumeau Rémus (les frères, c’est toujours compliqué). La tradition raconte aussi que cette date a été fixée bien plus tard, au Ier siècle avant notre ère, par un érudit romain nommé Varron, et qu’elle s’est imposée depuis plus de deux mille ans. Les historiens d’aujourd’hui préfèrent d’ailleurs parler de formation progressive de la ville au fil du VIIIe siècle avant notre ère plutôt que de fondation d’un seul bloc. Bref, retiens surtout que tout le roman italien commence par une histoire qu’on raconte, pas par un acte notarié.
2 – 509 av. J.-C. : la République remplace les rois
Selon la tradition, la République naît en 509 avant notre ère, quand les Romains chassent leur dernier roi, Tarquin le Superbe, un Étrusque qui portait décidément bien son surnom. Ce régime, avec son Sénat, ses magistrats et son droit écrit, va tenir près de cinq siècles (essaie d’imaginer un gouvernement qui tient cinq cents ans, toi). C’est sous la République que Rome commence à unifier la péninsule italienne, puis à s’étendre sur toute la Méditerranée après les guerres puniques. Là encore, les historiens nous rappellent que la date a un petit côté quasi-légendaire, alors on la raconte avec des pincettes. Ce qui compte, c’est que le passage de la royauté à la République pose les fondations de toute la culture politique italienne.
3 – 476 : la chute de l’Empire romain d’Occident
Le 4 septembre 476, un Germain nommé Odoacre dépose le dernier empereur d’Occident, Romulus Augustule, et ne prend même pas la peine de le remplacer (le poste, c’est vrai, n’était plus très demandé). Cette date est retenue par convention comme la fin de l’Antiquité et le début du Moyen Âge. L’Empire d’Occident s’était effrité sous les coups des migrations qu’on appelle barbares, Wisigoths, Vandales, Ostrogoths, Huns, pendant que l’Empire d’Orient, lui, survivait encore près d’un millénaire. La péninsule italienne entre alors dans une longue période de morcellement politique. Et pour le clin d’oeil : le dernier empereur d’Occident portait le prénom de Romulus, celui du fondateur légendaire, augmenté du diminutif Augustule, petit Auguste, comme un écho ironique de toute l’histoire romaine.
4 – 774 : Charlemagne devient roi des Lombards
Appelé à la rescousse par le pape Adrien Ier, menacé par le roi lombard Didier, Charlemagne intervient en Italie à l’été 773. Il met le siège devant Pavie, une affaire qui traîne en longueur (les sièges, c’est jamais aussi rapide que dans les films), et la ville tombe en 774. Charlemagne se proclame alors roi des Lombards, cumulant le titre de roi des Francs et des Lombards. Cette conquête met fin au royaume lombard qui dominait le nord de la péninsule depuis 568, et scelle l’alliance entre la papauté et les Francs, un prélude à son couronnement impérial de l’an 800. Selon la tradition, c’est à cette occasion qu’il aurait ceint la couronne de fer de Lombardie, un symbole convoité jusqu’à Napoléon.
5 – 1571 : la bataille navale de Lépante
Le 7 octobre 1571, dans le golfe de Patras, la flotte de la Sainte Ligue écrase celle de l’Empire ottoman de Sélim II. Cette coalition chrétienne, montée sous l’égide du pape Pie V, réunit les escadres vénitiennes et espagnoles, renforcées de galères génoises, pontificales, maltaises et savoyardes, avec Venise en tête de file. L’affrontement mobilise environ 212 galères chrétiennes contre 208 ottomanes, ce qui en fait l’une des plus grandes batailles navales de l’histoire. La victoire freine durablement l’avancée ottomane en Méditerranée occidentale et consacre la puissance des républiques maritimes italiennes. Le détail qui claque : ce fut l’un des derniers grands combats livrés presque entièrement à la rame, avec des équipages de rameurs dont la perte s’avéra fatale pour les Ottomans.
6 – 1755 : la République corse de Pascal Paoli
En novembre 1755, Pascal Paoli proclame la Corse nation souveraine et indépendante de la république de Gênes, avec Corte pour capitale et l’italien pour langue officielle. Il dote l’île d’une constitution fondée sur la séparation des pouvoirs et le suffrage universel, souvent considérée comme la première constitution démocratique de l’histoire moderne (un petit air de république avant l’heure, un siècle avant l’unité italienne). Il semblerait que les femmes aient aussi voté, mais cette thèse, les historiens la nuancent. Paoli se revendique Italien : « Nous sommes Corses de naissance et de sentiment, mais nous nous sentons avant tout Italiens par la langue, les origines, les coutumes, les traditions ». On sait aussi que le mouvement américain des Fils de la Liberté s’inspirait de Paoli. L’aventure s’achève en 1769, quand la France annexe l’île après la défaite de Ponte-Novo.
7 – 1805 : Napoléon se proclame roi d’Italie
En 1805, Napoléon Bonaparte, devenu empereur des Français, transforme la République italienne en royaume d’Italie et se nomme roi le 17 mars. Le couronnement a lieu le 26 mai dans le dôme de Milan, la capitale du nouveau royaume, qui couvre le nord et le centre-est de la péninsule. À la tête de l’administration, il place Eugène de Beauharnais, issu du premier mariage de Joséphine, nommé vice-roi. Cette entité est souvent considérée comme la première à porter officiellement le nom d’« Italie » dans l’ère moderne, avant que la nation unifiée ne le reprenne à son compte. Napoléon y introduit les codes civil, commercial et pénal, ainsi qu’une administration unifiée qui marqueront durablement la péninsule (merci, ou pas, l’Empereur).
8 – 1861 : la proclamation du royaume d’Italie
Le 17 mars 1861, le royaume d’Italie est proclamé, et Victor-Emmanuel II, roi de Sardaigne, prend le titre de roi d’Italie. C’est l’acte de naissance de l’État italien moderne, qui couronne le Risorgimento porté par Cavour, Garibaldi et Victor-Emmanuel II. Sauf qu’à ce moment-là, l’unification est loin d’être finie : Rome et Venise manquent encore à l’appel (oui, un royaume d’Italie sans Rome, ça fait bizarre). Le nouveau royaume est une monarchie constitutionnelle au suffrage restreint. Il faudra attendre 1866 pour Venise et 1870 pour Rome.
9 – 1870 : la prise de Rome
Le 20 septembre 1870, les troupes italiennes entrent dans Rome par la brèche de Porta Pia, et la ville est annexée au royaume d’Italie. Cette prise met fin aux États pontificaux et au pouvoir temporel des papes. Elle ouvre la fameuse « question romaine », ce conflit entre l’État italien et la papauté qui ne sera réglé qu’aux accords du Latran en 1929. Le pape Pie IX, se considérant prisonnier au Vatican, ordonne aux catholiques de se retirer de la vie politique (une position qui va durer des décennies). Rome devient la capitale définitive du royaume en 1871.
10 – 1922 : la marche sur Rome et Mussolini
En octobre 1922, la marche sur Rome menée par les faisceaux de Mussolini déferle sur la capitale, dans un climat de crise économique et sociale nourri par le sentiment de « victoire mutilée » de la Première Guerre mondiale. Le roi Victor-Emmanuel III, qui avait le pouvoir de proclamer l’état de siège, refuse et choisit au contraire de nommer Mussolini président du Conseil (un choix dont les Italiens paieront le prix fort). Le fascisme s’installe au pouvoir, avant d’imposer un régime totalitaire à partir de 1924-1925. S’ouvrent alors deux décennies de dictature qui mèneront l’Italie droit vers la Seconde Guerre mondiale.
11 – 1946 : la naissance de la République italienne
Le 2 juin 1946, les Italiens votent par référendum l’abolition de la monarchie, compromise avec le fascisme de Mussolini, et instaurent la République. Le même jour, ils élisent l’Assemblée constituante qui rédigera la Constitution, entrée en vigueur le 1er janvier 1948 (deux décisions en un seul dimanche, plutôt efficace). Ce 2 juin devient la fête nationale italienne, la Festa della Repubblica. C’est la rupture définitive avec l’Italie monarchique issue du Risorgimento et l’entrée dans l’ère républicaine.
12 – 1957 : les traités de Rome et la CEE
Le 25 mars 1957, six pays, dont l’Italie, signent à Rome le traité instituant la Communauté économique européenne, ainsi que le traité Euratom le même jour. La CEE, c’est le premier pas vers la construction de l’Union européenne. Que le pays choisisse Rome comme lieu de signature n’a rien d’anodin : c’est un symbole fort de renaissance après la guerre. La ville qui fut jadis le coeur de l’Empire romain redevient le lieu où se scelle l’unité européenne naissante (l’histoire a le sens du clin d’oeil). L’Italie s’ancre ainsi définitivement au coeur du projet européen.
Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.
Sources : page Wikipedia « Histoire de l’Italie » et les pages de contre-vérification consacrées à la fondation de Rome, la République romaine, la chute de l’Empire d’Occident, Charlemagne, la bataille de Lépante, la République corse, Pascal Paoli, le royaume d’Italie napoléonien, la proclamation du royaume, la prise de Rome, la marche sur Rome, la naissance de la République italienne et le traité de Rome.

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