L’histoire de la Catalogne pour les cancres : 12 dates pour tout retenir

Avoue-le : au lycée, le cours d’histoire du Roussillon, tu l’as un peu regardé passer par la fenêtre. Entre les comtes de Barcelone, les rois de Majorque et les traités signés sur une île au milieu d’une rivière, on a tous décroché un moment. Pourtant, cette terre a changé de mains une bonne dizaine de fois, et elle est restée catalane à chaque fois. Alors je t’ai fait une version courte : douze dates, douze repères, zéro manuel scolaire.

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1 – Vers −450 000 ans : l’Homme de Tautavel, le premier Européen dormait chez toi

Assieds-toi une seconde, parce que ça envoie : dans la caune de l’Arago, à Tautavel, on a retrouvé les plus vieux fossiles humains de France. Le crâne Arago 21, mis au jour le 22 juillet 1971, est daté d’environ 450 000 ans, même si l’ensemble des restes s’étale entre 570 000 et 400 000 ans. (Oui, je te donne une fourchette, parce que la préhistoire n’a jamais su tenir un agenda.) Avant les Catalans, les Grecs ou les Romains, il y avait donc déjà du monde dans la plaine du Roussillon et des Corbières. Un berceau du peuplement européen, tout simplement.

2 – −121 à −118 av. J.-C. : les Romains débarquent et tracent la voie Domitienne

Entre −121 et −118 avant notre ère, Rome pose ses sandales dans le sud de la Gaule. La défaite des Allobroges en −121 scelle la conquête, puis la colonie de Narbo Martius (Narbonne) est fondée en −118. La voie Domitienne traverse la plaine roussillonnaise pour relier l’Italie à l’Hispanie, et c’est de là que datent Ruscino (Château-Roussillon) et Illibéris, la future Elne. (Tu te rends compte : le nom de ton pays vient d’une cité romaine, Ruscino.) La région devient la Narbonnaise et entre pour de bon dans l’orbite de Rome.

3 – 878 : Guifred le Velu, la Catalogne naît dans un concile

En 878, au concile de Troyes, Louis le Bègue destitue le comte de Barcelone et donne le titre à Guifred le Velu, pendant que son frère Miron le Vieux devient comte du Roussillon. La tradition catalane voit en Guifred le père de la patrie, le fondateur de la dynastie des comtes de Barcelone. (Le Velu, c’est un surnom, mais il n’était pas non plus le premier venu : il a posé les bases de tout ce qui suit.) C’est à cette génération que Miron fonde l’abbaye Saint-Michel de Cuxa, dans le Conflent. Le Roussillon s’ancre alors dans le monde comtal catalan, et il n’en sortira plus.

4 – 11 mai 1258 : le traité de Corbeil, la frontière qui coupe la montagne en deux

Le 11 mai 1258, on signe à Corbeil un traité qui règle un vieux contentieux de suzeraineté entre Louis IX (Saint Louis) et Jacques Ier d’Aragon. Le roi de France renonce aux comtés catalans, le roi d’Aragon renonce au Languedoc, sauf Montpellier. La frontière est fixée aux Corbières : le Fenouillèdes passe côté occitan, le Roussillon reste catalano-aragonais. (En clair, on a tracé une ligne qui divise encore aujourd’hui ton département entre pays de langue catalane et pays de langue occitane.) Un trait de plume qui dure huit siècles.

5 – 1262 : Jacques Ier crée le royaume de Majorque, Perpignan devient capitale

En 1262, Jacques Ier d’Aragon rédige son testament et réserve à son fils cadet Jacques II un royaume qui rassemble les Baléares, le Roussillon, la Cerdagne et Montpellier. Jacques II installe sa capitale à Perpignan et y fait bâtir le palais des rois de Majorque, que tu peux encore visiter aujourd’hui. (Je te le recommande, la vue depuis les remparts vaut le détour.) C’est une période de prospérité et d’essor artistique pour le Roussillon. Perpignan garde de cette époque un statut de capitale princière sans équivalent dans la région.

6 – 1344 : l’Aragon reprend le Roussillon, le rêve majorquin s’arrête

Le royaume de Majorque n’aura pas fait cent ans. En 1344, le roi d’Aragon Pierre IV le Cérémonieux conquiert les Baléares, le Roussillon et la Cerdagne. Le dernier roi de Majorque, Jacques III, est définitivement vaincu à la bataille de Llucmajor le 25 octobre 1349. (On ne va pas se mentir : être roi de Majorque, c’était visiblement un métier à risque.) Le Roussillon réintègre la principauté de Catalogne, et son destin catalan est scellé pour les trois siècles suivants.

7 – 7 novembre 1659 : le traité des Pyrénées, le Roussillon devient français

Le 7 novembre 1659, Mazarin et don Luis de Haro signent le traité des Pyrénées sur l’île des Faisans, et mettent fin à la guerre franco-espagnole. La France annexe le Roussillon, le Vallespir, le Conflent, le Capcir et les villages de l’est de la Cerdagne, à l’exception de l’enclave de Llívia. L’article 42 fait des Pyrénées la frontière entre les deux royaumes, coupant la Catalogne en deux. (Une île au milieu d’une rivière, pour décider du sort de tout un pays : il fallait oser.) Le Roussillon devient français, tout en restant catalan de langue et de cœur.

8 – 1660 : Louis XIV abolit les institutions catalanes, le Roussillon encaisse

Dès 1660, Louis XIV abolit les constitutions catalanes du Roussillon et de la Cerdagne, et remplace les institutions locales par les siennes : un Conseil souverain à Perpignan, un intendant nommé. La francisation administrative ne passe pas du tout : la révolte des Angelets (1667-1675) éclate contre la gabelle du sel. (Les Angelets, ce sont des paysans qui se sont battus pour ne pas payer l’impôt du sel, et on les a pourchassés longtemps.) Un décret du 2 avril 1700 viendra même interdire le catalan dans les lieux publics et les écoles. La Catalogne du Nord française se construit alors, souvent contre sa propre langue.

9 – 6 mars 1790 : naissance du département des Pyrénées-Orientales

Le 6 mars 1790, à la faveur de la Révolution, naît le département des Pyrénées-Orientales. Il reprend l’ancienne province du Roussillon, agrandie du Fenouillèdes et de plus de 25 communes languedociennes, et Perpignan en devient le chef-lieu. (Oui, on a collé ensemble un pays catalan et un pays occitan, et il a fallu s’entendre.) Les districts de Perpignan, Céret et Prades structurent le nouveau territoire. Le nom « Pyrénées-Orientales » est né, et il n’a pas bougé depuis.

10 – Décembre 1851 : le département se soulève contre le coup d’État

Le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte fait son coup d’État, et le département, réputé farouchement républicain, se soulève. Dans la nuit du 7 au 8 décembre, environ dix mille personnes prennent les armes, à Estagel, Thuir, Collioure ou Prades. (Estagel, c’est la patrie de François Arago, alors forcément, ça a chauffé.) Environ 500 personnes sont arrêtées, et 336 sont déportées au bagne d’Algérie. Une tache de sang qui a marqué la mémoire du Roussillon républicain.

11 – 19 mai 1907 : 170 000 vignerons envahissent Perpignan

Le 19 mai 1907, environ 170 000 vignerons défilent à Perpignan pour protester contre la mévente du vin et la concurrence des vins importés. C’est la révolte des vignerons du Midi, et elle embrase toute la région. (170 000 personnes dans une ville qui n’en compte pas le quart, imagine le tintamarre.) Le 20 juin, la préfecture est incendiée. Ce mouvement forge l’identité politique du département, terre du « Midi Rouge », et débouche sur la loi anti-fraude.

12 – Février 1939 : la Retirada, un département qui accueille un demi-million d’exilés

En février 1939, à la chute de la Catalogne républicaine, plus de 450 000 républicains espagnols franchissent la frontière. Les Pyrénées-Orientales comptent alors moins de 240 000 habitants, et se retrouvent à accueillir en urgence plus de 264 000 réfugiés dans des camps de fortune, à Argelès-sur-Mer, au Barcarès et à Saint-Cyprien. (Ton département a littéralement doublé de population en quelques semaines, sans rien avoir préparé.) La Retirada laisse une empreinte humaine profonde et relie durablement le Roussillon à l’histoire espagnole. Une mémoire encore vivante chez beaucoup de familles catalanes.

Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.

Pour écrire ces douze lignes, je me suis appuyé sur la page Wikipédia « Histoire des Pyrénées-Orientales », complétée par les pages dédiées à chaque événement : l’Homme de Tautavel, la Gaule narbonnaise, Guifred le Velu, le traité de Corbeil, le royaume de Majorque, le traité des Pyrénées, les Angelets, la révolte des vignerons de 1907 et la Retirada. Les chiffres, eux, ont été recoupés à chaque fois.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens. Vincent

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