Le Béarn. T’as peut-être en tête Henri IV, le jurançon, ou les cimes des Pyrénées en arrière-plan. Sauf que ce coin du sud-ouest, tassé entre le Pays basque et la Bigorre, cache bien plus que ça : un ado de seize ans qui a tenu tête au roi de France, un gisement de gaz sous la plaine, et une loi écrite avant toutes les autres. J’ai fouillé les archives, croisé les sources, et je t’ai sorti douze faits qui vont te faire voir le Béarn autrement.
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1 – Henri IV, le roi le plus populaire de France, est né à Pau
Henri IV, le roi bon vivant qui a dit « Paris vaut bien une messe » et qu’on te ressort à chaque cours d’histoire, est né au château de Pau en décembre 1553. Le Béarn, à l’époque, n’était pas français : c’était une principauté souveraine, et Henri en était l’héritier, avant de devenir roi de Navarre puis roi de France en 1589. La légende raconte même que son grand-père, Henri II de Navarre, l’aurait « baptisé » en lui frottant les lèvres d’une gousse d’ail et en lui faisant boire quelques gouttes de jurançon. (On n’invente pas un rituel pareil.)
2 – Lamartine a préféré Pau à Naples
Le boulevard des Pyrénées, à Pau, longe une falaise sur 980 mètres et offre un panorama dégagé sur la chaîne des Pyrénées, du pic du Midi d’Ossau jusqu’aux sommets voisins. Alphonse de Lamartine, pas réputé pour distribuer les compliments, aurait déclaré : « Pau est la plus belle vue de terre, comme Naples est la plus belle vue de mer. » L’idée de tirer parti de ce belvédère remonte d’ailleurs à Napoléon lui-même, dès 1808. Il aura fallu près d’un siècle pour que le boulevard sorte de terre, aménagé entre 1893 et 1899. (Un siècle pour une promenade : les travaux publics, ça ne presse jamais.)
3 – Le Béarn a été un État souverain pendant près de trois siècles
Oublie l’image d’une simple région : du XIVe siècle à 1620, le Béarn a été une véritable principauté souveraine, avec ses propres lois, les « fors », ses propres États et sa propre monnaie frappée à Morlaàs. Il a même acquis le royaume de Navarre, à cheval sur les Pyrénées. C’est Louis XIII qui y a mis fin en 1620, en annexant militairement la principauté au royaume de France. Jusqu’à la Révolution de 1789, elle a pourtant conservé une large autonomie. (Un pays avec sa monnaie et ses lois, avalé par l’Histoire : le Béarn, c’était pas juste un accent.)
4 – Le béret « français » se fabrique à Oloron-Sainte-Marie
Tu pensais que le béret venait du Pays basque ? Perdu. C’est Oloron-Sainte-Marie, dans le Haut-Béarn, qu’on surnomme la capitale du béret. Autrefois florissante, l’industrie textile locale a fondu, et il ne reste plus aujourd’hui qu’une seule entreprise de fabrication de bérets : Laulhère. Tant qu’on y est, Oloron fabrique aussi des chocolats « Les Pyrénéens » depuis 1927, dans une confiserie devenue Lindt. (Le béret et le chocolat au même endroit : tu ne peux pas être plus sud-ouest.)
5 – Un ado de 16 ans a tenu tête au roi de France
Gaston III de Foix-Béarn, dit Fébus, a régné en prince flamboyant : chasseur passionné, poète, auteur du célèbre « Livre de chasse ». Mais son coup d’éclat date de ses 16 ans : le 25 septembre 1347, à l’envoyé du roi de France qui réclamait son hommage, il répond que le Béarn est une terre qu’il « tient de Dieu et de nul homme au monde ». Ni roi de France ni roi d’Angleterre : Fébus impose la neutralité de son petit pays, qui devient de fait une principauté indépendante. Son surnom, il se l’est choisi lui-même vers 1358, en référence au soleil, Phoibos-Apollon. (Seize ans, et déjà le sens de la réplique. Moi, à seize ans, je bafouillais.)
6 – La plus vieille loi écrite de France est béarnaise
Le « for d’Oloron », rédigé dès 1080, passe pour la plus ancienne législation écrite de l’actuel territoire français. Ces fors, directement inspirés des fueros espagnols, réglaient les rapports entre le vicomte et ses sujets, avec un caractère réciproque jugé très en avance sur le Moyen Âge : une sorte de contrat entre le prince et son peuple. Le for de Morlaàs suit vers 1117, puis un « for général » s’applique à tous les Béarnais à partir de 1188. (Une loi écrite avant même que la France ait une idée claire de ses frontières : pas mal.)
7 – Des Béarnais ont été mis au ban pendant six siècles
Les cagots formaient une population réprouvée, tenue à l’écart du reste de la société entre le XIIIe et le XIXe siècle, accusée à tort d’être lépreuse ou de descendre d’une « race maudite ». Ils devaient vivre dans des hameaux à part, les « crestianies », se marier entre eux, et disposaient parfois de leur propre porte pour entrer dans les églises, comme à Sauveterre-de-Béarn. On les a répartis dans pas moins de 137 villages et bourgs du Béarn. Une discrimination de plusieurs siècles, effacée des livres, mais encore lisible dans la toponymie. (Une porte à part, rien que pour eux : le détail qui en dit long.)
8 – Le mot « Grand Prix » est né à Pau
Avant de désigner les courses de F1, le terme « Grand Prix » était réservé aux courses hippiques. Tout change à Pau : en 1900, une catégorie de la « Semaine de Pau » porte déjà ce nom, et en 1901, le « Grand Prix du Sud-Ouest » devient la première épreuve automobile au monde à s’appeler officiellement « Grand Prix ». Cerise sur le capot : le circuit urbain de Pau, tracé dans les rues de la ville, est identique depuis 1935, ce qui en fait l’un des plus anciens tracés urbains encore utilisés. (Le mot que le monde entier prononce à chaque Grand Prix vient d’une petite ville béarnaise. Mémorise ça pour briller.)
9 – Sous le Béarn dormait le plus grand gisement de gaz de France
En 1951, en forant à 3 550 mètres de profondeur à Lacq, on découvre le plus grand gisement de gaz naturel de France. Le gaz jaillit si violemment le 19 décembre qu’il détruit l’appareillage, et les ingénieurs comprennent à l’odeur qu’il est chargé en sulfure d’hydrogène, un gaz toxique et corrosif. Exploité de 1957 à 2013, le gisement a fourni 254 km³ de gaz, fait naître une ville nouvelle à Mourenx et donné le jour à deux géants industriels : Sanofi, côté médicament, et Arkema, côté chimie. (Sous les champs de maïs, il y avait un trésor. Littéralement.)
10 – Salies-de-Béarn, la ville née d’un sanglier et d’une eau dix fois plus salée que la mer
Le nom « Salies » vient du sel, et pour cause : sous la ville jaillit une source d’eau dix fois plus salée que l’océan, exploitée depuis plus de 3 500 ans. Selon la légende, un sanglier blessé par des chasseurs serait allé mourir dans un marais, et les chasseurs, en le retrouvant parfaitement conservé, auraient compris que l’eau contenait du sel ; l’animal est depuis l’emblème de la ville. La réalité est plus prosaïque : une communauté de « voisins de la fontaine salée » gère cette richesse de génération en génération depuis 1587, et le sel de Salies a obtenu une IGP en 2016. (Un sanglier devenu blason municipal : la légende locale a de la gueule.)
11 – Navarrenx, la première cité bastionnée de France
Aujourd’hui simple bourg d’environ 1 000 habitants, Navarrenx détient un record discret : elle est la première enceinte bastionnée construite en France, érigée de 1538 à 1547 sur ordre d’Henri II d’Albret, roi de Navarre et vicomte de Béarn. Ses quatre bastions s’inspirent directement de la citadelle de Lucques, en Toscane, un modèle d’architecture militaire « à l’italienne » alors révolutionnaire face à l’artillerie. Le village est d’ailleurs labellisé parmi les Plus Beaux Villages de France. (Un millier d’habitants, et une première nationale : le Béarn a le sens du record modeste.)
12 – Un roi-poète écrivait en béarnais
Le béarnais, variété gasconne de l’occitan, n’était pas qu’une langue de paysans : c’était la langue d’une principauté souveraine. Fébus lui-même, le prince du fait n°5, était écrivain et poète en béarnais et en langue française. Le Béarn a même son hymne de fait, « Si Canti », aux côtés de « Bèth cèu de Pau ». Une langue d’oc portée par un seigneur de la guerre, chasseur et poète : l’image d’Épinal en prend un coup. (Un guerrier qui rime en béarnais : on est loin du cliché.)
Alors, t’en connaissais combien, sur ces douze-là ? Si t’as un fait sur le Béarn que j’ai oublié, balance-le en commentaire. Et si tu veux porter un bout de ce pays sur toi, la collection béarnaise t’attend juste au-dessus.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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