L’histoire de l’Aude pour les cancres : 12 dates pour tout retenir








Avoue, toi aussi tu as séché tes cours d’histoire du lycée en regardant par la fenêtre (j’ai fait pareil, et regarde où ça m’a mené). Résultat, l’Aude, on la résume souvent à Carcassonne et au cassoulet, et on oublie que ce bout de Languedoc a vu défiler des Celtes, des Romains, des Wisigoths, des cathares et des vignerons en colère. Voici douze dates, pas une de plus, pour tout retenir de l’histoire de l’Aude sans rouvrir un manuel scolaire.

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1 – 450 000 av. J.-C. : le plus vieux crâne d’Europe

Commençons fort : le plus vieux crâne humain connu en Europe a été retrouvé à deux pas de l’Aude, à Tautavel, par le préhistorien Henry de Lumley. Il date d’environ 450 000 ans, et les spécialistes pensent que son propriétaire, un Homo heidelbergensis, vivait dans toute la région, Aude comprise (les classifications des vieux ossements bougent souvent, alors on garde la prudence). Avant lui, des traces d’outils ont été repérées sur la butte de Grazailles, à Carcassonne même, ce qui fait remonter la présence humaine dans le coin très, très loin. Autant dire que quand on raconte que l’Aude a de la bouteille, c’est à prendre au pied de la lettre.

2 – 118 av. J.-C. : Narbonne, capitale de la Gaule romaine

En 118 av. J.-C., les Romains fondent Narbo Martius, la future Narbonne, qui devient la capitale de la Gaule narbonnaise et un port marchand incroyablement actif. L’emplacement est stratégique : au carrefour de la voie Domitia et de la voie Aquitania, en bord de mer, près de l’embouchure de l’Aude. C’est l’une des premières colonies romaines fondées en Gaule (oui, Narbonne a joué les pionnières). Pendant près de deux siècles, la région vit en paix et s’enrichit : blé, vignobles, mines de la Montagne Noire, tout roule. Carcassonne, elle, devient « latine » vers 30 av. J.-C.

3 – 435 : les Wisigoths s’installent

L’Empire romain s’effrite, et en 435, les Wisigoths envahissent la région, qui devient la Septimanie, un territoire nommé d’après les sept évêchés que les rois wisigoths y avaient établis. Pendant que le général romain Aétius est occupé à réprimer des révoltes en Gaule, les Wisigoths s’installent tranquillement. Même Clovis, après sa victoire de Vouillé en 507, ne réussira pas à leur arracher l’Aude, grâce au secours des Ostrogoths. Bref, pendant un moment, ce coin du Languedoc est resté, disons, très indépendant du pouvoir franc.

4 – 759 : les Carolingiens reprennent Narbonne

Au VIIIe siècle, les Arabes envahissent la région en 716, avant d’être chassés par le duc d’Aquitaine Eudes. Mais c’est en 759 que le sort bascule : les Carolingiens soumettent Narbonne puis Carcassonne, et reprennent la main jusqu’en 762. Cette reprise marque le retour du territoire dans l’orbite des rois francs et ouvre la voie à l’organisation des comtés. L’Aude n’était alors pas encore un département, mais déjà un terrain que les puissants se disputaient âprement.

5 – 819 : le premier comte de Carcassonne

En 817, Louis le Débonnaire détache le Carcassès et le Razès de la Septimanie pour les rattacher au comté de Toulouse. Puis, en 819, Oliba, issu de la famille des comtes de Barcelone, devient le premier comte de Carcassonne. Le territoire de l’Aude se structure alors en trois comtés : Carcassonne, le Razès et Narbonne. C’est aussi l’époque où fleurissent les grandes abbayes du département, Lagrasse, Saint-Hilaire, Saint-Papoul, Montolieu, autant de pierres qui racontent encore cette histoire. En 880, le Razès est uni au Carcassès par un mariage, et ne s’en séparera plus jamais.

6 – 1209 : la croisade contre les Albigeois

On arrive au grand tournant. Au XIIIe siècle, le catharisme, une religion jugée hérétique par l’Église, s’implante profondément dans les comtés de Carcassonne et de Toulouse. Le pape Innocent III lance alors la croisade contre les Albigeois, et en 1209, l’armée des chevaliers du Nord, menée par Simon de Montfort, déferle. Carcassonne tombe le 15 août 1209, après la prise de Béziers, et le jeune vicomte Raimond-Roger Trencavel, qui avait refusé de trahir les siens, est enfermé et meurt peu après dans sa prison (certains récits parlent d’empoisonnement, mais ce point reste discuté). Les cathares se réfugient alors dans les forteresses perchées, Quéribus, Peyrepertuse, Lastours, Puilaurens, qui deviennent les fameux « châteaux cathares ».

7 – 1255 : la chute de Quéribus

La résistance cathare s’accroche, mais les bastions tombent un à un. Montségur, de l’autre côté de la frontière, tombe en 1244 ; dans l’Aude, c’est le château de Quéribus, perché sur son piton rocheux, qui résiste jusqu’en 1255. Sa chute marque la fin de l’épisode cathare et la bascule du Languedoc dans le giron des rois de France, qui transforment les anciennes forteresses en postes avancés face au royaume d’Aragon. Ces ruines spectaculaires, on les doit donc à une histoire violente, pas à une fantaisie d’architecte.

8 – 1321 : le dernier cathare brûlé

L’inquisition s’installe et fait trembler l’Aude pendant des décennies. Le dernier « parfait », c’est-à-dire l’ultime représentant de l’Église cathare, s’appelle Guilhem Bélibaste, et il est brûlé vif le 24 août 1321 à Villerouge-Termenès. Avec lui s’éteint le catharisme, mais pas sa mémoire : aujourd’hui encore, le « pays cathare » est une marque à part entière, et les Audois racontent cette histoire avec une fierté qui n’a rien de résigné. Une flamme qui s’éteint, mais une identité qui, elle, ne s’éteindra jamais vraiment.

9 – 1659 : le traité des Pyrénées

Après les guerres de religion, où l’Aude a connu des troubles dès 1561 et la défaite d’Henri II de Montmorency à Castelnaudary en 1632, vient le traité des Pyrénées, signé en 1659 entre la France et l’Espagne. La frontière est repoussée à la ligne de crête des Pyrénées, et les forteresses royales de l’Aude perdent leur rôle militaire : on les abandonne, ce qui explique leur état de ruines sauvages aujourd’hui. La fin du conflit avec l’Espagne ouvre une période d’essor économique pour toute la région.

10 – 1681 : le canal du Midi

Sous l’oeil de Colbert, un certain Pierre-Paul Riquet, un homme d’affaires audacieux et un peu fou, creuse le canal royal de Languedoc, qu’on appelle aujourd’hui le canal du Midi, entre la Méditerranée et Toulouse. Les travaux, commencés en 1666, s’achèvent en 1681, et le canal traverse l’Aude d’est en ouest. C’est un chef-d’oeuvre d’ingénierie qui va doper l’économie du textile, du minerai, des céréales et surtout du vin. Riquet y laissera sa fortune et sa santé, mais il aura relié l’Atlantique à la Méditerranée, une idée qui paraissait folle à l’époque.

11 – 1790 : la naissance du département

À la Révolution, on découpe la France en départements, et l’Aude naît le 4 mars 1790, en application de la loi du 22 décembre 1789, à partir d’une partie de l’ancienne province du Languedoc. Les députés des trois sénéchaussées de Carcassonne, Limoux et Castelnaudary s’accordent pour réclamer des changements. Pendant la Révolution, les six districts du département fourniront neuf bataillons de volontaires nationaux. Le nom vient de la rivière qui traverse le département, et il faut croire qu’il a plu aux révolutionnaires, puisqu’il n’a jamais changé depuis.

12 – 1907 : la révolte des vignerons

Au début du XXe siècle, l’Aude vit de la vigne, mais la surproduction et la mévente plongent les viticulteurs dans la misère. En 1907, sous l’impulsion de Marcelin Albert et du maire de Narbonne Ernest Ferroul, la crise viticole se transforme en véritable révolte : des centaines de milliers de manifestants défilent dans le Midi, et l’Aude est en première ligne. De cette colère naîtront, à partir de 1909, les nombreuses caves coopératives audoises qui jalonnent encore le paysage. Le vin, qui avait fait la richesse du département, est aussi devenu le coeur battant de son identité.

Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.

Sources : page Wikipedia « Histoire de l’Aude » et les pages de contre-vérification consacrées à l’homme de Tautavel, la fondation de Narbonne, la Septimanie, les comtes de Carcassonne, la croisade des Albigeois, les châteaux cathares, Guilhem Bélibaste, le traité des Pyrénées, le canal du Midi, la création du département et la révolte des vignerons de 1907.


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