Les premiers Tarnais ressemblaient a ca (la science va te surprendre)

Tu es fier de tes racines tarnaises, et je te comprends — entre Albi la rouge, les monts de Lacaune et la convivialite du Sud-Ouest, y’a de quoi bomber le torse. Mais si je te dis que les tout premiers Tarnais ne ressemblaient pas du tout a ce que tu imagines, tu me crois ? (Et non, je ne parle pas de ton voisin qui a trop force sur l’ail de Lautrec.) Accroche-toi : les dernieres analyses genetiques racontent une histoire qui derange pas mal de certitudes.

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Les tout premiers Tarnais avaient la peau foncee

Je vous le donne en mille : les chasseurs-cueilleurs qui arpentaient le sud du Massif central apres la derniere glaciation, disons il y a environ 10 000 ans, avaient la peau tres foncee. C’est le cas de tous les habitants de l’Europe occidentale a cette epoque — ce n’est pas une particularite regionale, c’est l’etat ancestral de l’humanite tout entiere.

On le sait parce qu’en 2019, des chercheurs ont sequence l’ADN de Cheddar Man, un squelette decouvert dans une grotte anglaise et date d’environ 10 000 ans. Les alleles — les petites variations genetiques qui pilotent la pigmentation — qu’il portait sur les genes SLC45A2 et SLC24A5 sont les versions ancestrales. Traduction : sa peau etait tres probablement « dark to black », selon les termes memes des auteurs de l’etude (Brace et al., 2019). La reconstruction exposee au Natural History Museum de Londres montre un homme a la peau tres sombre, aux cheveux noirs frises… et aux yeux probablement bleus. Eh oui — le gene HERC2/OCA2 qui donne les yeux clairs etait deja la, lui.

Et ce n’est pas un cas isole. En Espagne, le squelette de La Brana 1, date d’environ 7 000 ans, presente le meme profil genetique : alleles ancestraux pour la pigmentation cutanee, peau foncee confirmee par l’equipe de Carles Lalueza-Fox (Olalde et al., 2014). Bref, les tout premiers Europeens de l’Ouest — et donc les tout premiers occupants de ce qui allait devenir le Tarn — avaient une pigmentation qui n’avait rien a voir avec celle qu’on associe aujourd’hui aux populations europeennes.

Et cette peau foncee, c’est quoi exactement ?

Attention, je vous arrete tout de suite — y’a zero raccourci a faire ici. On ne parle pas d’une population « venue d’ailleurs » recemment. On parle des chasseurs-cueilleurs qui vivaient sur place, en Europe occidentale, depuis des dizaines de milliers d’annees. La peau foncee n’etait pas une exception, c’etait la norme. C’est la peau claire qui est l’anomalie evolutive recente (et on va y venir tout de suite).

Les analyses genetiques qui le confirment ne sont pas des suppositions — ce sont des probabilites extremement elevees, basees sur des panels de reference modernes et des modeles statistiques robustes. Quand on lit les alleles d’un genome ancien sur les genes SLC45A2 et SLC24A5, on peut predire la pigmentation. Et chez Cheddar Man comme chez La Brana 1, les deux alleles sont les versions ancestrales. Pas de mutation. Donc pas de peau claire. C’est aussi simple que ca (et aussi fascinant).

Evidemment, je precise — parce que c’est le genre de sujet ou certains aiment faire dire a la science ce qu’elle ne dit pas — que ce profil pigmentaire n’a rien a voir avec les populations africaines subsahariennes contemporaines. Les chasseurs-cueilleurs ouest-europeens formaient un groupe genetique distinct. Le phenomene est un phenomene global : tous les humains modernes, quelle que soit leur region d’origine, ont commence avec une peau fortement pigmente. La depigmentation est survenue localement, la ou la selection naturelle l’a favorisee.

Quand la peau a-t-elle change ?

C’est la que l’histoire devient vraiment interessante. La peau claire europeenne, c’est un mille-feuille genetique qui s’est construit en deux grandes vagues — et qui est bien plus recent qu’on le pense.

Premiere vague, il y a environ 8 000 ans : des agriculteurs venus d’Anatolie (la Turquie actuelle) arrivent en Europe, apportant avec eux l’agriculture, la poterie, les villages sedentaires… et la premiere mutation SLC24A5, qui eclaircit la peau. Ces populations — les EEF, pour Early European Farmers — se melent progressivement aux chasseurs-cueilleurs locaux.

Deuxieme vague, il y a environ 4 500 ans : des pasteurs originaires des steppes pontiques (l’Ukraine-Russie actuelles) deboulent avec leurs chevaux, leurs langues indo-europeennes… et la mutation SLC45A2, qui renforce la depigmentation. Ces populations — les WSH, pour Western Steppe Herders — vont se diffuser massivement et achever le brassage.

Resultat de ce grand mix ? La peau claire generalisee en Europe ne s’impose qu’il y a environ 3 000 ans. Pour vous donner un ordre de grandeur : les Ruthenes de l’age du Fer qui allaient fonder Albi vivaient dans une Europe ou la depigmentation venait tout juste de s’achever. Le teint qu’on associe aujourd’hui a « l’Europeen typique » n’existe que depuis quelques millenaires — un clignement d’oeil a l’echelle de l’histoire humaine. Le fond genetique est reste le meme, c’est la palette de couleurs qui a change.

(D’ailleurs, si vous trouvez que trois mille ans c’est long, rappelez-vous que l’agriculture est arrivee dans la region il y a 7 000 ans, et que des humains vivaient dans le sud de la France bien avant ca — on parle en centaines de generations, pas en siecles.)

Et dans l’Antiquite, qui peuplait le Tarn ?

Bon, maintenant qu’on a plante le decor genetique, parlons de ceux dont on connait le nom — les premiers Tarnais historiques, ceux qu’on peut identifier avec des sources ecrites. Et la, c’est pas triste non plus.

Dans l’Antiquite, le territoire de l’actuel Tarn etait peuple par les Ruthenes provinciaux (Rutheni provinciales pour les intimes latinistes). Leur capitale etait Albiga — vous avez bien lu, c’est Albi. Les Ruthenes provinciaux constituaient la partie meridionale du peuple ruthene, celle qui avait ete rattachee a la province de Narbonnaise. Au sud du departement, on trouvait aussi l’influence des Tolosates (Tolosani), une fraction des Volques Tectosages liee a Tolosa — notre bonne vieille Toulouse.

Ces Ruthenes, comme les Volques leurs voisins, appartenaient a la grande famille celtique gauloise. Et la romanisation n’a pas tarde : la Narbonnaise est conquise des 118 avant Jesus-Christ, et Albi se developpe comme un centre urbain au cours du Ier siecle de notre ere.

Mais le truc qui me fait toujours halluciner — et j’espere que vous aussi — c’est l’or de Toulouse. Voila l’histoire : en 279 avant J.-C., les Volques Tectosages participent au pillage du sanctuaire de Delphes, en Grece. Le butin est colossal — des dizaines de tonnes d’or, au bas mot. Cet or, il va etre ramene a Toulouse et stocke dans des etangs sacres. Puis, en 106 avant J.-C., le consul romain Quintus Servilius Caepio met la main dessus et decide de le faire transporter vers Rome.

Le convoi disparait corps et biens. Volatilise. Et le pire ? Tous ceux qui ont touche a cet or ont connu une fin tragique — Caepio le premier, qui sera condamne a l’exil et finira miserablement. De cette affaire est nee l’expression latine « Aurum habet Tolosanum » — « il a l’or de Toulouse » — pour designer une richesse mal acquise qui ne profite jamais a personne. C’est beau, non ? Meme nos maledictions ont du style.

Alors, fier de tes racines ?

Tu devrais. Parce que ce que la genetique et l’histoire nous racontent aujourd’hui, c’est que le Tarn a toujours ete un carrefour — un territoire peuple depuis la nuit des temps, traverse par des vagues de migration, des brassages de populations, des histoires de peuples et d’empires. Chasseurs-cueilleurs a la peau sombre, Celtes ruthenes, Romains de la Narbonnaise… chaque couche a laisse quelque chose.

C’est ca, etre Tarnais. Pas une photo fige dans un manuel d’histoire de CM2, mais une aventure humaine qui s’ecrit depuis plus de 10 000 ans — avec ses mysteres (serieusement, ou est passe l’or de Toulouse ?), ses retournements et ses fiertees. Alors oui, la prochaine fois que tu passes devant la cathedrale Sainte-Cecile, rappelle-toi que sous tes pieds dorment des millenaires d’hommes et de femmes qui ne te ressemblaient pas exactement… mais qui sont tes ancetres quand meme.

Tu pensais que les premiers Tarnais ressemblaient a quoi ? Dis-le en commentaire, je suis curieux. Et si tu veux afficher ta fierte tarnaise sur un t-shirt ou un pull qui a de la gueule, jette un oeil a la collection Tarn — c’est du solide, et ca fait plaisir a ceux qui reconnaissent le blason.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas ou tu vas, rappelle-toi d’ou tu viens.
Vincent

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