12 faits saisissants sur Les Vosges

J’ai grandi en Provence, alors les Vosges, pour moi, c’était des sapins et la neige — le cliché de la carte postale. Puis j’ai commencé à creuser les archives, et là, je vous le dis tout net : ce département est un des plus sous-estimés de France. Il y a tellement de trucs dingues qui se sont passés dans ce coin que j’ai eu du mal à en choisir douze. Voici 12 faits saisissants sur Les Vosges.

Et si t’es Vosgien et fier de l’être, jette un œil à la collection Ici & La Vosges juste ici — y’a de quoi porter tes racines fièrement.

1 – Les Vosges sont le 4e département le plus boisé de France

282 000 hectares de forêt. Ça représente 47 % de la superficie totale du département. Pour te donner une idée, c’est quasiment la moitié du territoire qui est couverte d’arbres — un poumon vert qui place les Vosges juste derrière la Guyane, les Landes et le Var. La filière forêt-bois, c’est 13 000 emplois directs, et 508 communes sur 515 sont classées « forestières ». Le département produit plus d’un million de mètres cubes de bois par an, ce qui en fait le deuxième de France sur ce critère. Pas mal pour un territoire que certains réduisent à « la montagne à vaches », hein ?

2 – Quatre fleuves majeurs naissent ou passent dans un mouchoir de poche

Le Rhin, le Rhône, la Meuse et la Seine. Ces quatre géants de l’hydrologie française se partagent le territoire vosgien à moins de 20 kilomètres les uns des autres. La Saône — oui, LA Saône, la grosse rivière que tout le monde associe à Lyon — prend sa source à Vioménil, dans le sud-ouest du département. Le Madon, lui, naît à quelques encablures et part dans l’autre sens vers la Moselle. C’est si proche que le canal de l’Est a pu relier les deux. (Je sais pas pour vous, mais moi j’ai mis un moment à capter que la Saône commençait dans les Vosges. Dans ma tête elle appartenait au Rhône depuis toujours.) Quasiment aucun autre département métropolitain n’est à cheval sur quatre bassins fluviaux majeurs — c’est une rareté hydrographique qui en dit long sur la position de carrefour du massif.

3 – Un amphithéâtre romain de 17 000 places… dans un village de 300 habitants

Le site archéologique de Grand, perdu dans l’ouest vosgien, c’est le genre d’endroit qui te fait remettre en question tout ce que tu pensais savoir. À son apogée, entre le Ier et le IIIe siècle, cette cité gallo-romaine — appelée Andesina — s’étendait sur 60 hectares et comptait environ 20 000 habitants. Son amphithéâtre pouvait accueillir 17 000 spectateurs, ce qui en fait l’un des plus vastes de toute la Gaule. La ville avait une enceinte monumentale de 1 760 mètres de périmètre, 18 tours, un réseau de 15 kilomètres de galeries souterraines, et une mosaïque de 232 m² découverte en 1883. Aujourd’hui, le village de Grand compte environ 300 habitants. Trois cents. Tu imagines le contraste ?

4 – Jeanne d’Arc est Vosgienne, et sa maison natale est toujours debout

Jeanne d’Arc est née vers 1412 à Domrémy — un petit village de l’ouest vosgien qui s’appelle aujourd’hui Domrémy-la-Pucelle, en son honneur. La commune n’a pris ce nom qu’en 1578, soit plus d’un siècle et demi après sa mort. La maison où elle a grandi, classée monument historique, se visite encore. À l’époque, le village comptait plusieurs centaines d’habitants ; aujourd’hui, il en reste une centaine, avec une densité de 11 habitants au kilomètre carré. On a tendance à l’associer à Orléans, mais c’est bien dans les Vosges que tout a commencé. La Pucelle est d’ici, point.

5 – Une principauté souveraine a résisté à la France jusqu’en 1793

Alors ça, c’est mon fait préféré — et je pense que même la plupart des Vosgiens l’ignorent. La principauté de Salm-Salm était un micro-État souverain du Saint-Empire romain germanique, entièrement niché dans les Vosges, à cheval sur la crête du Donon. Cette principauté minuscule, gouvernée par la maison princière de Salm, n’a été rattachée à la France que le 2 mars 1793. Trois ans après la Révolution. Et pourquoi ? Parce que la Convention nationale, excédée, a décrété un blocus des vivres pour forcer les habitants à demander le rattachement. Le pire — ou le meilleur, selon le point de vue — c’est que les impôts y étaient plus bas qu’en France. Pas étonnant qu’ils aient pas voulu rejoindre la République tout de suite ^^. Senones était la capitale de cette principauté, et aujourd’hui encore, les descendants de la famille portent le titre de « prince de Salm ».

6 – La poudre noire a été utilisée pour la première fois dans une mine au Thillot, en 1617

Les mines de cuivre des ducs de Lorraine au Thillot, exploitées de 1560 à 1761, détiennent un record que personne ne connaît. C’est ici que la poudre noire a été utilisée pour la première fois de façon systématique dans une mine en Europe. La date — 1617 — est attestée par les archives du duché de Lorraine, conservées aux archives départementales de Meurthe-et-Moselle. C’est dix ans avant la première utilisation documentée à Banská Štiavnica, en Slovaquie (1627), à qui les historiens attribuaient jusqu’alors cette innovation. Les Hautes-Mynes du Thillot, classées monument historique depuis 1995, sont aujourd’hui ouvertes au public. Une première européenne, ici, dans ce coin du massif vosgien que les cartes ignorent.

7 – L’Imagerie d’Épinal a inventé l’image populaire de masse en 1796

L’expression « image d’Épinal » est passée dans la langue française pour désigner une vision naïve ou idéalisée des choses. Mais derrière le cliché, il y a une véritable révolution culturelle. En 1796, Jean-Charles Pellerin, maître cartier, fonde l’Imagerie d’Épinal et devient le premier à produire des images en série destinées au peuple. Gravure sur bois d’abord, lithographie ensuite à partir de 1850 : des millions d’images coloriées au pochoir ont été diffusées dans toute la France et au-delà — scènes napoléoniennes, devinettes, soldats de papier, constructions en carton. L’entreprise possède encore aujourd’hui 7 000 pierres lithographiques, 1 400 bois gravés et 23 machines classées monuments historiques. Le média de masse avant le média de masse, en somme.

8 – Mirecourt est la capitale française de la lutherie depuis quatre siècles

Quand on pense violon, on pense Crémone, en Italie. Mais la France a son propre berceau : Mirecourt, sous-préfecture vosgienne de 4 700 habitants. La tradition luthière y remonte au XVIIe siècle et a donné naissance à des dynasties de renommée mondiale — les Vuillaume, les Derazey, les Aldric. La ville abrite le Musée de la lutherie et de l’archèterie françaises, ainsi que l’École nationale de lutherie, unique en France. (J’avoue, je découvre ça sur le tard — je savais que Mirecourt était réputée pour la dentelle, mais pas à ce point pour les violons. On en apprend tous les jours.)

9 – Le papier Clairefontaine est né ici et n’en est jamais reparti

Ces cahiers que tous les écoliers français ont trimballés dans leur cartable — avec la couverture qui se déchire au bout de trois semaines et la spirale qui se coince — viennent des Vosges. Les Papeteries de Clairefontaine sont implantées à Étival-Clairefontaine et y fabriquent toujours leur papier. Mais la tradition est bien plus ancienne : la papeterie d’Arches, toujours en activité, a été fondée en 1492, et celle de Docelles en 1478. La filière papier-bois emploie des milliers de Vosgiens, avec notamment l’usine Norske Skog à Golbey, l’une des plus grosses papeteries d’Europe. La Lorraine industrielle, ce n’est pas que la sidérurgie.

10 – Vittel, Contrex et Hépar sortent toutes du même coin de terre vosgienne

Trois des eaux minérales les plus célèbres de France jaillissent d’un territoire minuscule dans l’ouest du département. Vittel et Hépar sont embouteillées à Vittel par Nestlé Waters, et Contrex est captée à Contrexéville, littéralement à 5 kilomètres. Les Romains connaissaient déjà les vertus thermales de ces sources — le thermalisme vosgien remonte à l’Antiquité, avec Plombières-les-Bains dont les thermes sont cités dès l’époque gallo-romaine. Au XIXe siècle, ces villes thermales ont attiré une clientèle internationale qui a fait leur fortune. Aujourd’hui, ces trois marques pèsent des centaines de millions de litres par an, et tout ça sort du sous-sol vosgien.

11 – Les Vosges ont exploité leurs propres mines de charbon pendant 130 ans

Personne n’associe les Vosges au charbon. Pourtant, un bassin houiller a été exploité pendant plus d’un siècle dans l’ouest du département, autour de Vittel. Le gisement, datant de -230 à -220 millions d’années, a donné lieu à six concessions minières entre 1829 et 1859, la plus importante — celle de Saint-Menge et Gemmelaincourt — produisant plusieurs centaines de milliers de tonnes. Le charbon, de qualité médiocre et riche en soufre, servait au chauffage local, aux fours à chaux et aux brasseries. Pendant l’Occupation, dans les années 1940, l’exploitation a été relancée pour contourner les pénuries — et le petit bassin vosgien échappait au contingentement allemand. Une cité minière et un lavoir à charbon ont été construits à Gemmelaincourt, dont les vestiges sont encore visibles aujourd’hui. Je te le dis : les Vosges, ce n’est pas juste les sapins.

12 – Le Club Vosgien, pionnier de la randonnée, a balisé 20 000 km de sentiers

Je termine avec celui-ci parce que c’est une belle note d’espoir. Fondé le 31 octobre 1872 à Saverne sous le nom de Vogesenclub — l’Alsace était allemande à l’époque —, le Club Vosgien est tout simplement la plus ancienne association de randonnée pédestre de France. Reconnu d’utilité publique en 1879, il entretient aujourd’hui près de 20 000 kilomètres de sentiers balisés dans sept départements du Grand Est, grâce à 763 baliseurs bénévoles. Depuis 1921, il détient le monopole officiel du balisage dans le massif, avec un système de formes géométriques et de couleurs — rectangle, losange, triangle, disque, anneau — qui s’est exporté jusqu’en Lettonie et au Brésil. Aujourd’hui, la fédération rassemble 34 000 adhérents et 122 sections locales. Si t’as déjà randonné dans le massif, tu leur dois ce balisage impeccable. Tu peux dire merci.

Voilà, douze faits. T’en connaissais combien ? Moi, avant de bosser sur cet article, j’en avais peut-être deux ou trois — et encore. Si t’es Vosgien et que t’as une anecdote, un lieu ou un fait que j’ai oublié (ou que je connais même pas), balance-le en commentaire. C’est comme ça qu’on enrichit le tableau, et franchement, je suis toujours preneur.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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