Un jour dans l’histoire du RCT : 1987, le Brennus après 56 ans d’attente
Le 2 mai 1987, à Paris, dans un Parc des Princes plein à craquer avec 48 000 spectateurs, le RC Toulon a mis fin à une attente qui durait depuis 1931. Cinquante-six ans sans Bouclier de Brennus. Cinquante-six ans à regarder d’autres clubs soulever le trophée, à encaisser les finales perdues, à repartir de Paris les mains vides. Ce samedi-là, sous la direction de Daniel Herrero et avec Jérôme Gallion en capitaine, Toulon a battu le Racing Club de France 15-12 et rentré le Brennus à la maison. Demain, 9 mai 2026, les Rouge et Noir retrouvent la plus grande scène du rugby français, au Vélodrome de Marseille, face au Stade Toulousain. Un autre match de prestige, un autre jour pour écrire l’histoire.
56 ans dans le désert
Pour comprendre ce que représente le 2 mai 1987, il faut remonter à 1931. Cette année-là, le RC Toulon remporte son premier Bouclier de Brennus, face à Lyon OU, 6-3 à Bordeaux. Un titre fondateur, celui d’un club de port, d’une ville ouvrière et méditerranéenne qui s’empare du sommet du rugby français. Et puis le silence. Cinquante-six ans de silence.
Ce silence n’est pas un vide. Il est peuplé de finales, de ces matchs qu’on joue et qu’on perd, et qui font parfois plus mal que de ne pas y être. Toulon a disputé quatre finales de championnat entre 1931 et 1987, et les a toutes perdues. En 1948, déjà. Puis en 1968, en 1971. Et enfin, la plus douloureuse, la finale de 1985 face au Stade Toulousain.
La finale 1985 contre Toulouse reste une blessure à part. Les Rouge et Noir s’inclinent 36-22 après prolongation. Trente-six points encaissés, une défaite lourde, cinq jours après avoir cru tenir le titre. Peuchère. Cette défaite-là, elle ne se résume pas à un score, elle s’installe dans les têtes, dans les vestiaires, dans les tribunes de Mayol. Le club qui ne parvient pas à passer le dernier cap. Deux ans plus tard, la question est entière : est-ce que Toulon est capable de gagner quand ça compte vraiment ?
Daniel Herrero, le bâtisseur
Daniel Herrero n’est pas arrivé à Toulon en étranger. Avant de prendre le poste d’entraîneur en 1983, il avait porté le maillot rouge et noir comme joueur. Il connaît le club dans ses fondations, dans sa culture, dans ses contradictions. Et quand il s’installe sur le banc, il ne vient pas juste corriger un schéma de jeu. Il vient reconstruire quelque chose de plus profond.
Ce que Herrero comprend mieux que personne, c’est que le rugby toulonnais est d’abord une identité. Méditerranéen, intense, collectif. Pas un rugby de chiffres, un rugby de chair. Il forge une équipe autour de caractères forts, de joueurs qui se battent pour le maillot et pas seulement pour la performance individuelle. Entre 1983 et 1991, il mène le club à deux titres nationaux (1987 et 1992) et construit une génération que les supporters toulonnais n’oublieront jamais.
En 1987, il a à sa disposition un groupe cohérent, taillé pour les grands rendez-vous. Avec Jérôme Gallion comme capitaine et cerveau de la charnière, avec Eric Champ en figure de proue en troisième ligne, avec une ligne de trois-quarts capable de faire la différence dans les moments décisifs. Herrero sait que cette équipe est prête. La seule question, c’est de savoir si la finale va le prouver.
2 mai 1987, Parc des Princes
Ce samedi, le Parc des Princes affiche 48 000 spectateurs. L’arbitre de la rencontre est Jean-Claude Doulcet. En face de Toulon, le Racing Club de France, avec ses noeuds papillon roses, cette tenue qui fait parler dans le monde du rugby français. Un détail vestimentaire qui traduit quelque chose du Racing de cette époque : une certaine désinvolture dans l’image, un style assumé, parfois vu comme de l’arrogance depuis les villes du rugby du Sud.
La première mi-temps est fermée, tendue, accrochée à zéro. 0-0 à la pause. Les deux équipes se neutralisent, les défenses dominent, aucun des deux packs ne prend vraiment le dessus. Dans ce type de final, la patience est une vertu autant qu’une épreuve. Tu regardes l’horloge, tu vois le score, et tu sais que le premier qui tremble paie cash.
La deuxième mi-temps change tout. Le Racing ouvre la marque par un essai de Jean-Pierre Genet, transformé par Didier Pouyau, et Pouyau ajoute deux pénalités. Le Racing tient une avance que Toulon doit effacer. C’est là que les Rouge et Noir répondent par leur rugby : Jérôme Bianchi passe deux pénalités, Pierre Trémouille inscrit un drop qui vaut de l’or, et David Jaubert, entré en cours de match, aplati l’essai que Bianchi transforme.
Score final : Toulon 15, Racing Club de France 12. Toulon a gagné en deuxième mi-temps ce qu’il n’avait pas pu faire pendant 56 ans. Dans un match qui ne s’est jamais joué sur un grand écart, dans un match arraché point par point, caractère contre caractère. C’est ça, un Brennus.
La composition historique
Ce titre appartient à un groupe. Voici les quinze qui ont porté le maillot rouge et noir ce soir-là au Parc des Princes, et les remplaçants qui ont participé à la victoire :
Remplaçants : David Jaubert (auteur de l’essai décisif), Yvan Roux, Henri Chapus, Fabrice Fargues.
Jérôme Gallion, demi de mêlée et capitaine, est le pivot de cette équipe. Il lit le jeu comme peu d’autres à son époque, distribue avec intelligence, dirige le tempo. Eric Champ, en troisième ligne, est l’incarnation du caractère toulonnais sur un terrain de rugby : physique, batailleur, jamais à court d’énergie. Jérôme Bianchi, de sa botte, maintient le RCT dans le match avec ses pénalités et sa transformation. Et Pierre Trémouille, avec son drop, plante le clou. Ce sont ces matchs collectifs, construits sur la somme des contributions individuelles, qui restent dans la mémoire d’un club.
La liesse toulonnaise
Toulon rentre avec le Brennus. Pour ceux qui étaient au Parc des Princes ce samedi, pour ceux qui regardaient à la télévision depuis la rade ou le Mourillon, c’est un moment qui n’a pas de prix. Cinquante-six ans d’attente. Une génération entière qui n’avait pas vu le club soulever le trophée. Des supporters qui avaient grandi avec les défaites de 1948, de 1968, de 1971, et la cruelle finale de 1985.
Le rugby toulonnais, c’est un sport de port, ancré dans la vie de la ville. Il ne se vit pas depuis l’extérieur, il se vit de l’intérieur. Et ce titre de 1987, il revient à tous ceux qui avaient continué à supporter le club pendant ces 56 ans, qui avaient fait le voyage à Paris pour les finales perdues, qui s’étaient installés devant leur poste en sachant que ça pouvait encore faire mal.
Ce Brennus, c’est celui d’une ville entière. Pas d’une franchise, pas d’un investisseur, pas d’un effectif recruté aux quatre coins du monde. C’est celui d’un club qui s’est construit dans la durée, avec ses joueurs, son entraîneur, son identité. Et ce soir-là, cette identité a gagné.
Et demain, le Vélodrome
Demain, 9 mai 2026, le RC Toulon retrouve le Stade Toulousain au Vélodrome de Marseille. On attend 67 000 spectateurs, ce qui serait un nouveau record pour un match RCT dans cette enceinte. Le précédent date de 2015 : 64 819 personnes.
L’histoire Toulon-Toulouse au Vélodrome commence en avril 2009, avec une première victoire 14-6 pour les Rouge et Noir. Depuis, le rendez-vous est devenu un classique, avec des soirées de gala comme les 27 points de Michalak en 2014 ou le record de 64 819 spectateurs en 2015. Mais le Vélodrome sait aussi être cruel : le dernier affrontement en date, le 10 mai 2025, s’est soldé par une correction sévère, 50-16 en faveur de Toulouse.
Alors oui, le contexte de 1987 et le contexte de demain ne sont pas identiques. En 1987, c’est une finale de championnat, le titre national en jeu, 56 ans d’attente au compteur. Demain, c’est un match de Top 14, avec des enjeux de classement et de qualification. Mais la résonance est là quand même. Ce RCT de 2026 n’a plus soulevé le Bouclier de Brennus depuis 1992, il y a plus de trente ans. Et après la débâcle de Dublin contre le Leinster et les turbulences de cette saison, le Vélodrome de demain est un test de caractère autant qu’un match de rugby.
En 1987, Toulon est allé chercher un titre qu’on ne lui donnait pas forcément après quatre finales perdues. Il l’a fait dans un match fermé, sans éclat, par l’accumulation des bons choix dans les moments décisifs. Par Bianchi qui ne tremble pas face aux poteaux. Par Trémouille qui ose le drop. Par Jaubert qui entre et marque. C’est ce rugby-là, le rugby du caractère, que la famille rouge et noir attend de voir demain.
Y a degun qui peut écrire le scénario à l’avance. Mais ce qu’on sait, c’est que le RCT a une mémoire longue. Et que 1987, comme 1992, comme les trois étoiles européennes, fait partie de cette mémoire.
Sources : Wikipedia (championnat 1986-1987, score, composition, arbitre) | FinalesRugby.fr (marqueurs, détail de la finale) | LNR Top 14 (historique Toulon-Toulouse au Vélodrome)
Si tu veux porter les couleurs, retrouve la collection Toulon-Var sur ici-la.co.
Un blog de supporters, pas de publicitaires
L’histoire du RCT racontée par ceux qui la vivent. Pas de pub, pas de sponsor, juste du coeur.
L’actu du RCT directement dans ta boite mail. Gratuit. Pour toujours.
Rejoindre la famille rouge et noir
Via Follow.it — désabonnement en un clic, zéro spam, promesse de supporter.
Allez Toulon.

Laisser un commentaire