L’histoire de la Bourgogne pour les cancres : 12 dates pour tout retenir

Je vais te faire un aveu : les cours d’histoire au lycée, je les séchais plus souvent qu’à mon tour, et la Bourgogne, pour moi, c’était surtout un vin avant d’être une région (je sais, je sais, les Bourguignons me pardonnent). Et puis un jour, j’ai plongé dans les dates, et j’ai compris que cette terre a tout vu : des princesses celtes, des moines bâtisseurs, des ducs trop ambitieux et des frontières qui n’arrêtent pas de bouger. Alors voilà 12 dates, choisies à la fois parce qu’elles expliquent qui sont les Bourguignons, et parce qu’elles ont de quoi te faire dire « ah bon ?! » à voix haute.

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1 – Vers -500 : la princesse de Vix emporte son cratère dans l’au-delà

Au pied du mont Lassois, en Côte-d’Or, dort la tombe de Vix, une sépulture princière à char de la fin du Hallstatt, datée autour de 500 avant notre ère, avec une fourchette récente qui descend jusqu’à 470 ou 460. La défunte, une femme d’une trentaine d’années, est partie avec un char de parade à quatre roues, un torque d’or de 480 grammes et un cratère de bronze de 1,64 mètre de haut, 208 kilogrammes et 1 100 litres de capacité, le plus grand vase de bronze antique connu à ce jour. Ce cratère vient des ateliers grecs d’Italie du Sud, ce qui veut dire que la Bourgogne celtique était déjà branchée sur les routes de l’étain et du commerce méditerranéen. Imagine la logistique pour enterrer un truc pareil (moi, j’ai du mal à déplacer un canapé). La tombe a été mise au jour en janvier 1953 par Maurice Moisson et René Joffroy, et elle a fait entrer la Bourgogne dans les livres d’archéologie du monde entier.

2 – 52 av. J.-C. : Alésia tombe, la Gaule indépendante s’arrête

Le 27 septembre 52 avant notre ère, Vercingétorix se rend à Alésia, sur le territoire des Mandubiens, dans l’actuelle Côte-d’Or, et la Gaule indépendante rend son dernier souffle. César passe ensuite l’hiver à Bibracte, sur le mont Beuvray, où il rédige ses Commentaires sur la guerre des Gaules, un bouquin écrit entre deux victoires. Les Éduens, alliés de Rome depuis environ 120 avant notre ère, reçoivent le statut de cité fédérée, ce qui leur donne une longueur d’avance sur leurs voisins. Alésia et Bibracte deviennent les deux ancres de la mémoire gauloise en Bourgogne, et le nom d’Alise-Sainte-Reine garde aujourd’hui la trace du siège. Va savoir pourquoi, mais on retient tous ce nom de Vercingétorix (et on oublie qu’il a perdu, tiens).

3 – 443 : les Burgondes s’installent, la Bourgogne reçoit son nom

En 443, les Burgondes, chassés de leur royaume rhénan après la défaite de 437, sont installés comme fédérés de l’armée romaine en Sapaudie, autour de Genève, par le patrice Ætius. Ils y fondent un royaume qui s’étend peu à peu sur la vallée du Rhône et de la Saône, jusqu’à la Loire et à la Durance, rien que ça. Le royaume burgonde est conquis en 534 par les Francs, mais le nom de Burgundia reste et finira par donner « Bourgogne ». C’est la strate politique fondatrice du nom, avant le duché et avant la province, la couche la plus ancienne de ton identité de Bourguignon. Si ton nom de famille sonne germanique, c’est peut-être par là qu’il est passé (coucou les ancêtres du Rhin).

4 – 910 : Cluny naît et va rayonner sur l’Europe

Le 11 septembre 910 (ou 909, la charte de fondation prêtant à discussion), le duc d’Aquitaine Guillaume le Pieux donne une villa près de Mâcon au moine Bernon pour y fonder un monastère placé sous la protection directe du pape : c’est l’acte de naissance de Cluny. Au XIIe siècle, près de 1 500 monastères sont placés sous son autorité, un empire spirituel qui dépasse largement la Bourgogne. Cluny devient un foyer de réforme de la règle bénédictine, un centre intellectuel et artistique, et l’un des grands laboratoires de l’art roman bourguignon. La Bourgogne n’est plus une terre de passage, elle exporte sa foi et son art dans toute l’Europe. Le plus fou, c’est qu’aujourd’hui il reste si peu de l’abbaye géante (les révolutionnaires ont fait le ménage, on y revient à la date 9).

5 – 1098 : Cîteaux, le renouveau cistercien

Le 21 mars 1098, Robert de Molesme quitte son abbaye avec vingt-et-un moines et s’installe dans l’alleu de Cîteaux, en Côte-d’Or, pour vivre la règle de saint Benoît dans sa rigueur originelle, loin du confort de Molesme. L’abbaye Notre-Dame de Cîteaux devient la maison mère de l’ordre cistercien, un ordre qui prône le travail manuel et le dépouillement. Sous l’impulsion de Bernard de Clairvaux, l’ordre essaime dans toute l’Europe, avec plus de deux mille monastères à son apogée. Les moines blancs laissent en Bourgogne un patrimoine de pierre majeur, dont l’abbaye de Fontenay et la basilique de Vézelay. Deux réformes monastiques en moins de deux siècles, ça fait beaucoup, même pour une région qui aime les ordres (on est en Bourgogne, après tout).

6 – 1183 : Dijon obtient sa charte de commune

En 1183, le duc Hugues III de Bourgogne permet la rédaction d’une charte de commune pour Dijon, un document précieusement conservé aux archives municipales. Cette charte organise l’administration de la ville, l’élection des magistrats et la justice rendue au nom du duc, moyennant une redevance, un deal somme toute assez moderne. Elle est copiée dans d’autres villes de Bourgogne, signe qu’elle fait référence dans tout le duché. Dijon affirme alors son statut de capitale politique du duché, avant de devenir la résidence des ducs Valois. Tu vois, Dijon n’a pas toujours été juste la ville de la moutarde (même si, avouons-le, la moutarde a de la gueule).

7 – 1361 : Philippe de Rouvres meurt à 15 ans, les Capétiens de Bourgogne s’éteignent

Le 21 novembre 1361, Philippe de Rouvres, duc de Bourgogne depuis 1349, meurt de la peste à Rouvres-en-Plaine, à l’âge de quinze ans, sans avoir eu le temps d’assurer sa descendance. Avec lui s’éteint la première maison capétienne de Bourgogne en ligne masculine, et tout un pan de l’histoire bascule. Le duché revient au roi de France Jean le Bon, qui le rattache à la couronne avant de le donner en apanage à son fils Philippe le Hardi. Ce basculement ouvre la grande époque des ducs Valois, celle des fastes et des ambitions démesurées. Quand un gamin de quinze ans meurt de la peste et que ça change le cours d’une région, tu te dis que l’histoire ne fait vraiment pas de sentiments (quinze ans, bon sang).

8 – 1477 : Charles le Téméraire meurt à Nancy, le duché rentre dans la couronne

Le 5 janvier 1477, Charles le Téméraire est tué devant Nancy lors d’une bataille contre les Suisses et les Lorrains de René II, et sa mort met fin à l’État bourguignon tel que l’avaient construit les ducs Valois. Louis XI saisit aussitôt le duché, les États de Bourgogne le reconnaissent comme souverain le 29 janvier 1477, et l’armée royale entre dans Dijon le 1er février. Le duché est incorporé au domaine royal, mais la Bourgogne conserve ses États et son Parlement, donc une individualité politique jusqu’à la Révolution. Autrement dit, elle perd son indépendance tout en gardant un tempérament bien à elle, ce qui résume pas mal le caractère bourguignon. Le Téméraire voulait un royaume, il a eu une mort de héros tragique, et sa chute a scellé le destin français de la Bourgogne.

9 – 1790 : la Bourgogne disparaît, quatre départements naissent

Le 4 mars 1790, l’Assemblée nationale constituante crée le département de la Côte-d’Or à partir de l’ancienne province de Bourgogne, et la Bourgogne historique se retrouve découpée entre plusieurs départements : la Côte-d’Or, la Saône-et-Loire, l’Yonne et l’Ain, auxquels s’ajoute ensuite la Nièvre pour la région contemporaine. La province perd ses institutions, son Parlement, ses États et son gouvernement militaire, tout ce qui faisait son individualité depuis 1477. Le nom de Côte-d’Or est proposé par le député dijonnais Charles-André-Rémy Arnoult, inspiré par les vignobles de la côte, ce qui est quand même une jolie manière de baptiser un territoire. En quelques mois de décrets, mille ans de Bourgogne administrative partent en fumée, mais le nom, lui, colle à la peau des gens. On peut découper une carte, découper un peuple, c’est plus long.

10 – 1870 : Dijon résiste, Garibaldi vient à la rescousse

Le 30 octobre 1870, pendant la guerre franco-allemande, les soldats et les mobilisés défendent Dijon contre les Prussiens, mais sans artillerie, ils doivent se rendre à la fin de la journée. Le 26 novembre, Garibaldi, à la tête de l’armée des Vosges, tente de reprendre la ville et doit reculer, avant que les Français ne remportent une victoire le 23 janvier 1871. Dijon reste occupée environ huit mois, une occupation qui marque durablement les mémoires locales. En 1899, la ville reçoit la Légion d’honneur pour sa résistance d’octobre 1870, une distinction rare pour une ville. Garibaldi qui débarque à Dijon, c’est le genre de détail qui te rappelle que les révolutions et les guerres de l’époque étaient des affaires internationales (et que l’Italie a toujours eu le sens du timing).

11 – 1944 : Dijon libérée

Le 11 septembre 1944, Dijon est libérée par les troupes françaises de la 1re armée du général de Lattre de Tassigny, au terme de quatre années d’occupation entamées le 17 juin 1940. La veille, en quittant la ville, les Allemands ont détruit la gare et le pont Eiffel, une façon de laisser une cicatrice derrière eux. Le 12 septembre, la 1re division française libre fait sa jonction avec la 2e division blindée de Leclerc à Nod-sur-Seine, et la Bourgogne respire enfin. La libération a un prix humain lourd, et elle s’appuie sur une Résistance active dans le Morvan, le Châtillonnais et le Charolais, des terres discrètes mais tenaces. La Bourgogne, terre de moines et de vignerons, a aussi été une terre de maquisards, et ça mérite d’être rappelé.

12 – 2016 : Bourgogne-Franche-Comté, la fusion

Le 1er janvier 2016, la Bourgogne fusionne avec la Franche-Comté pour former la région administrative Bourgogne-Franche-Comté, une fusion actée par la loi du 17 décembre 2014. Dijon devient le chef-lieu de la nouvelle région, ce qui ne fait pas les affaires de Besançon, on s’en doute un peu. La Bourgogne historique garde ses quatre départements, mais son nom seul ne désigne plus une région administrative, comme en 1790 elle avait déjà perdu sa province. C’est la dernière date d’une longue série de redécoupages, commencée en 1790, qui montre que les frontières administratives bougent, alors que le sentiment d’être Bourguignon, lui, ne bouge pas. Le nom continue de voyager sur les étiquettes de vin et dans les cœurs, et c’est bien ça le plus important.

Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.

Les dates et les faits de cet article viennent de la page Wikipédia consacrée à l’histoire de la Bourgogne, recoupée avec les pages sur la tombe de Vix, Cluny, Cîteaux, Dijon, Philippe Ier de Bourgogne, la bataille de Nancy, la Côte-d’Or et Bourgogne-Franche-Comté, toutes consultées le 17 octobre 2026.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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