L’histoire du Brésil pour les cancres : 12 dates pour tout retenir

Les cours d’histoire au lycée, je les ai surtout passés à dessiner sur le coin de mes cahiers (et à compter les minutes avant la sonnerie). Résultat : le Brésil, pour moi, ça a longtemps tenu en trois mots, samba, plage et football. Et puis j’ai découvert que derrière ce cliché de carte postale se cachait une histoire dingue, pleine de royaumes d’esclaves fugitifs, d’empereurs et de coups d’État.

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1 – Vers 12 000 ans : les premiers habitants du territoire

Le Brésil n’a pas attendu Cabral pour être habité, loin de là. Les premières traces de présence humaine remonteraient à environ 12 000 ans, vers la fin de la dernière période glaciaire. On a même retrouvé à Lagoa Santa, dans le Minas Gerais, un squelette féminin surnommé Luzia, daté d’environ 11 500 ans, l’un des plus vieux fossiles humains du continent américain. Quant aux peintures rupestres de la Serra da Capivara, dans le Piauí, elles montrent des scènes de chasse et de danse d’une richesse folle, même si les datations les plus anciennes (certains chercheurs avancent jusqu’à 40 000 ou 60 000 ans) restent très débattues dans le milieu scientifique, alors prudence. Avant 1500, le territoire fourmillait de peuples autochtones, Tupis, Guaranis, Gê, Arawaks, dont les descendants se battent encore aujourd’hui pour leurs terres et leur héritage.

2 – 1494 : Tordesillas trace le Brésil avant qu’il n’existe

Le Brésil est né d’un trait de crayon sur une carte, et ce, six ans avant que quiconque n’y pose officiellement le pied. Le 7 juin 1494, l’Espagne et le Portugal signent le traité de Tordesillas, sous l’égide du pape Alexandre VI, pour se partager le monde à découvrir. La ligne de partage est fixée à 370 lieues à l’ouest du Cap-Vert et, sans que personne le sache encore, elle place la future côte brésilienne dans la zone portugaise. Traduction : si la ligne avait été tracée un peu ailleurs, tu parlerais peut-être espagnol en vacances à Rio. Le Brésil doit donc son existence à un simple partage de paperasse.

3 – 1500 : Cabral débarque sur la côte

Le 22 avril 1500, le Portugais Pedro Álvares Cabral débarque près de Porto Seguro et prend possession de la terre au nom de sa couronne. Officiellement, il visait les Indes par le cap de Bonne-Espérance et sa flotte a dérivé vers l’ouest pour toucher une côte inattendue, d’abord baptisée « Terre de la Vraie Croix ». Le hic, c’est que les historiens se déchirent encore : accident de navigation pour les uns, mission secrète préparée de longue date pour les autres. L’Espagnol Vicente Yáñez Pinzón, lui, avait déjà longé les côtes nord en janvier 1500 sans les revendiquer, fidèle au traité de Tordesillas. Quoi qu’il en soit, c’est le début de plus de trois siècles de colonisation portugaise.

4 – 1549 : Salvador, première capitale

En 1549, les Portugais fondent Salvador de Bahia, qui devient la première capitale du Brésil. Pour contrer les incursions françaises, le roi Jean III instaure un gouvernement général et envoie un premier gouverneur, Tomé de Sousa, qui organise le territoire et fait venir les jésuites. Salvador devient la tête administrative et religieuse de la colonie, son évêché étant érigé en 1551 et le premier évêque arrivant l’année suivante, en 1552. Et surtout, elle est le cœur de l’économie sucrière du Nordeste, premier grand cycle économique du Brésil, qui reposait déjà sur le travail des esclaves africains. Si tu croyais que la première capitale brésilienne était Rio, tu vois que ça n’a rien d’évident.

5 – 1630 : le Nordeste devient hollandais

Le 15 février 1630, la flotte hollandaise débarque à Olinda et Recife et s’empare du Pernambouc, la riche région sucrière. Le nord-est brésilien devient la « Nouvelle-Hollande », un vrai morceau de Brésil passé sous pavillon des Provinces-Unies. Son gouverneur le plus célèbre, Jean-Maurice de Nassau-Siegen, est nommé administrateur en 1636, mais il ne pose le pied à Recife que le 23 janvier 1637, les bateaux de l’époque n’étaient pas des TGV. Tout ça découle de l’union ibérique : le Portugal étant passé sous domination espagnole, les Hollandais, en guerre contre l’Espagne, s’en prennent aux colonies portugaises. Les Portugais ne reprennent Recife qu’en 1654, soit près d’un quart de siècle plus tard.

6 – 1695 : la chute de Palmares

Le 20 novembre 1695, Zumbi, chef du quilombo de Palmares, est tué. Palmares, c’était un territoire autonome d’esclaves fugitifs, situé dans l’actuel Alagoas, qui a tenu en échec les expéditions coloniales pendant presque un siècle. Il reste le plus organisé et le plus durable des quilombos du Brésil, probablement la plus longue révolte d’esclaves de l’histoire. Zumbi est devenu un symbole de la résistance noire, au point que sa mort, le 20 novembre, est aujourd’hui la « Journée de la conscience noire », jour férié au Brésil. Un royaume d’esclaves en fuite qui résiste si longtemps, ça force le respect.

7 – 1763 : Rio devient capitale

En 1763, Rio de Janeiro remplace Salvador comme capitale du Brésil. La raison tient en un mot : l’or. Découvert vers 1700 dans le Minas Gerais, le métal jaune a déplacé le centre de gravité économique vers le sud-est, et le sucre a dû lui céder sa place. Rio restera capitale du Brésil jusqu’en 1960, et elle sera même, de 1808 à 1821, la capitale de tout l’Empire portugais quand la cour s’y est réfugiée. Autrement dit, près de deux siècles d’histoire politique brésilienne se sont écrits dans cette ville.

8 – 1789 : Tiradentes, martyr de la Conjuration

En 1789, la Conjuration Mineira, une révolte avortée de la capitainerie de Minas Gerais contre les impôts portugais, est dénoncée et écrasée. Son meneur, Joaquim José da Silva Xavier, dit Tiradentes, est exécuté en place publique à Rio le 21 avril 1792, après que la reine Marie Ire, dit-on, lui a refusé sa grâce. Le détail qui pique : Marie Ire était atteinte de folie et sans pouvoir effectif, alors cette décision lui est surtout « attribuée ». Tiradentes, arracheur de dents à ses heures, deviendra plus tard un héros national, avec le 21 avril pour jour férié. Une révolte ratée qui enfante un martyr, c’est le genre d’ironie dont l’histoire a le secret.

9 – 1822 : le cri d’Ipiranga

Le 7 septembre 1822, sur les rives de l’Ipiranga, près de São Paulo, le prince-régent Pierre proclame l’indépendance du Brésil en criant « Independência ou Morte ! ». La cour portugaise s’était réfugiée à Rio en 1808, et quand Jean VI est rentré à Lisbonne en 1821, il a laissé son fils Pierre comme régent. Quand les Cortes portugaises ont voulu remettre le Brésil au rang de simple colonie, les élites locales se sont rangées derrière Pierre. Résultat : un empire indépendant dirigé par un membre de la famille royale portugaise, cas unique en Amérique latine. Mais attention, ça ne s’est pas fait sans heurts : une guerre d’indépendance (1822-1825) a suivi, avec de vrais combats comme le siège de Salvador, même si elle fut bien moins sanglante que chez les voisins hispaniques.

10 – 1888 : la Loi d’or abolit l’esclavage

Le 13 mai 1888, la princesse Isabelle, fille de l’empereur Pierre II, signe la Loi d’or (Lei Áurea), qui abolit définitivement l’esclavage au Brésil. Le pays avait été l’un des derniers des Amériques à le maintenir, après la déportation d’environ 4 millions d’Africains entre le XVIe et le XIXe siècle. L’abolition est venue par étapes : interdiction de la traite en 1850, loi du ventre libre en 1871, loi des Sexagénaires en 1885. Ce triomphe humanitaire a un revers : les grands propriétaires terriens, lésés, lâchent l’empereur, et la République est proclamée à peine un an plus tard, le 15 novembre 1889. Pour la petite histoire, on cite souvent des centaines de milliers d’esclaves libérés du jour au lendemain, mais ce chiffre reste difficile à confirmer, alors on reste prudent.

11 – 1930 : Vargas prend le pouvoir

En octobre 1930, la « révolution de 1930 » renverse le président Washington Luís, déposé le 24 octobre, et porte au pouvoir Getúlio Vargas, gouverneur du Rio Grande do Sul. La « Vieille République » tournait sur l’alternance « café au lait » entre São Paulo et le Minas Gerais, et la Grande Dépression a eu raison de ce petit arrangement. Vargas gouvernera le pays jusqu’en 1945, puis de nouveau de 1951 à 1954, en industrialisant le Brésil et en créant les grandes lois du travail. Il instaure aussi en 1937 la dictature de l’Estado Novo, tout en se forgeant l’image de « père des pauvres ». Arrivé par un coup d’État, dictateur en 1937, revenu par les urnes en 1951 puis suicidé en 1954 : le parcours de Vargas est un roman à lui seul.

12 – 1964 : le coup d’État militaire

Le 31 mars 1964, un coup d’État militaire renverse le président élu João Goulart, jugé trop proche des idées socialistes. C’est le début de 21 années de dictature militaire (1964-1985), menée dans le climat de la guerre froide avec l’approbation tacite des États-Unis. Le régime réprime l’opposition, censure, torture, disparitions, surtout après l’Acte institutionnel n° 5 de 1968, tout en affichant un « miracle économique » très inégalitaire. La démocratie ne revient qu’en 1985, et la Constitution « citoyenne » de 1988 scelle le retour à l’État de droit. Cette dictature, c’était il y a à peine plus de quarante ans, et elle laisse encore des cicatrices dans le débat public brésilien.

Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.

Pour cet article, j’ai croisé l’article « Histoire du Brésil » de Wikipédia et les pages dédiées à chaque événement (Tordesillas, Palmares, Tiradentes, la Loi d’or, etc.), en gardant un œil particulier sur les datations contestées et les chiffres non confirmés.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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