J’ai passé mes années de lycée à regarder par la fenêtre pendant les cours d’histoire, je l’avoue. Résultat : du Valais, je ne connaissais que le barrage de la Grande-Dixence, le Cervin en carte postale et un vieux souvenir de vacances à Zermatt. Alors j’ai ouvert les livres à ta place, et j’en ai tiré les 12 dates qu’il te faut pour comprendre ce canton pas comme les autres, coincé entre ses montagnes et sa vallée du Rhône.
Découvre aussi la collection Ici & Là Valais ici : les t-shirts Valais.
1 – IVe siècle av. J.-C. : quatre tribus celtes se partagent la vallée
Bien avant les remontées mécaniques, le Valais était déjà un vrai découpage territorial. Au second âge du fer, quatre peuples celtes se partagent la vallée : les Nantuates autour de Monthey, les Véragres autour de Martigny (qu’on appelait alors Octoduros), les Sédunes autour de Sion, et les Ubères sur les actuels districts germanophones du Haut. Le plus drôle, c’est qu’ils avaient davantage d’affinités avec leurs voisins du sud des Alpes, Lépontiens et Salasses, qu’avec les Helvètes du nord (l’orientation transalpine du Valais ne date pas d’hier, pardi). L’inscription d’Ayent, découverte en 2003, confirme au passage l’usage de l’alphabet de Lugano, propre aux Celtes du bassin du Pô. Ces noms de tribus, eux, n’ont pas bougé : on les retrouve encore dans la toponymie et les subdivisions locales.
2 – 57 av. J.-C. : César se heurte aux Véragres à Octodure
Pendant la guerre des Gaules, César charge Servius Sulpicius Galba, à la tête de la douzième légion, d’ouvrir la route du Grand-Saint-Bernard et d’en prendre les péages. Galba s’installe à Octodure, mais les Véragres et les Sédunes, massés sur les hauteurs, lui tombent dessus. Après six heures de combat, les Romains l’emportent difficilement, puis Galba préfère se replier chez les Allobroges pour passer l’hiver au chaud (la conquête n’est pas aussi propre que le récit avantageux laissé par César, on s’en doute). Les historiens y voient une victoire moins décisive qu’il n’y paraît : les peuples du Valais ne seront réellement soumis qu’en 15 av. J.-C., par Tibère et Drusus.
3 – 381 : le premier évêque connu siège d’abord à Martigny
Le christianisme est attesté en Valais dès 377, avec un chrisme retrouvé sur une inscription à Sion. La première trace d’un évêque date de 381 : Théodore, dit Théodore d’Octodure, signe les actes du concile d’Aquilée comme « évêque d’Octodure », c’est-à-dire de Martigny. Il est probablement le premier évêque du Valais, et c’est lui qui, selon la tradition, découvre les restes des martyrs de la légion thébaine à Agaune et y fait ériger le premier sanctuaire chrétien (une sacrée intuition, même si la légion thébaine relève elle-même de la légende). Le siège ne sera transféré à Sion que vers 585, une fois Sion devenue la principale cité. Théodore est resté le saint patron des vignerons et du Valais.
4 – 515 : Sigismond fonde l’abbaye de Saint-Maurice
Le roi burgonde Sigismond, fraîchement converti de l’arianisme au catholicisme, fonde en 515 l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune, à l’emplacement d’un sanctuaire plus ancien abritant les reliques de Maurice et de la légion thébaine. Il en fait le symbole de la foi de son peuple et un grand lieu de pèlerinage. L’abbaye pratique d’abord la laus perennis, une prière ininterrompue assurée par des moines qui se relaient jour et nuit (moi qui peine à rester concentré dix minutes, ça me laisse songeur). Cette discipline tiendra jusqu’au IXe siècle. C’est aujourd’hui le plus ancien établissement monastique d’Occident chrétien encore en activité, occupé en continu depuis sa fondation.
5 – 563 : le mont Tauredunum s’effondre et un tsunami submerge Genève
En 563, un pan de la montagne du Tauredunum s’écroule sur le territoire du Valais, ensevelissant un fort et des villages. Son emplacement exact reste débattu : peut-être le Grammont, peut-être les Dents du Midi. L’éboulement, en ébranlant les sédiments déposés par le Rhône à son embouchure, provoque un raz de marée sur le lac Léman qui dévaste les rives jusqu’à Genève (ma belle-sœur, qui vit à Lausanne, ferait bien de garder ça en tête). Grégoire de Tours et Marius d’Avenches décrivent une eau entrée dans la ville « par-dessus les murs ». Une étude publiée en 2012 dans Nature Geoscience a confirmé l’ampleur du désastre, avec des vagues d’environ 8 mètres à Genève et à Évian.
6 – 999 : Rodolphe III fait de l’évêque de Sion le maître temporel du Valais
En 999, le roi Rodolphe III de Bourgogne confie les droits comtaux du Valais à l’évêque de Sion et à ses successeurs, par une charte établie à Cudrefin, au bord du lac de Neuchâtel. Ce document est considéré comme le véritable acte fondateur du Valais comme État : l’évêque devient seigneur temporel du comté, cumulant pouvoir religieux et politique. C’est l’un des premiers cas, sur le territoire de la Suisse actuelle, de droits régaliens transmis à un seigneur local, aux côtés de Bâle la même année (Sion ne joue pas seule dans la cour des grands). Et la fameuse « Caroline », cette légende qui attribuait déjà la donation à Charlemagne, sera reconnue au XVIIe siècle comme un joli anachronisme.
7 – 1475-1476 : le Haut-Valais annexe le Bas-Valais savoyard
Lors des guerres de Bourgogne, l’évêque de Sion Walter Supersaxo, allié des Bernois, attaque Conthey, possession de la Savoie elle-même alliée de Charles le Téméraire. Le 13 novembre 1475, la bataille de la Planta se joue devant les murs de Sion : l’arrivée d’environ 3 000 soldats confédérés passés par le col du Sanetsch sauve la ville et met en déroute l’armée savoyarde (un sauvetage qui tient du miracle pour les assiégés). Les Valaisans occupent alors le Bas-Valais jusqu’au défilé de Saint-Maurice et l’annexent en 1476, en faisant un pays sujet du Haut. La Savoie ne reconnaîtra l’annexion que tardivement, en 1526 ou 1528 selon les sources. Le Valais prend alors à peu près ses frontières actuelles, avec un Bas francophone dominé par un Haut germanophone.
8 – 1613 : les Sept-Dizains dépossèdent le prince-évêque
En 1613, à la mort du prince-évêque Adrien II, les Patriotes imposent une charte, le Conclusum, au prince-évêque et au chapitre. L’évêque peut encore présenter des candidats, mais c’est désormais la Diète, représentative des sept dizains, qui remet les insignes du pouvoir au nouvel élu : l’évêque devient un prince électif, et le pouvoir appartient aux dizains, qui forment une véritable république fédérale, la République des Sept-Dizains (la hiérarchie, on va dire, s’est un peu inversée). La renonciation définitive à la « Caroline » en 1634 marque la fin du pouvoir temporel absolu de l’évêque. Cette structure, où le Haut-Valais domine le Bas resté pays sujet, se maintiendra jusqu’en 1798.
9 – 1800 : Bonaparte franchit le Grand-Saint-Bernard
À la mi-mai 1800, dans le cadre de la deuxième campagne d’Italie, le Premier Consul Napoléon Bonaparte franchit le col du Grand-Saint-Bernard avec son armée de réserve, un passage qui se termine le 23 mai. J’ai déjà grimpé ce col en voiture un été, et je te jure que l’idée d’y traîner des canons me file des sueurs froides. L’épisode, immortalisé par les portraits équestres de Jacques-Louis David, devient un morceau central de la légende napoléonienne. Il rappelle que le Valais, par ses cols, a toujours été un verrou stratégique entre la France et l’Italie. Dans la foulée, le canton connaîtra la République helvétique, la République rhodanienne (1802-1810) puis le département du Simplon (1810-1813).
10 – 1815 : le Valais devient le vingtième canton suisse
Après la chute de Napoléon, le Valais redevient indépendant fin 1813, puis les puissances alliées décident son rattachement à la Suisse. Le 4 août 1815, le Valais devient le vingtième canton de la Confédération suisse, et le 7 août, ses deux délégués prêtent serment au Pacte fédéral au nom de la « République et canton du Valais ». Cette adhésion, obtenue sous la pression des Alliés après de difficiles négociations entre le Haut et le Bas, clôt près de vingt ans de troubles révolutionnaires et impériaux (ça y est, on a un numéro de canton). Elle fixe durablement le Valais dans l’espace politique suisse, tout en conservant ses tensions internes entre conservateurs et libéraux.
11 – 1910 : Géo Chavez, premier aviateur au-dessus des Alpes
Le 23 septembre 1910, l’aviateur franco-péruvien Géo Chavez décolle de Ried-Brig, passe le col du Simplon à bord d’un Blériot XI et devient le premier homme à franchir la barrière sud des Alpes par la voie des airs. À l’atterrissage, près de Domodossola, son appareil s’écrase ; il succombe à ses blessures le 27 septembre 1910, à 23 ans (mourir à l’arrivée, c’est la définition même du tragique). L’exploit, parti de Brigue, inscrit le Valais dans les premières heures de l’aviation et du franchissement aérien des Alpes. Des monuments lui rendent hommage à Brigue et à Domodossola, et l’aéroport international de Lima porte son nom.
12 – 1961 : la Grande-Dixence, plus haut barrage-poids du monde
Le barrage de la Grande-Dixence, sur la commune d’Hérémence, est construit entre 1953 et 1961 et mis en service le 22 septembre 1961. Haut de 285 mètres, il est alors le plus haut barrage-poids du monde et reste le plus massif d’Europe, avec environ six millions de mètres cubes de béton (de quoi bâtir une sacrée muraille). Il noie un barrage plus ancien des années 1930 et crée le lac des Dix, cœur d’un vaste complexe hydroélectrique d’environ 2 000 MW. L’ouvrage symbolise l’exploitation des ressources hydrauliques qui a transformé l’économie valaisanne au XXe siècle, et il est devenu un emblème du canton.
Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.
Pour écrire cet article, je me suis appuyé sur la page Wikipédia consacrée à l’histoire du Valais ainsi que sur les pages dédiées à chacun de ces événements. Rien d’exotique, juste de quoi ne pas raconter n’importe quoi à des gens qui, eux, connaissent leur canton par cœur.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

Laisser un commentaire