L’histoire de la Vendée pour les cancres : 12 dates pour tout retenir

Je te le dis tout de suite : au lycée, les cours d’histoire de la Vendée, je les ai surtout séchés (ou alors j’étais au fond, à regarder par la fenêtre en rêvant de la côte). Alors je me rattrape aujourd’hui, et pour de bon. Parce que la Vendée, ce bout de bocage et de littoral où je t’ai déjà parlé de mille choses, elle a une histoire qui remonte à la préhistoire, et douze dates suffisent à tout comprendre. Allez, on y va.

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1 – Mésolithique : le Retzien, premier visage du peuplement vendéen

Avant les Celtes, avant les Romains, avant tout le monde, il y a déjà du monde en Vendée. Dès le Mésolithique, cette longue période qui précède le Néolithique, le territoire est occupé par une culture qu’on appelle le Retzien, et qui s’étend essentiellement sur la Vendée et l’estuaire de la Loire. C’est un mélange étonnant : des traits venus du Téviecien, la culture mésolithique de la péninsule bretonne, et des caractéristiques des cultures néolithiques remontées du sud de l’Europe. Pas de date calendaire ici, on parle d’une fourchette préhistorique, on ne signe pas de registre d’état civil à coups de silex. Mais c’est le plus ancien jalon identifiable du peuplement vendéen, et ça, ça se respecte.

2 – Ve millénaire av. J.-C. : la Vendée se couvre de mégalithes

Vers le Ve millénaire avant J.-C., le mouvement du mégalithisme se répand le long de toute la façade atlantique, probablement depuis l’Armorique et la péninsule bretonne. La Vendée en garde des traces en pagaille : dolmens, menhirs, alignements, éparpillés un peu partout, et surtout concentrés sur l’île d’Yeu. Le pays Talmondais est la région vendéenne qui en compte le plus, au point qu’on l’a surnommé le « Carnac vendéen ». Les communes du Bernard et d’Avrillé en recèlent à foison. C’est l’une des plus anciennes traces matérielles de l’identité du coin, et je te jure qu’un dolmen du Bernard, ça donne une autre idée de l’éternité que ton fil d’actualités.

3 – 57 av. J.-C. : César arrive, les Pictons pactisent

Avant la conquête romaine, l’essentiel de la Vendée actuelle, au sud de la Loire, était peuplé par les Ambilatres, un peuple gaulois installé de part et d’autre de la Sèvre Nantaise. En 57 av. J.-C., les légions de César débarquent en Bas-Poitou et en Armorique, et là, malin, le chef des Pictons, Duratius, se rend lors du siège de Durinum (l’actuel Saint-Georges-de-Montaigu) pour éviter la destruction pure et simple. César pactise avec les Pictons : en échange de bateaux pour combattre les Vénètes, il les exonère d’impôts et leur donne le territoire de la Vendée, détaché de l’Armorique celtique. La cité des Pictons est intégrée à la province d’Aquitaine. La suite, c’est quand même Alésia : une partie des Pictons envoie 8 000 hommes à Vercingétorix. Ensuite, le Bas-Poitou devient pleinement romain, pour de bon.

4 – 507 : à Vouillé, Clovis fait basculer la Vendée chez les Francs

Au Ve siècle, la domination romaine s’efface devant les Wisigoths, installés plus au sud, auxquels la Vendée obéit. Et puis, au printemps 507, patatras : Clovis écrase les Wisigoths à Vouillé, et le roi Alaric II est tué au combat. Le Bas-Poitou bascule sous la tutelle des Francs, et c’est un tournant fondateur : ce rattachement au royaume des Francs annonce déjà l’appartenance au royaume de France en gestation. S’ensuivent des partages d’héritages qui plongent la région dans une sacrée anarchie politique. On ne choisit pas toujours ses maîtres, mais cette fois-là, l’histoire venait de choisir pour la Vendée.

5 – Début du IXe siècle : le comté d’Herbauges s’organise contre les Vikings

Pendant près d’un siècle, les côtes du Bas-Poitou sont ravagées par les raids vikings, qui s’ancrent dans la baie de Bourgneuf, sur l’île de Noirmoutier et dans le golfe des Pictons. C’est dans ce climat que se constitue, au début du IXe siècle (vers 820), le comté d’Herbauges, créé pour organiser la défense contre la menace normande. Le comté recouvre le Bas-Poitou, du pays de Retz et des îles côtières (Noirmoutier, Bouin) jusqu’à Tiffauges, la vallée de Clisson et les Mauges. Attention, soyons honnêtes sur la date : la création exacte reste floue, on la situe « au début du IXe siècle », et 820 sert surtout à dater l’organisation de la défense face aux Vikings. C’est la première entité politique structurée centrée sur l’actuelle Vendée, et ça, c’est déjà pas rien.

6 – 1317 : le pape démembre Poitiers et crée Luçon et Maillezais

L’évêché de Poitiers devenait trop étendu, et sa population n’arrêtait plus de croître. Alors, par la bulle Salvator Noster du 13 août 1317, le pape Jean XXII le démembre et crée les diocèses de Luçon et de Maillezais. À Maillezais, l’abbaye devient carrément cathédrale, choisie de préférence à l’abbaye de Saint-Michel-en-l’Herm. La suite est une petite ironie de l’histoire : Maillezais perdra son siège en 1648 au profit de La Rochelle, alors que le diocèse de Luçon demeure aujourd’hui celui du département. Les institutions bougent plus que les pierres, et il faut le savoir.

7 – 1453 : après cent ans de chaos, la Vendée respire

La guerre de Cent Ans, la Vendée l’a vécue dans sa chair : débarquement anglais à Talmont, incendie de l’abbaye d’Orbestier, défaite de Jean le Bon à Poitiers en 1356, et conquête par Jean Chandos de Fontenay, La Roche-sur-Yon et Montaigu. Le traité de Brétigny (1360) cède les territoires poitevins à l’Angleterre. La reconquête, confiée à Bertrand Du Guesclin à partir de 1369, reprend les villes une à une. Après la parenthèse de la guerre civile et le désastre d’Azincourt (1415), tout s’achève par les victoires de Formigny (1450) et de Castillon (1453), qui mettent fin à la guerre de Cent Ans. Et tu sais quoi ? Des seigneurs du Bas-Poitou, dont le fameux Gilles de Rais, avaient accompagné Jeanne d’Arc. La Vendée était là, dans les grandes heures.

8 – 1562 : les guerres de Religion embrasent le bocage

La Réforme gagne le Bas-Poitou très tôt, dès 1515, quand Michelle de Saubonne y introduit la doctrine calviniste. Pouzauges, Chantonnay, Mouilleron-en-Pareds ou Aizenay deviennent des bastions calvinistes. En 1562, le massacre de Wassy met le feu aux poudres, et le bocage vendéen devient le théâtre d’engagements multiples : saccage de Luçon et des bourgades environnantes en avril 1562, siège et occupation de Fontenay, puis prise de Pouzauges, Montaigu et La Châtaigneraie par les Huguenots en 1563. La paix ne revient durablement qu’avec l’édit de Nantes, en 1598. Crois-moi, un bocage qu’on dit paisible aujourd’hui, il a vu passer des gens qui ne rigolaient pas.

9 – 4 mars 1790 : la Vendée naît d’un jeu de mots raté

En 1790, la Révolution découpe la France en départements, et pour nommer le nouveau-né, on avait d’abord retenu le Grand et le Petit Lay. Sauf que le jeu de mots « les deux laids » a fait fuir tout le monde, et on a préféré le nom d’une rivière beaucoup moins considérable : la Vendée. Le décret remonte au 22 décembre 1789, la décision de créer 83 départements est prise le 26 février 1790, et leur existence prend effet le 4 mars 1790. Le chef-lieu est alors Fontenay-le-Comte. Voilà l’acte de naissance administratif du département, et entre « les deux laids » et « la Vendée », il n’y a pas photo.

10 – Mars 1793 : la guerre de Vendée, la plaie qui ne se referme pas

La politique religieuse de la Constituante, l’exécution de Louis XVI en janvier 1793, puis la levée en masse décrétée par la Convention poussent les paysans à l’insurrection. En mars 1793, la rébellion vendéenne se déclenche, d’abord comme une jacquerie paysanne classique, avant de devenir un mouvement contre-révolutionnaire royaliste. Elle aboutit, en avril, à la formation d’une « Armée catholique et royale », et à un territoire insurgé que les historiens nomment la « Vendée militaire ». La guerre dure jusqu’en 1796, avec des sursauts en 1799, 1815 et 1832. La répression, notamment par les colonnes infernales, est d’une violence extrême. Le bilan humain reste débattu : on parle d’environ 200 000 morts, les estimations allant de 170 000 à 250 000 selon les historiens. Ce n’est pas un chiffre, c’est une cicatrice, et il faut le dire avec respect.

11 – 25 mai 1804 : La Roche-sur-Yon, la ville pentagonale

Pour pacifier un département qu’il craint, Napoléon Bonaparte transfère le chef-lieu de Fontenay-le-Comte à La Roche-sur-Yon, un petit bourg plus central. Il y fait édifier une véritable ville nouvelle, à vocation administrative et commerciale, sur un plan régulier en forme de pentagone. La ville est fondée par décret impérial le 25 mai 1804, date à laquelle elle est promue préfecture de la Vendée. Et son nom va valser au gré des régimes : Napoléon, Bourbon-Vendée sous la Restauration, Napoléon-Vendée sous le Second Empire, avant de redevenir La Roche-sur-Yon en 1870. Une ville qui change de nom plus souvent que certains de chemise, c’est ça, la Vendée napoléonienne.

12 – 1956 : la Vendée quitte le Poitou et change de cap

En 1956, le découpage administratif des régions de programme sépare la Vendée du Poitou et la rattache à la région des Pays de la Loire. L’ancien Bas-Poitou se détache de son ancrage poitevin, et les Poitevins ne demandent pas massivement à revenir. Depuis les années 1970, la Vendée connaît un développement économique souvent cité comme modèle : entreprises familiales, tourisme balnéaire, le Puy du Fou, et cette machine à rêver qu’est le Vendée Globe. La croissance démographique, déjà bien affirmée, devrait se poursuivre jusqu’aux années 2050. Deux mille ans après les premiers silex du Retzien, la Vendée regarde résolument vers le large.

Alors, quelle date t’a le plus surpris ? Moi, j’avoue, c’est celle du 4 mars 1790 : j’avais du mal à croire qu’on a failli s’appeler « les deux laids ». Dis-le-moi en commentaire, je suis curieux de savoir ce que tu retiens.

Pour cet article, je me suis appuyé sur la page Wikipédia « Histoire de la Vendée » et sur les articles de contre-vérification : Bataille de Vouillé, Comté d’Herbauges, Diocèse de Luçon, Maillezais, Département français, Guerre de Vendée et La Roche-sur-Yon. Les dates incertaines restent au conditionnel ou en fourchette, comme il se doit.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens. Vincent

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