Tu sais que tu es Alsacien quand… | 22 signes


J’ai fouillé les vieux forums, les groupes Facebook d’Alsaciens expatriés, les commentaires sous des vidéos de marchés de Noël — et même un fil de discussion de passionnés de Polo qui datait de 2009. Le résultat, c’est une liste de signes qui ne trompent pas. Parce que bon, être Alsacien, ça ne s’explique pas, ça se repère en trente secondes. Bouffe, dialecte, traditions, caractère — un peu de tout.

Tu peux aussi voir la collection complète Ici & Là Alsace ici : lien

Allez, on y va. Tu sais que tu es Alsacien quand :

1 – Tu as deux jours fériés de plus que le reste de la France, et tu le fais savoir

Le Vendredi Saint et la Saint-Étienne, le 26 décembre. Le concordat, tu vois, c’est un vieil héritage d’avant 1905 que l’Alsace a gardé. Et à chaque fois qu’un collègue de l’intérieur râle, tu souris d’un air supérieur. On a le droit.

2 – Tu dis « ui » au lieu de « oui », et tu vois pas le problème

C’est la faute du dialecte, pas la tienne. Le « jo » alsacien est passé dans ton français sans prévenir. Résultat, tu dis « ui » à moitié sans ouvrir la bouche, et tu comprends pas pourquoi on te reprend.

3 – Tu « fermes » la lumière au lieu de l’éteindre

Calque direct de l’allemand « das Licht ausmachen ». Chez toi, on ferme la lumière, on ferme la porte, on ferme le robinet. Et tu trouves que ça a parfaitement du sens, merci.

4 – Tu mets un article devant les prénoms, et personne ne t’a jamais appris ça

Le Marcel, la Jeanne, le Pierre. Pas de chichi, pas de distance — on est en famille. Et quand tu l’entends, tu sais tout de suite que la personne est de chez toi, même à l’autre bout du monde.

5 – Ta classe est allée au Haut-Kœnigsbourg au moins dix fois

Le château rouge sur la montagne, la sortie scolaire obligée du primaire au lycée. Tu pourrais le visiter les yeux fermés, et pourtant tu y retournes à chaque fois qu’un cousin débarque. C’est le Louvre des Alsaciens.

6 – Tu avais cours de religion au primaire, et le Saint-Nicolas venait dans ta salle de classe

Avec le père fouettard derrière lui, pour la menace. Le six décembre, tu guettais à la fenêtre, tu récitais tes manele, et tu priais pour pas être sur la liste noire. Une époque que les gamins de l’intérieur n’ont jamais connue.

7 – Ta mamema te faisait des « schmutz » et tu en redemandes encore

Le schmutz, c’est le bisou baveux de la grand-mère, celui qui laisse une marque. Chez toi, ça ne se refuse pas. Et si ta mamema n’est plus là, tu le jures, tu sens encore sa main sur ta joue.

8 – Tu sais ce que c’est qu’une « schlappe », un « knopf », un « schlouk » et un « stück »

Les pantoufles, le bouton, la gorgée, le morceau. Tout un vocabulaire d’intérieur qui n’a jamais eu besoin d’être traduit. Tu mets tes schlappe, tu fais un knopf à tes lacets, tu prends un schlouk et un stück de kougelhopf — et ta journée est posée.

9 – Tu « spritzes » du lave-vitre pour nettoyer tes carreaux

« Spritzer », c’est pulvériser, et tu le fais pour tout : les vitres, le pare-brise, les plantes. Le mot est tellement pratique que tu ne trouves plus aucun équivalent français qui tienne la route.

10 – Tu vas à la Stub, et surtout pas au salon

La Stub, c’est la pièce chaude, celle où l’on vit, où l’on mange, où l’on reçoit. Le salon, c’est pour les autres, et souvent il fait froid et il sert à rien. Chez toi, on vit dans la Stub, point.

11 – Tu manges des kneppfles et des spätzle, et la choucroute est une religion

Les kneppfles, ces quenelles de farine que ta grand-mère roulait à la main. Et la choucroute garnie, le plat qui réconcilie tout le monde : les saucisses, le lard, les pommes de terre, le raifort. Le débat munster ou pas munster dessus, lui, divise encore les familles.

12 – Tu sais ce qu’est une flàmmekueche, et tu refuses de l’appeler « tarte flambée »

La flàmmekueche, fine comme du papier, crème, oignons, lardons, passée au four à bois. Le mot « tarte flambée » te fait grincer des dents. Et celui qui la coupe en parts égales au restaurant mérite ta méfiance : la vraie se plie en quatre et se mange à la main.

13 – Le kougelhopf, les bredele et les manele rythment ton année

Le kougelhopf du dimanche, moulé, saupoudré de sucre glace. Les bredele à Noël, des boîtes entières que ta famille se dispute. Et les manele, ces petits bonshommes en brioche de la Saint-Nicolas. Trois monuments, trois saisons, zéro compromis.

14 – Tu bois du schnaps, et surtout pas de l’eau-de-vie

La mirabelle, la quetsche, la framboise. Chez toi, on appelle ça du schnaps, on le sort en fin de repas, et on le fait goûter à tout visiteur avec un mélange de fierté et de défi. Le mot « eau-de-vie » est réservé aux étiquettes.

15 – Ton apéro, c’est un Picon, et tu défends la recette jusqu’au sang

Picon bière, avec une tranche de citron, ou Picon blanc pour les puristes. Le goût amer qui te rappelle les estaminets et les soirées de village. Un voisin te dira qu’il préfère le pastis — et tu le regarderas comme s’il avait insulté ta grand-mère.

16 – L’Allemagne et la Suisse, pour toi, c’est pas l’étranger

Tu vas à Kehl ou à Bâle faire tes courses chaque semaine, sans même y penser. L’étranger, pour toi, c’est la France de l’intérieur, pas le voisin de l’autre côté du Rhin. Tu as grandi entre deux mondes, et tu en tires une fierté tranquille.

17 – Ton village finit par « -heim » ou « -willer », et tes potes s’appellent Muller, Schneider ou Schmidt

Oberschaeffolsheim, Mittelwihr, Reichstett… Et dans ta classe, il y avait toujours trois Muller et deux Meyer. Les noms allemands ne te font pas peur, ils sont ta géographie intime.

18 – Tout ce qui n’est ni le 67 ni le 68, c’est « la France de l’intérieur »

Bas-Rhin et Haut-Rhin, voilà le monde civilisé. Le reste, c’est vague, c’est loin, et ça parle bizarrement. Tu n’y peux rien, c’est l’Histoire qui t’a fait comme ça, avec ses frontières qui ont tant bougé.

19 – Tu es parti en lune de miel à Rimini, ou tu connais quelqu’un qui l’a fait

La grande tradition des Alsaciens : l’Adriatique, la plage, les hôtels à balcons. Des générations entières s’y sont retrouvées. C’était le rêve d’après-guerre, et il s’est transmis comme une évidence.

20 – Il fait « chaud » à partir de quinze degrés, et tu allumes le chauffage en mai

Quinze degrés au soleil d’avril, tu enlèves déjà le gilet. Et inversement, tu ne fais jamais confiance à un mois de mai sans un coup de froid. Le chauffage reste armé jusqu’en juin, et tu ne t’en excuses pas.

21 – Tu connais la Kammerzell, le Racing et la cigogne comme ta poche

La maison Kammerzell, ses colombages et ses sculptures, à deux pas de la cathédrale de Strasbourg. Le Racing, ton club de toujours, que tu soutiens dans la joie comme dans l’amertume. Et la cigogne, ton animal totem, celui qui revient chaque printemps et que tu salues comme un vieil ami.

22 – Tu dis « S’gilt », « was esch », et tu as déjà crié « oyéééé » de surprise

« S’gilt », ça vaut, ça va. « Was esch », qu’est-ce qu’il y a. Et le « oyéééé » qui sort tout seul quand tu es épaté ou déçu. Trois petits sons, et n’importe quel Alsacien à trois mille kilomètres se retourne dans la rue. C’est ton mot de passe.

Et toi, c’est quoi ton truc d’Alsacien que j’ai oublié ? Le munster avec ou sans cumin, la route des vins, un village dont personne ne sait prononcer le nom ? Balance en commentaire, on complète la liste ensemble.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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