Avoue, toi aussi tu as séché tes cours d’histoire du lycée en regardant par la fenêtre (j’ai fait pareil, et regarde où ça m’a mené). Résultat, Madagascar, on la résume souvent aux lémuriens et à la vanille, et on oublie que cette grande île a une histoire complètement à part : des navigateurs venus de Bornéo, des reines redoutables, une colonisation brutale et une indépendance arrachée de haute lutte. Voici douze dates, pas une de plus, pour tout retenir de l’histoire de Madagascar sans rouvrir un manuel scolaire.
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1 – Il y a 8 000 ans : les premiers humains
Commençons par un chiffre qui décoiffe : l’espèce humaine n’a mis le pied à Madagascar qu’il y a environ 8 000 ans, selon les découvertes archéologiques. C’est très tard, comparé à l’Afrique voisine, où nos ancêtres vivaient depuis des centaines de milliers d’années. Le plus troublant, c’est que ces premiers habitants, peut-être apparentés aux Khoïsan, ne semblent avoir laissé aucune trace génétique dans la population actuelle (les chercheurs restent prudents, et ce point bouge encore). Autrement dit, l’histoire de Madagascar commence par un mystère : ceux qui sont arrivés les premiers n’ont pas fait souche.
2 – Il y a 2 000 ans : les Austronésiens débarquent
Et là, accroche-toi : les ancêtres des Malgaches d’aujourd’hui viennent de Bornéo, à 6 000 kilomètres de là, en pirogue à balancier, il y a environ 2 000 ans. Ce sont des Austronésiens, ces marins hors pair qui ont peuplé tout l’océan Indien et le Pacifique, et les archéologues datent leur arrivée sur la côte ouest ou nord-ouest de l’île. La preuve : environ 90 % du vocabulaire malgache est austronésien, et la langue est cousine de celles des Dayaks de Bornéo. Faire 6 000 km en pirogue pour fonder un peuple, il fallait une sacrée boussole (ou un sacré mal de mer).
3 – 1500 : Diogo Dias, premier Européen
Le premier Européen à atteindre l’île est un Portugais, Diogo Dias, qui la découvre en 1500 et la baptise São Lourenço, en l’honneur de la Saint-Laurent. C’est l’époque des grandes navigations portugaises, et l’île devient vite une escale connue des cartographes (l’Atlas Miller de 1519 la représente déjà). Mais c’est surtout à partir du XVIIe siècle que la présence européenne change vraiment la donne, avec l’arrivée des armes à feu et le développement de la traite des esclaves. Bref, la découverte portugaise ouvre la porte à des siècles de chamboulement.
4 – 1643 : Fort-Dauphin, première colonie française
En 1643, les Français installent leur première colonie à Fort-Dauphin, à la pointe sud de l’île. C’est une implantation modeste, mais c’est le premier acte d’une longue histoire franco-malgache. Les relations avec les royaumes locaux sont tendues, et la colonie vivote avant d’être abandonnée quelques décennies plus tard. Pourtant, ce petit fort posé sur un cap marque le début d’une présence française qui ne cessera plus vraiment.
5 – 1665 : Louis XIV et la Compagnie des Indes
En 1665, Louis XIV a une idée ambitieuse : faire de Madagascar la base avancée de la Compagnie française des Indes orientales, pour rivaliser avec les comptoirs hollandais et anglais. La grande île devait servir de relais sur la route des épices et des bois rares. L’entreprise tourne court, et l’île devient plutôt un repaire de pirates et de flibustiers qui font la loi le long des côtes (certains s’y sont même taillé de vrais petits royaumes). La route des Indes passera finalement ailleurs, mais l’épisode en dit long sur les ambitions de l’époque.
6 – Début du XVIIIe siècle : la confédération Betsimisaraka
Au début du XVIIIe siècle, sur la côte est, un chef du nom de Ratsimilaho fonde la confédération Betsimisaraka, « ceux qui sont nombreux et indivisibles ». Le détail qui fait sourire : son père était un pirate anglais et sa mère une princesse locale, ce qui donne une idée du métissage qui façonne l’île à cette époque. Pendant ce temps, à l’ouest, le royaume sakalava étend son autorité sur une grande partie du littoral. L’île est un patchwork de royaumes, et c’est ce qui la rend fascinante.
7 – 1817 : le royaume de Madagascar reconnu
Au début du XIXe siècle, sur les hauts plateaux, Andrianampoinimerina unifie les royaumes Merina, et son fils Radama Ier (qui règne de 1810 à 1828) ouvre le pays à l’influence britannique. C’est à partir de 1817 que les royaumes centraux unifiés deviennent pour le monde extérieur « le royaume de Madagascar ». Radama apprend l’alphabet latin, signe des traités avec les Britanniques et se fait fournir des armes. Pour la première fois, Madagascar existe comme un État aux yeux des puissances étrangères.
8 – 1896 : l’annexion française
La suite est le grand drame du XIXe siècle. Après un traité d’alliance signé en 1885 avec la reine Ranavalona III, la France envahit l’île en 1895, puis annexe le royaume en 1896. Le général Gallieni est chargé de « pacifier » le pays, ce qui se traduit par une répression terrible : la résistance des Menalamba est écrasée, et l’on estime à environ 100 000 le nombre de victimes, sur une population de moins de 3 millions d’habitants. La reine Ranavalona III est exilée à Alger, et Madagascar devient une colonie française pour six décennies.
9 – 1947 : l’insurrection réprimée
Dans la nuit du 29 mars 1947, une insurrection éclate contre le pouvoir colonial, portée notamment par le MDRM, le Mouvement démocratique de la rénovation malgache. La répression française est d’une violence extrême : selon l’historien Jean Fremigacci, on dénombre des dizaines de milliers de morts, entre combats, exécutions et famine (les chiffres exacts font encore débat, faute d’archives). Des suspects sont jetés d’avions pour terroriser les villages, une pratique que l’on peine à croire aujourd’hui. C’est la blessure fondatrice de la mémoire malgache.
10 – 1960 : l’indépendance
Après la loi-cadre Defferre de 1956 et l’accession de Philibert Tsiranana à la tête du gouvernement en 1958, Madagascar proclame son indépendance le 26 juin 1960. Tsiranana en devient le premier président, et la jeune république garde des liens étroits avec la France. C’est une page qui se tourne, mais l’influence française reste forte dans l’administration, l’armée et l’économie. L’indépendance est réelle, mais le chemin vers la pleine souveraineté ne fait, lui, que commencer.
11 – 2002 : la crise Ravalomanana
En 2001, l’élection présidentielle tourne au duel entre le président sortant Didier Ratsiraka et le maire d’Antananarivo Marc Ravalomanana. Le résultat est contesté, et une crise politique éclate : Ravalomanana se fait proclamer vainqueur dès le premier tour et s’installe à la présidence le 22 février 2002, pendant que Ratsiraka tente d’asphyxier la capitale depuis son fief côtier. Après des mois de blocage, Ratsiraka quitte le pays en juillet 2002, et la victoire de Ravalomanana est reconnue par la France et les États-Unis. Une crise de plus dans une jeune démocratie qui cherche sa stabilité.
12 – 2009 : le coup d’État de Rajoelina
Sept ans plus tard, en 2009, l’histoire se répète, en plus violent : une crise oppose le maire de la capitale, Andry Rajoelina, au président Ravalomanana, avec une centaine de morts dans les manifestations. Le 16 mars 2009, Ravalomanana démissionne et transfère les pleins pouvoirs à un directoire militaire, qui les remet le jour même à Rajoelina. La prise de pouvoir est validée par la Haute Cour constitutionnelle, mais une grande partie de la communauté internationale la considère comme un coup d’État. Rajoelina dirigera la « Transition » jusqu’en 2014, avant de revenir au pouvoir en 2019.
Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.
Sources : page Wikipedia « Histoire de Madagascar » et les pages de contre-vérification consacrées au peuplement austronésien, à la colonie de Fort-Dauphin, au royaume de Madagascar, à l’annexion de 1896, à l’insurrection de 1947 et aux crises politiques de 2002 et 2009.

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